
Une couche mince de neige recouvre le terrain entier menant à la serre ancestrale. La matinée commence à se poindre et la retraite de style Art Nouveau donne à ce moment une touche d’éternité. Le trio d’amis est toujours à l’intérieur. Un écureuil traverse le sentier menant à l’entrée mais s’arrête aussitôt, figé. Deux ombres glissent lentement sur le tapis blanc et la petite créature n’attend pas et saute vers l’arrière. Les deux ombres affichent bien leurs attributs.
Une lueur ambrée émane de la paume droite de la plus petite créature. Déjà, une boule de feu se forme en suspension au dessus de la main démoniaque. Mais une autre main tout aussi ambrée saisie son poignet en un éclair. Les deux regards infernaux se croisent. La haine, la vengeance et la colère se lisent dans l’un, tandis que dans l’autre c’est l’autorité et la puissance du pouvoir. Ramenant de force la main de la fougueuse créature en avant de sa poitrine, pendant un bref instant de silence, les deux démons se font face. Deux visages des enfers éclairés par la sphère enflammée, sertis de ces yeux sans fond d’où émanent aussi les feux des mondes inférieurs…et le démon dit à son sous-lieutenant :
« Ne gaspille pas tes énergies pour ces trois vermines…elles sont liées ensemble. Nous avions un beau plan diabolique au jour de la Beltaine…mais ces trois là sont aussi vicieux que l’Amour et la Lumière entrelacés ensemble…Je te le dis… Nous devons nous rabattre sur notre meilleur option : La Femme-Serpent; SHYTIANIS, la Haute Prêtresse de notre reine Lilith, la fille même d’Ève. Shytianis les écrasera comme elle l’a déjà fait tout au long de l’histoire de l’humanité sur Terre avec ces Porteurs de Lumière. Souviens toi de ce qui s’est passé au Jardin d’Éden! »
C’est décidément la dernière parole dite par ce démon un peu trop sûr de lui aux alentours du domaine de Denizia, la porteuse de Magie Blanche et de sa gardienne…
« MÖRHYGAN! »
…S’écrient les deux comparses infernaux, se tournant la tête vers la beauté sensuelle d’une fée polymorphe, fort attirante mais fatale. D’une vitesse surnaturelle, les deux mains de Mörhygan frappent comme deux glaives de justice sous les mâchoires des deux victimes de leurs instincts d’incubes. En un éclair de sang et de chaire, les deux créatures des ombres s’écrasent par terre, leur tête giclant du sang noir par les huit orifices. Immobile pour un instant, surplombant le massacre, Mörhygan tient encore les deux cerveaux de ses victimes entre ses poings. Elle les jette alors par terre en levant la tête, savourant sa victoire, la fée gardienne se parle à voix basse : « Voilà qui explique l’assaut virulent d’où j’ai survécu de justesse à la Beltaine! » Avec grâce et souplesse, la femme-fée s’accroupie et effleure la blanche neige de ses mains encore souillées du sang des Enfers. D’un regard glacial reflétant bien le voile enneigé qui l’entoure, Mörhygan se lave les mains meurtrières et se serre les dents : « La légendaire Shytianis est derrière cette conspiration. Eh bien soit! Le Concile des Septs en sera informé. » Jetant une neige entachée du sang de ses ennemis, la fée gardienne se relève vivement et se tourne le visage vers la serre ancestrale illuminée par les rayons dorés du matin. Elle pense à voix haute : « Cette nouvelle fait lumière sur bien des mystères. »
Tournant le dos aux pantins libérés de leurs Enfers et à la mare de sang noir, Mörhygan marche lentement mais d’un pas ferme et souple de femme fatale. Elle lève les bras, formant un croissant de lune. Sa silhouette féminine contraste aussitôt sur l’éclair bleuté qui conclue toujours les interventions de Mörhygan auprès des forces des ténèbres. D’une grâce bien féerique, le corps de femme devient fée minuscule qui sillonne l’air matinale vers la serre ancestrale où l’attendent Denizia et Sky.
À suivre dans la chronique VII, de la collection: Les Enfants de la Terre.
Au revoir!
Renatus, votre chroniqueur du multivers.