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mardi 7 septembre 2010

Chronique II des Filles des Pléiades



« Ils étaient des centaines de milliers de sombres silhouettes à sortir de leurs crevasses, de ces tunnels sinueux envahis par de telles créatures aussi rapides que des araignées, pourfendant, claudiquant, sautillant, tel de réels démons des Enfers. Le coeur même des montagnes était subjugué par cet exode d’ombres extirpées des entrailles de la jeune Terre. Comme des fourmis, des légions entières de guerriers noirs déferlaient fiévreusement hors de leurs antres cachés et se déversaient sur les flancs de chacun des versants rocailleux, dans une horrible réaction en chaîne. La paisible vallée forestière était totalement envahie de tous côtés et malgré la magnifique présence de ces Ifs géants, rien ne semblait s’opposer à ce viol de la Forêt Sacrée par cette marée de bêtes sans âme. »
Le conteur est tout en émoi et doit arrêter brusquement son récit pour reprendre le contrôle sur sa voix tremblante d’émotions. Sa jeune audience est émerveillée devant ce Voyageur des Rêves Divins. En un moment volé au temps, le conteur continue son envolée de mots bercés par sa charmante voix. Avec la grâce d’un cygne, le conteur tend ses bras. Dans un même élan, sa voix emprunte un ton léger sur des accents elfiques :
« Du coeur de la Forêt Sacrée un chant est transporté par le vent entre les branches du Royaume Vert. Dans un crescendo mystique d’une langue ancienne, la psalmodie fait écho à travers la vie sauvage. De la quintessence des Esprits des Ifs, les paroles féeriques valsent parmi les troncs géants et les fougères. »
Comme un véritable esprit réincarné, le conteur devient vent d’espoir, inspiré par la genèse de la forêt septentrionale.
« À la vitesse de la lumière, cette vague devint un mur en expansion fondé sur une puissante énergie incendiaire…non pas envers la forêt mais contre ces esprits déviés, ombres des royaumes souterrains. Vous auriez dû voir ces vulgaires corps littéralement démembrés par l’impact de vie : la Psalmodie du Royaume Sauvage de la forêt d’Ifs. Toute cette armée aussi préparée soit elle pour écraser et conquérir, a été démantelé en un instant. »
Le conteur lève alors les bras, formant un V, et clape des doigts ensemble.
« Et ici vous fût raconté la toute première mission du mystérieux Cailla, le seul humain digne de suivre le Chemin du Voyageur de Conscience. »
FIN (mais à bientôt avec la Chronique III des Filles des Pléiades)
Renatus, votre chroniqueur.

jeudi 29 juillet 2010

Chonique du Miroir XII



Deux âmes immortelles voyagent en intrusion dans les Méandres Intérieurs. Les deux compagnons d’aventure sont à une coudée de la Voûte des Lamentations. Yuna, d’une pensée télépathique à son ami, rompt le silence mental : « Cher ami, nous apparaîtrons devant cet égrégore vieux de plusieurs milliers d’années. Avant que leur cri qui arrache l’âme en ait fini avec nous-deux, je te propose une idée… »
« Un fomore! » Pensent-ils en simultanée.
Une fois de plus, ici-même, incorporels et invisibles dans la pierre la télépathie démontre à elle seule la dynamique unissant Ditratos et la fée Yuna.
Dans un seul élan, ils sautent en extrusion, dans la voûte des lamentations. Ici, les spectres des hautes elfes sont tenus captifs par les nécromants d’Arachnéida. Devenues des banshies, les hautes elfes guerrières ne sont plus que des âmes errantes. Jadis, tuées par les soldats d’Arachnéida, ces nobles combattantes furent le dernier chant du cygne d’une civilisation de lumière.
Ici, l’égrégore de la vengeance règne en roi et maître. La seule vision d’un elfe noir ou d’une Arachne suffit à déchaîner le cri collectif qui tue. Mais Yuna est vive comme l’éclair. Visant la base de la paroi rocheuse, ses jets de lumière féerique éclatent sur la surface des murs. La lumière magique serpente le long des interstices entre les pierres difformes et soudain, la Magie Féerique se reconnaît dans un amas de Pierres Ancestrales. Le Fomore est ranimé, nourri de mémoires oubliées, infusées par la magie-même qui circule dans la Roche-aux-fées, à des centaines de lieues d’ici et pourtant partageant les mêmes légendes.
Le spectacle souterrain est sidérant. D’un côté un géant de pierre renaît…De l’autre côté de la vaste voûte se forme une armée diaphane de silhouettes grises et menaçantes. Fantomatiques certes, mais déjà, ces âmes damnées se rassemblent dans un seul souffle froid d’outre-tombe pour émettre le plaintif gémissement. Au centre, deux petites formes de vie, un elfe noir et sa puissante Arachne voltigeant à ses côtés, font piètre allure devant l’amplitude de la rencontre. Ditratos fait face à la masse spectrale envahissant la voute entière. Sa voix grave retenti alors :
« Grandes entités de l’âge d’or des Hautes-Elfes et Grandes Guerrières qui avez écrit l’histoire de votre sang noble. Reconnaissez, aujourd’hui, le fomore témoin de votre passage sous les soleils et les lunes de Gaïa. Libérez-vous de la Mère-Nourrice, porteuse de votre illustre race. Acceptez votre suprématie sur les elfes noirs, simples rejetons de votre unique noblesse. Acclamez votre victoire enfin à votre portée. Laissez votre frère fomore guider votre exode vers l’ultime bataille contre les elfes noirs et leur reine Arachnéida. »
Le nom de la Veuve Noire fait écho dans le silence lourd qui survient. Yuna se pose alors sur l’épaule de son ami. À son oreille, elle chuchote : « Ça, c’est mon Ditratos adoré! » Le baiser d’une Arachne sur le lobe de l’oreille fait son chemin vers le coeur du Mage. « Attend, petite fée préférée, les spectres n’ont pas encore… »
Un phénomène paranormal coupe la parole du magicien. Une grande vague fantomatique frappe et pénètre le géant de pierre. Des milliers d’âmes guerrières réalisent une vengeance nourrie depuis des éons. Le fomore ainsi en fusion avec ces soeurs d’âge, se dégage de sa niche tellurique, provoquant un affaissement de pierres se détachant de la voûte pour créer un éboulis dans un nuage de poussière de roc. Le bruit de l’avalanche gronde le long des Méandres Intérieurs. Le silence reprend sa place autour des deux silhouettes collées une sur l’autre. Yuna et Ditratos sont dans un état d’étrange réconfort reposant sur une amitié rare. Leur peau, cendrée de poussière, affiche une grise texture leur donnant une allure de statues de pierre.
Des échos sourds et lointains témoignent des combats titanesques là où des armées entières d’elfes noirs sont engouffrés par les géants de Gaïa : les fomores, ancêtres-même des elfes noirs et de toutes les créatures des Méandres Intérieurs.
Enfin, la voûte des lamentations révèle son silence à nos deux amis. Yuna, à l’aise dans son corps d’Arachne, est couchée de côté sur l’épaule de Ditratos, reposant son torse nu le long du cou de son ami. Ditratos marche d’un pas agile et léger. Un état de grâce et de jeunesse éternelle traverse toutes ses fibres elfiques. Ne faisant qu’un dans un décor sans âge, les immortels se ressourcent un contre l’autre pour un instant d’éternité. S’attardant sur le sommet d’une formation de cristaux ambrés, le visage profilé d’elfe noir de Ditratos s’harmonise au torse d’ébène de sa petite compagne. Elle dépose sa joue sur le lobe de l’oreille pointue de son vieil ami. Elle lui chuchote : « C’est fantastique! Ces cristaux se sont formés le long des ruines des cités des Hautes-Elfes. Ces villes étaient les Lieux Magiques Sacrés des Premières Âges… J’étais alors toute petite! »
En réponse, Ditratos sourit à sa douce Yuna, cachée dans ce corps d’Arachne démoniaque. Seul un sourire peut répondre à une fée rebelle qui vient de renverser l’empire le plus redoutable des Méandres Intérieurs : Les elfes noirs.
Quelques explosions lointaines transmettent en échos la fin d’une civilisation. « Dit moi, petite fée préférée? Tout ce savoir qui nous habite maintenant, remonte à l’aube des races elfiques, donc à la genèse de ton royaume féerique… »
« Eh ouais! Continus! » Chuchote-t-elle.
« Donc, les Fomores et la Roche-aux-fées… » Ajoute Ditratos, l’air songeur.
« Ils se sont reconnus, dit la petite voix à son oreille… comme toi et moi! » Un petit baiser à l’oreille et le sourire de l’elfe noir s’élargit, dans un silence qui continue à converser entre deux coeurs immortels. Lentement, les deux compagnons s’élèvent du sol, en lévitation, traversant l’espace vertigineux de la Voûte des Lamentations qui ne sera plus hantée par les spectres. L’ascension des deux corps se continue avec assurance vers le plafond de cristaux. L’intrusion elfique s’opère. Les corps se fusionnent à Gaïa, alors que les cristaux chantent le passage de deux héros qui écrivent une autre page de l’histoire des Méandres Intérieurs. Malgré la quintessence incorporelle qui les compose dans les strates solides de Gaïa, nos amis sans âge partagent leur éternité vers la Lune et le Soleil qui les attendent au loin, là-haut, dans le firmament d’un univers sauvé d’une invasion des ténèbres.
Renatus, votre chroniqueur du multivers…suite à la XIIIième!
Au revoir!

mercredi 28 juillet 2010

Chronique I des Filles des Pléiades.



Imaginez-vous au beau milieu d’un paysage qui vous envoûte de ces beautés vierges de forêts sauvages, au rythme des rivières qui cascadent dans le coeur d’une vallée majestueuse, royaume de gigantesques pins ouvrant leurs branches comme des milliers de bras accueillant le ciel bleu.
Vous ne rêvez pas. Vous êtes debout devant la jeune Terre comme elle était à l’aube de l’humanité, dans un replie du Nord- Est de l’Amérique. Aujourd’ hui, nous l’appelons la province de Québec. Mais du temps de ce Nouvel Âge, c’était le royaume des Filles des Pléiades; un vaste domaine touchant le toit du monde et toujours en lien avec la Magie des Six Feyades.
Ici, c’est un lieu enchanté sous les étoiles du Septentrion. Plusieurs chamans et Marcheurs de Rêve connaissent ce pays comme étant leurs portails menant à d’autres dimensions dans une parfaite sérénité puisque ces brèches sont protégées par les Six, les Six Filles des Pléiades, les Six Feyades laissées derrière pour sécuriser ce nouveau monde plein de promesses.
******
C’est une de ces belles nuits sous un ciel septentrional, où chaque éclat d’étoiles se dévoile aux yeux éclairés du chaman. Il est assis dans la position de la chandelle, au sommet d’une immense pierre levée au milieu d’une vallée où, il y a 13 milliards d'années, deux factions de guerriers s’affrontaient dans un combat final. Ces créatures étaient les dernières de leur race. Elle fût un premier flux créatif découlant de l’union de deux Grands Amants. Le chaman, nommé Cailla, connaît l’histoire de ces Grands Êtres Divins et chante ainsi dans une langue oubliée la psalmodie de leur acte passionnel…
« Du coeur de la Vierge Amante Cybelia, croît une étincelle, séduite par son compagnon, le Rôdeur, messager des étoiles, Galaxios. Il vient à elle dans un feu de désire ardent dont la queue de comète est tourmentée de multiples essences, sur le sentier des brumes, connu comme le Pont Sacré de Poussière d’Étoile. Il s’approche portant une arme fatale connue aussi des Enfants de cette Union; La Passion Radiante… Cybelia ressent bien les enjeux mais ne peut résister aux magnifiques et séduisants attributs du Rôdeur Galaxios. Elle se voit mettre à nu ses larges vallées où coulent déjà ces mers salées nourries de ses sources intérieures créées elles-mêmes par de ferventes attentes. »
La voix du chaman Cailla est remplis d’ÉMOTION, puisque tout ce chant n’est que fréquences d’É-nergie dans une MOTION.
« L’étreinte des deux Amants est si grande qu’elle devient Tonnerre de Lumière et Musique, Feu et Vents, un élan sensuel à travers des regards d’Amoureux… d’un côté l’oeil du Cyclone et de l’autre, l’oeil de la Galaxie. Intimement en UN-I-ON, les masses d’énergies explosent dans une Fontaine de Passion, où aucune caverne, ni crevasse n’est épargnée par la Semence de l’Amour. »
Cailla ouvre les yeux vers le ciel nocturne et laisse échapper un long et doux soupir, comme le sifflement d’un serpent entre ses dents serrées. Avec la grâce d’un cygne le chaman se lève et recule avec les mains jointes à son menton. Dans un instant de dévotion, il baisse les yeux sur l’endroit où il était assis, où une part de lui gît…où aucune crevasse n’est laissée sans une Semence d’Amour.
Renatus…votre chroniqueur des Filles des Pléiades. À bientôt!

dimanche 20 juin 2010

Un spécial pour la Litha:Honorons nos Ancêtres, Enfants de la Terre-Nourrice.




À travers les siècles, la société s’est développée et s’est vue renaître en une entité nommée America. Mais les Enfants de la Terre étaient là…
Là, sous le couvert des forêts…
Là, sur les courants des rivières et des lacs…
Là, dans le creux des montagnes…
Là, dans l’Esprit de la Terre-Nourrice…
Là, sur le portail des Ancêtres…
Là…tel des saisons et l’air, l’eau, le feu et la terre, à ces Enfants de la Terre, nous leur devons la vie présente, dans notre confort de la vie moderne et sa déconnexion des essences de la vie.
Denizia, pour célébrer la Litha, se connecte avec ses frères et soeurs Narragansett.
Honorons nos Ancêtres, Enfants de la Terre-Nourrice. Retrouvons les liens qui nous attendent pour ainsi nous libérer des illusions créées par le pouvoir, la convoitise, l’égoïsme et la peur.

mardi 8 juin 2010

Les Enfants de la Terre VI



Une couche mince de neige recouvre le terrain entier menant à la serre ancestrale. La matinée commence à se poindre et la retraite de style Art Nouveau donne à ce moment une touche d’éternité. Le trio d’amis est toujours à l’intérieur. Un écureuil traverse le sentier menant à l’entrée mais s’arrête aussitôt, figé. Deux ombres glissent lentement sur le tapis blanc et la petite créature n’attend pas et saute vers l’arrière. Les deux ombres affichent bien leurs attributs.
Une lueur ambrée émane de la paume droite de la plus petite créature. Déjà, une boule de feu se forme en suspension au dessus de la main démoniaque. Mais une autre main tout aussi ambrée saisie son poignet en un éclair. Les deux regards infernaux se croisent. La haine, la vengeance et la colère se lisent dans l’un, tandis que dans l’autre c’est l’autorité et la puissance du pouvoir. Ramenant de force la main de la fougueuse créature en avant de sa poitrine, pendant un bref instant de silence, les deux démons se font face. Deux visages des enfers éclairés par la sphère enflammée, sertis de ces yeux sans fond d’où émanent aussi les feux des mondes inférieurs…et le démon dit à son sous-lieutenant :
« Ne gaspille pas tes énergies pour ces trois vermines…elles sont liées ensemble. Nous avions un beau plan diabolique au jour de la Beltaine…mais ces trois là sont aussi vicieux que l’Amour et la Lumière entrelacés ensemble…Je te le dis… Nous devons nous rabattre sur notre meilleur option : La Femme-Serpent; SHYTIANIS, la Haute Prêtresse de notre reine Lilith, la fille même d’Ève. Shytianis les écrasera comme elle l’a déjà fait tout au long de l’histoire de l’humanité sur Terre avec ces Porteurs de Lumière. Souviens toi de ce qui s’est passé au Jardin d’Éden! »
C’est décidément la dernière parole dite par ce démon un peu trop sûr de lui aux alentours du domaine de Denizia, la porteuse de Magie Blanche et de sa gardienne…
« MÖRHYGAN! »
…S’écrient les deux comparses infernaux, se tournant la tête vers la beauté sensuelle d’une fée polymorphe, fort attirante mais fatale. D’une vitesse surnaturelle, les deux mains de Mörhygan frappent comme deux glaives de justice sous les mâchoires des deux victimes de leurs instincts d’incubes. En un éclair de sang et de chaire, les deux créatures des ombres s’écrasent par terre, leur tête giclant du sang noir par les huit orifices. Immobile pour un instant, surplombant le massacre, Mörhygan tient encore les deux cerveaux de ses victimes entre ses poings. Elle les jette alors par terre en levant la tête, savourant sa victoire, la fée gardienne se parle à voix basse : « Voilà qui explique l’assaut virulent d’où j’ai survécu de justesse à la Beltaine! » Avec grâce et souplesse, la femme-fée s’accroupie et effleure la blanche neige de ses mains encore souillées du sang des Enfers. D’un regard glacial reflétant bien le voile enneigé qui l’entoure, Mörhygan se lave les mains meurtrières et se serre les dents : « La légendaire Shytianis est derrière cette conspiration. Eh bien soit! Le Concile des Septs en sera informé. » Jetant une neige entachée du sang de ses ennemis, la fée gardienne se relève vivement et se tourne le visage vers la serre ancestrale illuminée par les rayons dorés du matin. Elle pense à voix haute : « Cette nouvelle fait lumière sur bien des mystères. »
Tournant le dos aux pantins libérés de leurs Enfers et à la mare de sang noir, Mörhygan marche lentement mais d’un pas ferme et souple de femme fatale. Elle lève les bras, formant un croissant de lune. Sa silhouette féminine contraste aussitôt sur l’éclair bleuté qui conclue toujours les interventions de Mörhygan auprès des forces des ténèbres. D’une grâce bien féerique, le corps de femme devient fée minuscule qui sillonne l’air matinale vers la serre ancestrale où l’attendent Denizia et Sky.

À suivre dans la chronique VII, de la collection: Les Enfants de la Terre.
Au revoir!

Renatus, votre chroniqueur du multivers.

mercredi 26 mai 2010

Les Enfants de la Terre V


L’hiver, en Nouvelle Angleterre, est habituellement fort agréable, sans surprise, froid mais sans ce niveau élevé d’humidité qui pénètre toute protection, toute isolation et qui tue tout bien être. Mais dans le cas de Denizia, notre porteuse de Magie Blanche, cet hiver se solde par des événements paranormaux de plus en plus intenses. Avec sa fée gardienne Mhörhygan et Sky, son faucon familier, des phénomènes inquiétants se démultiplient, surtout depuis le jour de la Beltaine dernier.
Denizia, bénite par la Déesse Brigid et touchée par les Guetteurs du multivers, Ditratos et Yuna, est de nouveau méditative, assise au centre de son jardin secret, au pied de son arbre de vie. Le simple souvenir d’un rêve a guidé les pas de Dame Denizia ici, sous les verres de la serre ancestrale. Bien au chaud dans cet havre exotique survolé par des oiseaux multicolores, la porteuse de Magie Blanche sourie de bonheur à ses amis aviaires, cadeaux divins de sa Déesse Brigid. Quelques oiseaux viennent même lui tirer quelques mèches de sa chevelure quasi chevaline dû à son épaisse densité, mais soyeuse comme un duvet d’oisillon. Leur témérité excite légèrement les instincts de chasseur de Sky mais le lien empathique des deux Enfants de la Terre prévaut. Connectée à ses frères et soeurs aviaires, rassurée et relaxe parmi les siens, les ombres multiples de ses semblables ailés courent sur son corps de femme aux attributs sensuels.
Denizia contemple le riche feuillage de l’arbre tout en glissant son corps de Déesse sur ses racines lisses et centenaires qui sillonnent un tapis épais de mousse sylvestre. La couleur noisette de ses yeux se dissipe aussitôt et fait place à celle de la verdoyante tapisserie qui les baigne. Telle une réelle réplique du multivers, le Chêne-Frère s’ennoblie de ces racines nourricières qui rayonnent comme un soleil. Ces tentacules végétaux puisent dans l’invisible chthonien et les ténèbres, l’Essence de la Vie. Par son puissant tronc plein de sève vivifiante, il supporte et produit les multiples embranchements du multivers et les différentes espèces animales, végétales, mais aussi telluriques et célestes.
Sky s’amuse à caresser le bras et l’épaule de sa grande soeur, la chatouillant. Un petit rire d’enfant tout tendre et aimant sort des lèvres sensuelles de la Fille de la Terre.
« Sky, Sky, Sky… tu es taquin aujourd’hui. Oh! Je vois, c’est Mörhygan qui marche sur tes rives oniriques! Vous faites un fameux duo d’amis, tous les deux! »
Une légère brise étrange vient faire valser la chevelure épaisse de Denizia et Mörhygan apparaît alors sur le dos de Sky. Le souffle d’air fait trembler quelques feuilles de l’arbre de vie. Les trois amis lèvent leurs yeux vers la dense parure feuillue de leur frère-arbre qui vibre de vague en vague pour laisser tomber des feuilles qui voltigent en zigzag vers eux et se déposent tout autour, comme un grand cercle invisible marqué de sept feuilles…Mörhygan rompt le silence :
« Les sept univers de la coalition du multivers! »
Sky déploie ses ailes en signe de surprise et Denizia ouvre plus grand les yeux sur sa petite gardienne fée qui ajoute : « Ben quoi! Vous ne savez pas pourquoi les signes oniriques vous guidaient jusqu’ici, en cet instant précis? »
« Eh bien, c’est que… » Denizia et Sky se regardent en lien empathique.
« Nous pensions nous envoler avec Deniziair et faire un saut vers les Appalaches… »
« He! Non, non!... » Coupe aussitôt la petite fée. « Plus tard, les ballades aillées, d’ailleurs, tu portes les sept clés des Portails sur toi. »
« Sur moi? »
Une sensation de chaleur et de picotement attire l'attention de Denizia à sa poitrine, plus précisément le long de son sein droit... Une chaude énergie vient caresser son flanc tout entier, apportant un doux et profond émoi à son coeur. Levant la tête vers les ramifications végétales sous lesquelles elle se tient assise, Denizia ne voit pas les impressions monochromes de son jacket soudainement s'animer et prendre relief, couleurs et vie. Déployant leurs ailes dans un frétillement de vie et d'énergie, les papillons s'envolent alors du tissu même du vêtement porté par Denizia...

À suivre dans la chronique VI des Enfants de la Terre, bientôt.

dimanche 23 mai 2010

Chronique du Miroir XI


Un vol plané enfonce Yuna dans une noirceur encrée. Ses yeux d’Arachne
détectent juste à temps des toiles d’araignée épaisses et immenses accueillant tout
intrus dans le coeur de la forteresse des elfes noirs. Voltigeant en zigzag le long de
ces obstacles, la descente de Yuna est observée par quelques silhouettes
d’Arachnes affairées à leurs toiles. Puis, elle détecte derrière elle un cortège
d’Arachnes volant vers elle. Maintenant, toutes les connaissances infuses tirées
du Grimoire des Damnés font leurs preuves. La personnalité de Yuna la fée s’est
retirée dans un coin très reculé à l’intérieur de l’Arachne qu’elle est devenue.
Yuna est protégée de toute incursion télépathique. La fée s’y connaît en ce
domaine. Elle, la fée rebelle aux cent visages, qui change de forme selon les
créatures qu’elles confronte. Mais, cette fois-ci, la Transfiguration des Arachnes
qui s’est opérée en elle aurait dû vampiriser l’âme même de Yuna. Mais
l’éternelle fée s’est préparée dans toutes ses fibres magiques. Elle sent déjà les
liens télépathiques des vicieuses Arachnes se tisser à travers ses pensées. Mais il
n’y a plus de Yuna pour nourrir ces affreuses créatures. La fée s’est estompée
pour l’instant.
C’est à ce moment que le vol se termine sur une grande toile décorée de cristaux
ambrés et verdâtres d’où émane une mince lumière plus faibles que des
chandelles. Une douzaine d’Arachnes s’approchent en cercle autour de Yuna.
Avec grâce et témérité Yuna déploie une personnalité créée sur le champ. Telle
une araignée tissant sa toile, Yuna tisse son charisme à son auditoire qui pourrait
la dévorer sur place et déchiqueter son âme aux quatre coins des Méandres
Intérieurs.
Le plan de Yuna est simple : gagner la confiance de ces Arachnes, ensuite, créer
une irréfutable histoire à propos d’un complot d’Arachnéida contre le conseil des
Arachnes. Enfin, lorsque la reine des elfes noirs se pointera elle-même dans
quelques instants…son destin va tourner au noir.
C’est incroyable la profondeur de connaissance que ce Grimoire des Damnés peut
contenir. Yuna s’est totalement imbibée, par magie noires, de tout un monde des
ténèbres à un point tellement parfait qu’elle pourrait dominer cette civilisation et
survivre à toutes les intrigues possibles en ce bas monde.
D’ailleurs, émergeant des profondeurs sous la grande toile du concile, dans une
parfaite attitude de reine démoniaque, voilà la Veuve Noire, Arachnéida. Sa
lévitation donne à son corps elfique l’allure d’un ange noir. Sa beauté physique
tient de la démence. Son attirance a vampirisé des centaines de mâles et son
tableau de chasse s’attribue aussi des proies féminines. Yuna le sait par le biais du
Grimoire Interdit. Mais la fée se sait capable de confronter cette légende sombre
qui glisse dans l’obscurité au centre du grand concile, à l’orée de son destin, au
crépuscule de sa gloire. C’est à ce moment précis que se joue la plus grande
supercherie jamais vécue chez les elfes noirs. Des regards et des attitudes
perplexes construisent rapidement un climat de méfiance vis-à-vis la puissante
reine.
C’est dans cette micro seconde d’instabilité générale, où un duel mortel peut
rompre la tension, que Yuna applique la dernière phase de son plan. Dans une
fontaine de lumière magique, Yuna, la fée rebelle, prend bien soin de viser les
yeux fragiles de ses adversaires. Tel un feu d’artifice, la lumière aveuglante jaillit
de ses huit pattes et ses deux bras, foudroyant des jets de lumière tellement
intense que les murs en sont illuminés. En quelques instants, les têtes des elfes
noirs sont couronnées d’une lumière quasi mortelle pour cette race souterraine.
Désorientées, déséquilibrées, plusieurs Arachnes tombent en chute libre dans le
vide encré qui s’illumine. Les murs de la grande faille, éclairés comme jamais,
dévoilent des reliefs bizarres qui ressemblent étrangement à des figures
gigantesques. Tout le long de la falaise, ces bas reliefs sont parcourus par des
ramifications de lumière. La paroi toute entière est criblée de jets de lumière
féeriques, jaillissant des dix membres de Yuna, elle-même en parfaite lévitation. C’est là que la magie féerique devient magie mortelle dans les mains d’une fée
rebelle. Six ou huit Arachnes sont étendues par terre, couronnées de leur lumière
éternelle. Aveuglées, elles ne voient pas ces pieds gigantesques de pierre s’élever
au dessus d’elles et s’abattre d’un coup.
Roulant par terre, Arachnéida se concentre sur un contre sort affaiblissant l’éclat
de la sphère de lumière autour de sa tête. D’une grâce elfique, elle évite le sort
fatal des Arachnes écrasées comme des insectes, sous les pieds des géants
légendaires cités dans le Grimoire des Damnés : LES FOMORES, habitants des
Premiers Âges des Méandres Intérieurs, ramenés à la vie par la touche féerique
de Yuna.
Du coin de l’oeil, la fée Arachne sait que son ennemie évite les géants de pierre.
De ses huit pattes elle converge les effluves de lumière, ciblant la tête
d’Arachnéida. Dans un grincement de voix diabolique, la Veuve Noire se jette au
sol, souffrant de l’intense lumière féerique lui dévorant les fibres optiques. Sans
plus attendre, Yuna prend son envol vers le sommet. C’est maintenant ou jamais
que la retraite est de mise.
Tout le long de son ascension vers le haut de la faille, Yuna remarque des
fendillements s’élargir dans les parois. Les géants de pierre quittent leur gîte
millénaire et la caverne s’émiette comme un grotesque château de sable. De
toutes parts, sur les murs de la cheminée qui s’effondre, de puissants guerriers de
la Garde Noire opèrent leur extrusion mais deviennent aussitôt la cible de
l’implaquable Yuna qui lance ses boules de lumière, brûlant les yeux elfiques.
C’est dans un jeu fatal de réaction en chaîne que ces balles féeriques se
démultiplient d’une tête à l’autre apportant des chutes mortelles comme une pluie
d’étoiles filantes. L’éveil des Fomores se continue aussi de cavernes en cavernes
apportant le chaos et la destruction…
Nous retrouvons nos deux compagnons enfin réunis. Ils pratiquent encore
l’intrusion dans les entrailles de Gaïa pour accomplir l’ultime action qui devra repousser toute possibilité d’invasion des elfes noirs. La vitesse d’action est leur
gage de réussite. À deux contre des milliers, il faut compter sur des collaborateurs
puissants qui verront un avantage dans la défaite d’une société aussi corrompue
que puissante.
Un lien télépathique s’ouvre à nouveau entre Yuna et Ditratos : « Yuna, ma fée
préférée, tu as été fantastique contre ces Arachnes… et ces Fomores libérés
donneront beaucoup de défis aux survivants elfes noirs. »
« Mon Rôdeur adoré, c’est fou comme j’aime ça, des coups de théâtre, c’est
grisant comme effet. Mais attention, Arachnéida circule encore dans ses
Méandres Intérieurs… c’est une dure à cuire! »
À ces pensées, glissant à travers la densité les entourant, Ditratos sent son coeur se
gonfler d’une nouvelle force : Yuna, sa petite fée préférée!...
« Notre Némésis ne m’inquiète plus, pense-t-il, dès que nous aurons atteint la
voûte des lamentations, des milliers de voix familières à Arachnéida lui
rappelleront des moments intenses des Premiers Âges et l’affaibliront. »


À SUIVRE… Chronique du Miroir XII

Renatus.

mercredi 19 mai 2010

Chronique du Miroir X


La Roche-aux-fées et sa nuit lunaire sont loin derrière, tout en
haut, là où des civilisations insouciantes risquent une invasion des
elfes noirs. Les pensées télépathiques courent à travers le roc
massif et dense. La descente est constante. Les corps sans
dimension traversent la croûte tellurique qui sépare deux mondes;
celui de Lumière et l’autre de Ténèbres.
Ditratos et Yuna profitent de la magie des elfes noirs. Leurs corps
physiques éthérés transpercent le voile des trois dimensions. Les
couches des différentes strates de pierre passent de part en part
l’essence vitale des deux aventuriers. Ils expérimentent
l’impossible. Ils sont en fusion avec l’infiniment petit. La
quintessence de chacun s’intercale à celle de Gaïa et le voyage en
son centre s’insinue dans l’entre-matière.
La magie du guetteur du multivers guide aussi leur progression
dans les entrailles de Gaïa vers leur ennemie, Arachnéida.
Quelques fois ils traversent des zones, des ouvertures sans roc. Ces
régions sont habitées, parfois, par des races jadis inconnues de nos
deux explorateurs. Mais la Transfiguration des Arachnes porte
fruit. La connaissance et la magie intrinsèque des elfes noirs
circulent maintenant dans chaque micro-molécule de leur être. Ce
périple dans la matière de Gaïa en est la preuve.
Une autre antichambre se présente au passage des deux voyageurs.
Du plafond criblé de cristaux ambrés, leurs corps fantomatiques
émergent de la masse rocheuse et glissent dans le vide en lévitant
vers le bas. Ils reconnaissent une race qui n’a jamais foulé le sol de
Gaïa : les duergars. La taille de ces créatures n’atteint pas la
hauteur des genoux humains. Petits, mais presque aussi puissants
que leurs cousins elfes noirs, la loyauté, l’honneur et l’intégrité des
duergars ne les sauvent pas de l’esclavage. Ici, ils extraient ces
cristaux pour leurs maîtres et rêvent de liberté. Ditratos projette
alors un lien télépathique à Yuna : « Ces duergars tourneront
bientôt une page de leur histoire. Notre plan les y aidera. Mais il
est beaucoup plus sage pour nous d’agir dans l’invisible, merci,
Yuna. Par notre humble geste, occulté par ta magie féerique,
l’honneur d’une race est sauvée. Gente Dame Fée, votre voile
d’invisibilité nous en assure le succès. »
« Oh! Pense-t-elle. J’aime bien sauvegarder ma vie privée. C’est
une affaire de fée qui sommeille dans mon corps d’Arachne…
Attention, Ditratos, je sens la présence de quelques Arachnes pas
très loin, sûrement dans une cave voisine. Protège bien tes liens
télépathiques, cher ami. Ici, la discrétion est cruciale. »
Ensemble, la descente invisible continue au milieu de cette prison
naturelle de cristaux. De nouveau, les guetteurs s’intrusent dans la
masse souterraine qui les entoure. « Ça y est, pense Yuna, dans
quelques coudées, je testerai mon charisme sur mes congénères.
Ici, je cesse l’invisibilité pour ne pas insulter ces Arachnes.
L’extrusion s’effectue de nouveau, mais cette fois-ci dans la totale
visibilité. Les corps des deux compagnons se matérialisent dans
l’air ambiant, s’extirpant sans douleur de la masse tellurique.
Comme deux corps émergeant de l’eau, le couple d’amis vivent
l’extrusion avec nonchalance comme de véritables habitants des Méandres Intérieurs. le spectacle qui s'offre à leurs yeux est à couper le souffle.
Yuna et Ditratos sont en lévitation dans la pointe supérieure d'une faille qui s'élargie des deux côtés. Ici, c'est un aura de puissance et d’autorité qui frappe le corps éthérique de Ditratos de plein fouet.
Il sait que le succès de leur mission repose maintenant sur le
charisme de Yuna. Suspendu en lévitation au dessus d’un vide sans
fond, il sait que c’est ici que se joue le destin des civilisations de
Gaïa. Le magicien voit d’autres elfes noirs mâles en suspension ici
et là. Ce sont d’autres serviteurs en attente des besoins de leur
Arachne.
La brave Yuna cesse sa lévitation et déploie ses ailes de démon.
Un dernier clin d’oeil à son ami et la voilà partie, planant vers les
ténèbres qui l’accueillent à des milliers de coudées plus bas. Son
amie disparaît, engloutie de néant… Il lève les yeux lentement vers
ces pantins accrochés dans le vide, comme lui-même, ils attendent,
simplement… pendant que son estomac se noue… simplement… à
la merci d’un plan fragile et téméraire; prendre à revers la reine des
elfes noirs sur son propre terrain. Si l’opération des deux amis
réussit, Arachnéida devra abandonner son plan d’invasion du
multivers. Mais ici, suspendu dans l’inaction, il espère des
nouvelles de sa petite compagne. « Par tous les arcanes, je me sens
tellement seul, ici, sans ma bien-aimée. »
Cette pensée, c’est du coeur qu’elle s’échappe! Ditratos est pris par
surprise… Son coeur bascule, suspendu dans l’inconnu. Un sourire
plein d’assurance efface l’anxiété de son visage d’ébène car une
force l’habite, maintenant. Ditratos tombe pour une fée, suspendu
dans l’inconnu, mais pas comme un pantin. Il regarde les autres
silhouettes immobiles au dessus du vide, le sourire toujours aux
lèvres : « Tomber en amour, cette idée me sourit… suspendue à
mon coeur. »
À cette pensée, Ditratos se rappelle des consignes de la fée :
« Protège tes beaux yeux d’elfe avec ma pommade-maison. Crois
moi, mon cher, je réserve une surprise brillante à nos hôtes. »

À suivre dans la chronique du Miroir XI.

lundi 3 mai 2010

Les enfants de la Terre IV


Prologue: Se dégageant de l'oeuf d'énergie, la nouveau-née ailée estAjouter une imagelibérée dans son élément: l'air, comme le nouveau suffixe a son nom le dit si bien.

Deniziair sait très bien que rien n'est gagné d'avance avec des démons. Elle a payé sa dernière bataille contre les créatures infernales d'une paire d'ailes totalement amputées de son corps. Elle se souvient encore de la douleur, de l'énergie qui la quittait au gré des filets de sang céleste qui coulait d'une tiède fatalité tout le long de son dos et ses fesses pour aller mourir sur ces roches noires au pied de la Potence des Anges. Mais ce sont ces souvenirs remontant a la surface de sa conscience qui lui donne justement la force de continuer. La ténacité de Mörhygan, sa fée gardienne, aura porté fruit. Maintenant, les dés de la destiné sont lancés.
Le crépuscule s'achève et la lumière du matin régnera bientôt sur la forêt appalachienne. Deniziair sait que Mörhygan a réussi a exterminer des centaines de démons. Mais elle sent qu'une entité infernale s'est glissée saine et sauve au delà du génocide démoniaque. Ou se terre-t-elle, cette vermine? Ou s'est-elle infiltrée? Dans le corps d'un innocent mortel? Dans les entrailles de la Terre-Nourrice? Dans le subterfuge d'une porteuse de Magie Noire?
Deniziair maîtrise son élément parfaitement: l'air. Elle se fie maintenant a son simple instinct céleste pour débusquer le démon-succube de sa cachette. Elle vole et plane au dessus des grands pins. Elle vrille, voltige et plonge dans les interstices forestières. Il faut la voir glisser a une vitesse folle, au dessus des géants verts qui cachent si bien leurs mystères. Soudain, elle freine de ses ailes puissantes et se laisse tomber dans la forêt matinale, pieds devant, vers l'inconnu, vers son adversaire de taille. Dans sa plongée qui tient du vertige, Deniziair ne manque pas de se fusionner a ses frères-arbres qui, de leurs branches éparses, témoignent du passage de l'entité malveillante qui tente de se soustraire a la vigilance des enfants de la Terre.
Tirant avantage des informations empathiques de ses frères, les arbres,
Deniziair sait maintenant où est son némésis. Tempérant son instinct de
vengeance, mais tout de même subjuguée de tant d’images transmises par
ses arbres-frères, elle le visualise. L’image même de sa location la
répugne à un point tel que Deniziair projette sa pensée créatrice au devant
d’elle-même et se retrouve derrière son ennemi.
Totalement immobilisée par la forte emprise démoniaque, la Dryade est
clouée au sol, seins contre terre, ventre soulevé, poignets rivés sur son Sol
Sacré. Elle sent déjà l’ignoble membre frôler ses nymphes encore pures.
Au moment même où elle croit se faire pénétrer par les ténèbres
infernales…un vertige lui soustrait la conscience et elle sent ses forces
l’abandonner à l’assaut de la « copula cum daemone ».
Les ailes démoniaques sont toutes épanouies et frémissent. Des
vociférations sataniques s’échappent d’entres les dents pointues et des
feux crépitent de ses yeux à l’idée de dévorer l’âme-soeur de l’arbre enfant
de la Terre-Mère. C’est une belle insolence au sois disant équilibre
sacré de la Nature vis-à-vis ses Enfants.
Deniziair voit bien la faiblesse d’un incube. Aussitôt qu’une occasion se
présente, il succombe à la tentation et répond à l’appel de sa Maîtresse, du
fond de ses Enfers : LILITH. La routine de la Première Démone des
Enfers est tellement pathétique et prévisible par son élan vampirique de la
possession d’un être sur un autre être. C’est pour ça que Deniziair se fait
un devoir de libérer la vie de cette torpeur démoniaque.
En simultanée, elle plonge ses deux genoux dans le creux du dos de
l’incube et ferme les poings sur les cornes infernales et tire vers elle. Le
craquement des vertèbres est sans équivoque et le son de la mort de la
créature des Enfers annonce la libération de sa soeur sylvestre. Puis, avec une force céleste, Deniziair déchaîne sa rage et sa soif de justice est alors
rassasiée. L’incube décapité s’effondre dans un tourbillon de sang noir
giclant de son corps. La chaire et le sang d’une abomination infernale sont
étalés sur les racines de l’Arbre-Vie de la Dryade vengée.
Encore debout sur le corps inerte de l’incube se vidant de son énergie
noire, Deniziair tient encore dans sa main droite la tête cornue. Elle sent
alors sa main gauche étreinte d’une chaleur humaine familière. Ditratos, le
Rôdeur du multivers, est à ses côtés : « Ton geste était nécessaire et
absolument méritoire. L’équilibre est rétabli. Tu viens de libérer la Terre
de l’emprise des Enfers et nous t’en remercions, Deniziair. Notre Déesse
Brigid a eu raison de te donner des ailes. Tu les offre en retour à la justice
et à l’équilibre de la vie. »
Tournant la tête vers la base du Grand Pin, Deniziair est rassurée de voir
la Dryade assise adossée à son Arbre-Frère et Yuna, la fée rebelle, sur son
épaule, chuchotant des secrets à son oreille effilée. Ditratos prend alors la
tête de l’incube de la main de Deniziair : « Ne t’en fais pas pour la Dame
des Bois. Avec la touche de Yuna, elle survivra à l’agression qu’elle a
subit. Au fait, les fées effacent ce qu’elles veulent de nos mémoires.
Rappelle-moi de t’en reparler plus tard, la mienne fait des siennes,
parfois! » Admirant la tête démonique en la tenant par les deux cornes,
Ditratos ajoute : « De multiples sortilèges et des potions magiques en
devenir, dans cette tête qui sera écervelée!...Allons, le jour se lève bientôt.
Yuna et moi devons te quitter. Nous ne voulons pas trop intervenir sur le
plan de la Terre. C’est à toi de le faire, avec Denizia, Mörhygan, Sky, tes
soeurs et frères, les Enfants de la Terre, qui sont les fruits des Mondes
Oniriques Divins. »
Au même moment que Mörhygan réapparaît sur l’épaule de Deniziair, la
main levée du Mage permet au fameux Miroir de resurgir près du groupe
mystique. Dans des au revoir remplis d’amour, d’amitié et de respect mutuel, les guetteurs du multivers s’estompent à travers leurs réflexions et
le Miroir se dissipe de nouveau. Un instant de silence matinal et sylvestre
retombe autour des deux amies. Deniziair, d’un froissement de plumes,
secoue ses ailes blanches et coupe la quiétude de la forêt : « Nous ne
pouvons pas partir et laisser cette carcasse des enfers… » Un éclair bleu
étoilé jaillie alors à l’endroit où gît la carcasse de l’incube. Puis, plus de
cadavre, ni traces ne subsistent. La petite voix de Mörhygan réplique :
« Quelle carcasse des Enfers? »
Mörhygan, debout sur l’épaule de sa grande soeur des airs, affiche une
attitude désinvolte en s’exprimant sur un ton léger et plein d’innocence
propre aux fées.
Deniziair s’élève agilement de quelques gracieux coups d’ailes et survole
l’endroit de la tuerie : « Wow! »
Perchée sur l’épaule de sa sorcière, Mörhygan répond : « Ici, sur Terre,
nous devons être vigilantes et bien nettoyer derrière notre passage. Les
humains, ici, ne sont pas près à accueillir les réalités des mondes
oniriques. »
Sur ces mots, les deux créatures ailées profitent des dernières ombres
matinales, dans des acrobaties aériennes d’une grâce surnaturelle, pour
rejoindre la sorcière Denizia et Sky, sur le site sacré. À l’approche de la
petite clairière, déjà la nuit fait place au jour sur des notes d’horizon
enflammé par les rayons du soleil levant au dessus de cette Nouvelle
Angleterre rassurante des temps modernes. C’est pour sauvegarder cette
illusion que Mörhygan et Deniziair volent à travers les entre faîtes des
conifères appalachiens, pour ne pas être vues par d’innocents témoins
mortels. Les sens aiguisés des deux compagnes sont connectés aux esprits
et éléments invisibles de la forêt américaine. Empathiques et en parfaite aisance aérienne, la fée gardienne et sa protégée renée de sa jumelle
Denizia, entament leur routine de descendante vers le site ancestral.
La présence et l’énergie aviaire de Sky volant à leur rencontre réchauffe
les coeurs des chasseresses de démon. Mais le jour qui se lève les presse à
agir vite. Deniziair, les pieds devant, observe l’anatomie jumelle de
Denizia qui l’attend, sur le dolmen ancestral. Malgré une totale ignorance
de l’acte de réintégration à son âme-jumelle, Denizia demeure une dame
de la haute société mystique. Elle s’offre donc, les bras en croix, en totale
confiance en sa Déesse Brigid qui lui a redonné des ailes. Denizia regarde
son alter ego ailé plonger vers elle, pointant ses pieds vers son shakra du
coeur. Là où reposait la main de son mentor Ditratos.
Dès que le bout des pieds de Deniziair touche la poitrine de Denizia, la fusion surnaturelle s’opère dans un éclat de lumière d’arc en ciel. Les deux entités deviennent lumière divine et se fondent une dans l’autre dans une parfaite et harmonieuse manifestation des pouvoirs divins ici même incarnés. Les ailes blanches de Deniziair s’engouffrent et glissent dans le corps illuminé de Denizia qui est parcouru de frissons, témoins de ses pulsions d’énergie céleste qui la pénètrent.
Toujours caressée de vagues de douceur subtile, Denizia est alors
en prise avec tellement d’amour et de lumière que ses genoux
plient sous le poids des émotions envahissantes. Telle une
marionnette privée de son maître, Denizia se voit choir sur ses
genoux suivie de sa cape aviaire qui vient recouvrir ses sanglots de
joie insoutenables.
Soudain un rire se déploie de cette enfant de la Terre qui se noyait
dans ses larmes il y a un instant. Un rire qui fait écho dans les
arbres entrelacés dans leurs branches. Un rire libérant les forces
créatrices de miracles du multivers. Un sourire en coin, Denizia
comprend alors toute la portée de ce que lui disait Ditratos :
Aujourd’hui ce n’est pas un jour à la prosternation, mais à la renaissance!
Cette pensée continue à caresser ses souvenirs, lorsqu’elle marche
dans la forêt qui s’éveille, éclairée des rayons du soleil levant qui
la rejoignent entre les branches et dansent sur son habillement
moderne nord américain retouché d’une touche gothique.
Aujourd’hui ce n’est pas un jour à la prosternation, mais à la renaissance!
Cette phrase fait toujours écho dans sa tête lorsqu’une auto arrête
devant elle, faisant de l’auto-stop. « Où allez-vous? » La dame au
volant demande-t-elle. « Pawtucket », répond Denizia. « Bien,
montez! »
Sans le savoir, la conductrice vient d’aider dame Denizia à revenir
d’un rituel extraordinaire. Toujours muette et tranquille, la sorcière
regarde la route défiler, mais de jour, cette fois-ci. Elle se souvient.
Aujourd’hui ce n’est pas un jour à la prosternation, mais à la renaissance!
Levant les yeux vers le ciel, elle voit Sky qui vole en parallèle à
l’auto. Elle sait que Mörhygan est invisible sur son ami. Un sourire
se dessine sur ses lèvres sensuelles, et elle s’entend penser :
« Merci, Déesse Brigid. Merci, Yuna… » Denizia caresse sa
poitrine de sa main gauche et… « Merci, Ditratos. De ta
bénédiction, mon shakra du coeur s’est ouvert pour Deniziair.

FIN
À bientôt, enfants de la Terre!

mardi 27 avril 2010

Les enfants de la Terre: La Beltaine




- Voila! S’écrit le jeune homme.

Il porte les jumelles a ses yeux et regarde avec intérêt de l’autre côté de la rue. Bientôt, le lever du soleil apportera suffisamment de lumière sur la résidence qu’il scrute depuis le début de la nuit. Encore dans la pénombre du crépuscule, la maison victorienne est très en retrait et bien cachée par les arbres l’entourant. Mais l’homme a trouvé un endroit idéal pour observer la porte d’entrée du gîte de la mystérieuse sorcière. Une lueur bleutée trahit la présence de ce que l’homme cherche. Ses lèvres remuent a peine quand s’échappe un chuchotement :
- Morhygan, cette petite peste de gardienne.
Scrutant toujours de ses jumelles, l’intérêt se ressent dans sa voix :
- Hé! Intéressant, je crois que je serai choyé de planter une belle sorcière ce matin.
De son point de vue, la petite lueur bleutée est près d’un bouquet de fleurs des champs, accroché a la porte de l’entrée principale. Tel un colibri, la fée bourdonne encore un peu et se sauve de quelques coups d’ailes.
L’observateur courbe des lèvres avec dédain et dans un souffle il laisse glisser :
- Bien sûr ces idiotes célèbrent la stupide Beltaine. Ces rejetons de la Terre me donnent la nausée par ces agissements enfantins. Beuark!
La porte s’ouvre toute grande dans un seul élan…
- Wow! Hé, hé, hé. Belle sorcière, mmm! Tu me semble succulente d’ici. Toi et ta salope de gardienne méritez bien un retour aux enfers! Retiens ton souffle, ma poupée car c’est ton dernier sur Terre.
Au moment ou Dame Denizia remarque et prend en main le présent de mai, elle jette des regards ici et la a la recherche de son amie, pour courir l’embrasser sous le ciel de la Beltaine. Mais une fée qui désire son baisé saura l’espérer encore un peu. Les arômes des champs fleuris caressent ses souvenirs d’enfance et ramène son attention a sa Mère-Terre qu’elle effleure toujours de ses pieds nus. Enclose dans une bulle tendre et confortable, Denizia plonge son nez délicat dans les pétales de souvenirs et une voix grave et rassurante la fait sourire.
- Bon matin, ma chère Denizia! Sois-tu bénie en ce jour de la Beltaine!
- Ditratos? Tu m’honore de ces fruits de Notre Mère et en retour je t’offre le fruit d’un baisé.
Denizia s’approche tendrement de son mentor, le Rôdeur-Mage Ditratos, mais ressent une vague d’énergie étrange en traversant la zone éthérique de son Maître des Arcanes. Et l’instant de tendresse est foudroyé. De ses yeux, il dévore ces lèvres qui s’approchent de son piège mais n’a le temps que de ressentir ses organes sexuels d’incube s’enflammer de vampirisme. Sa vision devient soudainement écarlate et ravagée de douleur, des sons stridents éclatent a ses oreilles et un froid glaciale pénètre dans son cerveau et le néant reprend sa place.
Surplombant la dépouille du démon incube, Denizia a les joues encore entachées de sang. Son fidèle sauveteur déploie son aile protectrice et prend bien soin de ne poser ses serres que dans le cuir protecteur de l’avant bras de sa sorcière adorée.
- Sky, tu as sauvé mon essence-même. J’ai failli me laisser vampiriser par une déception. Ditratos devra m’enseigner davantage dans l’art de la protection démonique.
A cet instant, Morhygan apparaît sur l’épaule de sa protégée. Encore essoufflée de sa non moins difficile rencontre, la fée gardienne ajoute :
- En entrant dans la serre ils m’ont assailli, voilés sur le seuil des mondes oniriques. Ma distraction aurait pu me coûter mon amie. Ils étaient une vingtaine mais les falaises oniriques me sont familières et j’ai pu semer les huit Maraudeurs survivants. Cette fois les forces ténébreuses nous envoient les prêtresses de Lilith. C’est pas normal, Denizia. Quelque chose est entrain de se tramer.
- Ne t’inquiète pas, petite fée. J’ai un plan. Profitons de cette journée bénie!
Denizia lève le bouquet d’arômes aux pieds de sa fée et cette dernière s’y dépose avec grâce et légèreté. Deux petites mains caressent les lèvres sensuelles de la sorcière. Avec douceur et amour les amies se savourent sous la Baltaine matinale!

FIN

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mercredi 17 février 2010

Les enfants de la Terre III



Depuis bientôt deux heures que l'auto roule sur ces routes de gravier peu recommandables à ces heures de la nuit. Assise, silencieuse, du côté passager, Dame Denizia tient son regard fixé sur la route qui défile. Un ami a accepté de la conduire dans cette région sauvage de la Nouvelle Angleterre. Malgré les dangers de la forêt et de la nuit, l'ami n'a pas dit non à la requête. Nous ne disons jamais non à une demande de Dame Denizia. Surtout quand le regard de son oiseau de proie scrute les entrailles de votre âme. Un frisson glacial circule alors le long de votre échine. La réponse est en fait un cri de survie. Un oeil sur la route et l'autre sur la créature ailée, l'homme compte les indices de l'itinéraire et n'en manque pas un seul pour en finir au plus vite, de cette ballade mystérieuse. Denizia, de noir vêtue, préfère que les humains la craignent, c'est plus sécuritaire pour eux. Lorsque sa vie antérieure lui est revenue à la mémoire devant l'apparition de Sky, son compagnon, son familier révélé en cette nuit de l'Imbolc ( la Chandeleur ), Denizia a vite réalisé l'ampleur de l'enjeu. D'autant plus qu'avec toutes ces mémoires échouées sur les rives de sa conscience un nom ne cesse jamais d'éveiller d'autres souvenirs rassurants mais pour le moins troublants. Un nom empreint d'éternité, de millions de phases lunaires et merveilles. Maintenant, Denizia se souvient de son mentor: Ditratos.
La vie de la Sorcière Blanche est jalonnée d'événements et d'individus bizarres, qui ont tous un lien en commun. Les démons qui lui ont coupé les ailes lors de la "Récolte des Fruits Oniriques", la traquent ici même sur terre et veulent la ravir pour la tirer avec eux dans les entrailles des enfers, pour une raison encore inconnue. Denizia s'est vite construit une personnalité mystérieuse, charismatique et solitaire. Elle ne veut pas que des âmes innocentes paient de leurs vies leur accidentelle présence devant la machination infernale qui la poursuit. Étant solitaire et en retrait de la société, protégée dans sa marginalité, Denizia est devenue la sorcière qu'on évite de fréquenter. Son aura inspire la torpeur et c'est très bien ainsi. Elle sait entretenir la légende vivante qu'elle est devenue avec des rumeurs bien nourries. La nervosité de son chauffeur rassure Denizia. Une fois de plus, sa réputation la devance.
Elle baisse alors un regard empathique sur Sky, son faucon familier et sur sa fée Gardienne, Mörhygan, qui est assise sur le dos de l'oiseau de proie. Ces deux derniers se sont liés d'une connexion particulière, intime et très forte. Mörhygan a décidé de garder son voile d'invisibilité sur l'humain au volant, mais demeure visible à qui elle veut bien. Le trio d'amis forme ainsi une force secrète et puissante.
Comme le souffle du vent sur des gerbes de blé, la communion des trois amis se révèle efficace dans une vague d'actions simultanées et sans aucune discordance. La voix ferme et posée de Denizia fracasse le silence qui régnait dans la voiture:
- C'est ici que nous descendons!
- Mais il reste encore deux repères...
Deux simples gestes coupent la réplique du conducteur: le déploiement soudain des ailes de Sky et le regard perçant de Denizia. Aussitôt, l'homme se tempère et procède...
L'auto reprend la route et s'éloigne de la silhouette de Denizia qui est alors debout sur le bord du chemin, la tête déjà levée vers sa Grande Soeur, la Lune, à demi cachée par quelques nuages. Il est rare de voir ainsi Denizia, habillée pour une excursion dans la forêt, pantalons et jacket ajustés parfaitement à ses attributs féminins. Svelte et gracieuse, la lumière lunaire lui va bien; comme si le disque de la nuit caressait de ses rayons d'argent les courbes envoûtantes de Denizia.
Mörhygan est la première à s'exprimer, toujours assise sur le dos de son ami Sky, dont les serres sont bien plantées dans le cuir du harnais protecteur porté à l'avant-bras gauche de Denizia.
- Je préfère être ici que dans le corps de ce pauvre mortel. Tu devras te priver de moi pour quelques moments, Denizia. J'ai ressenti des énergies démoniaques qui s'incarnaient graduellement dans cet homme! je dois aller avorter cette affaire.
- Bien, mais sois alerte! J'estime que nous sommes à une heure de marche du point de rendez-vous. Sky et moi t'y attendrons, à plus tard!
Aussitôt, dans une mince ligne de lumière bleutée, Mörhygan disparaît comme une étoile filante scindant le ciel. Sky déploie ses ailes et s'envole en spirales au dessus de Denizia qui s'enfonce déjà, sac de voyage sur le dos, de son corps aux sylvestres résonances, dans cette forêt baignée de mystères nocturnes.
L'homme, au volant de son véhicule, se serait cru libéré de ses craintes à la vue de cette silhouette féminine laissée sur le bord de la route. De son rétroviseur, la sorcière apparaît plutôt attirante et franchement sexy. Il est surpris de se sentir si enflammé d'un désir jamais ressenti vis-à-vis cette sorcière si redoutée. Il cligne des yeux et appuie sur l'accélérateur pour s'éloigner de la source de ses émotions fortement étranges qui montent en lui. Serrant le volant, il tente de se concentrer sur la route qui se déroule dans le faisceau lumineux des phares. Du coin de l'oeil, il se regarde dans le miroir, mais ne porte pas attention à un petit reflet rougeâtre dans ses yeux. C'est plutôt une pâle forme féminine qui capte son attention sur le côté de la route.
- Wooohh! S'entend-t-il souffler de sa bouche entrouverte.
Faisant de l'auto-stop, une beauté attise vivement tous ses sens. Il s'entend alors penser:
- Voilà un bon hors d'oeuvre pour s'ouvrir l'appétit!
Dès que la voiture arrête à ses côtés, l'étrangère s'évertue à parler de son auto en panne à quelques kilomètres plus bas et tout et tout! Mais ce discours lui semble inutile et superflu. Déjà assise à sa droite, les arômes de son corps de femme suractivent son organe sexuel. Les quelques mètres parcourus ainsi sur la route, semblent interminables. La tentation est trop forte et l'homme laisse aller ses instincts de mâle. Freinant avec force, il croit ainsi surprendre sa victime pour la coincer et l'épingler à sa collection de plaisirs charnels dont il est si frillant! Aveuglé par son arrogance et sa passion, il n'a rien vu des dernières secondes de sa vie!
La femme est d'une vitesse surnaturelle. Les jambes bien ancrées sous le tableau de bord, sa main gauche agit comme une lame et ses doigts alignés comme des dagues viennent percuter avec une force insoupçonnée le dessous de la mâchoire de l'infortuné mortel. L'horrible attaque fait gicler du sang dans la cabine entière. Avec force, le visage de l'homme se fracasse sur le volant. Ce dernier demeure logé derrière le nez qui éclate sous l'impact. Agile et rapide, la main sanglante se retire de la tête méconnaissable et dans un même élan, la femme glisse avec grâce à l'extérieur dans un jet de lumière bleu.
Les quelques secondes qui suivent ne sont descriptibles que par celui qui croit ce qu'il a vu. Sur Terre, très peu de phénomènes de ce genre sont rapportés. Puisque, comme cette nuit, à l'endroit même où cette action éclate, il n'y a plus rien que le calme normal d'une campagne nocturne ou aucune automobile ne passe à ces heures tardives. C'est comme si rien ne s'était déroulé. Tout est disparu dans un flash!
Toujours baignée d'invisibilité, la petite fée Morhygan bourdonne sa présence dans les sous-bois environnants l'incident du démon-incube qui n'est plus. Elle est à la recherche de témoins susceptibles de contrarier ses interventions sur Terre. Ses pouvoirs de fée se sont révélés efficace dans ce véhicule mais l'opération se solderait par un échec si ces images étaient portées par d'innocentes mémoires mortelles dans les mondes oniriques, dont les cieux sont sillonnés par ces démons-succubes. Comme gardienne de Denizia, la fille de la Terre-Nourrice, Morhygan se donne à fond, avec une loyauté incassable. Peu d'humains se voient ainsi mariés à une fée. C'est qu'il y a peu d'individus le méritant. Habituellement, lorsque le Rôdeur-Mage et Yuna intercèdent auprès d'une Déesse ( Brigid ), c'est que l'enjeu est très important pour l'équilibre du multivers.
Un cri perce le silence de la forêt! Le lien empathique entre Sky et Denizia interrompt la marche gracieuse de la noire silhouette de la porteuse de magie. Aux aguets et se libérant le dos de son sac, Denizia comprend le signal de son frère-de-l'air. Fermant les yeux, elle voit alors à travers ceux de sky, la formation rocheuse est bien en vue à 200 pas d'ici. Le site secret de ses ancêtres! Là où le rituel de l'air doit avoir lieu. Derrière son faciès déterminé, les yeux de la belle sorcière se mouillent d'émotion. C'est ici et maintenant le bon moment. Elle est enfin à 200 pas de la grande révélation de sa vie. La fée Morhygan lui en a parlé mais à peine. C'est à Denizia que revient le privilège du rituel sacré. Tout en pensant à tout ça, de son sac, elle sort tous les accessoires nécessaires au passage sacré.
Le masque aviaire; créativité
La cape de la quintessence de l'air; guérison
La ceinture de l'Oeuf Primordial; fertilité
À chaque élément qui sort du sac, une lente danse et gestuelle a lieu devant les yeux vigilents de Sky qui veille sur son âme-soeur choisie par la Déesse Brigid elle-même. La peau blanche de Denizia capte la lumière argentée de la Lune. Peu à peu, la mise à nue de la Fille-de-la-Terre est bénite par un vent tiède qui vient faire valser sur son dos d'ivoire la généreuse chevelure aux vifs reflets de noisette.
Une légende raconte que Denizia était un ange dans une vie antérieure. C'est à croire que l'ange, de sa beauté céleste, déteint sur les attributs mortels de Dame Denizia. La grâce accompagne chaque geste lorsqu'elle se revêt des accessoires sacrés. Peu à peu sa nudité se pare des attraits du ciel et de ses enfants ailés.
Finalement, sous les harmonies lunaires, le masque aviaire contre sa poitrine, Denizia communique d'un regard tendre à Sky qu'elle est prête pour la Renaissance.
D'un pas léger, pieds nus, en communion avec sa soeur-forêt, elle franchit la distance qui la sépare de sa Libération.
La Clairière Ancestralle l'accueuille alors de ses chauves-souris qui quittent l'amas de pierres levées. Ces pierres se sont oubliées elles-mêmes dans la végétation sylvestre, question de cacher l'héritage celte à ces mange-bitumes des temps modernes. La Nouvelle Angleterre est le berceau d'un empire, certe, mais aussi la pierre angulaire du renouveau des arcanes telluriques du monde de demain, de nos enfants, des enfants de la Déesse.
Le regard fauve de Denizia se laisse bercer par les centaines d'années qui la relient à ses ancêtres celtes, gardiens de la sagesse universelle sur ce côté de la Terre. Ce qui l'amène à gravir les pierres sacrées et s'y tenir ancrée, au sommet. Dans un même temps, les mondes du multivers se rejoignent à ses pieds! D'abord, Morhygan, toujours invisible, demeure la gardienne du portail des enfers. Aussi, c'est l'apparition du Miroir; d'où s'expulsent les guetteurs du multivers: Le Rôdeur-Mage Ditratos et Yuna, la fée rebelle. Jamais, dans l'histoire de la Nouvelle Angleterre, une telle assemblée ne s'était produite.
Mais aussitôt présents, ces deux célèbres guetteurs du multivers sont sidérés par le charisme et la prestence de Denizia. Avec la fée Yuna sur son épaule, Ditratos gravit à son tour le monticule sacré et fait face à Denizia, simplement vêtue de sa cape de plumes. Elle tient toujours son masque comme un nouveau-né dans le creu de sa poitrine.
Morhygan lui avait déjà parlé du Rôdeur du multivers, de Yuna aussi, sa compagne d'aventure, mais jamais elle ne s'est imaginée devant ces deux légendes immortelles. Se voir ainsi devant eux lui fait fléchir les genoux et se prosterne aussitôt à leurs pieds. Le Rôdeur se penche et glisse sa main sous l'aisselle de Denizia et la tire tendrement pour l'inviter à se redresser. Sans résistance, mais la tête baissée, la sorcière s'exécute et se relève. Yuna s'envole et se pose sur sa tête chataine et s'y assoie, jambes croisées, entremêlée dans ses longs cheveux. Aidée de la main aux longs doigts du Mage, qui soulève lentement le menton de Dame Denizia, leurs regards se croisent finalement. Un sourire paternel s'affiche sous la moustache cendrée et en réponse, Denizia craque sous le charme charismatique de Ditratos. Sa coquille protectrice s'ouvre dans des soubresauts de rires nerveux sous des yeux remplis d'admiration. La voix grave coupe le silence:
- Voilà! J'aime mieux ça. Aujourd'hui ce n'est pas un jour à la prosternation mais à la renaissance. Dans un moment tu seras touchée par Notre Déesse. Ce sera un grand moment, puissant et envoûtant.
De son autre main, Ditratos couche sa paume entre les seins de la sorcière.
- D'ici, de ton noeud d'énergie, l'Oeuf Primordial va éclore d'une Denizia toute nouvelle. Tu auras l'impression d'être divisée. Mais cette dualité t'appartiendra et toi seule la contrôlera, fille-de-la-Terre. La Déesse Brigid m'envoie pour te bénir. Sa reconnaissance te sera révélée dans quelques instants. Tu seras notre ambassadrice du multivers sur Terre. Sois-en fière. Dorénavant, tu ne seras plus seule devant les assauts des malveillants.
Des milliers de flocons de lumière émanent alors de Yuna et valsent doucement tout le long de la tête de Denizia et cascadent sur son corps, le réchauffant d’une énergie féerique. Yuna s’élève en douceur de la tête de sa grande soeur terrienne puis revient sur l’épaule de son compagnon. Les deux mains de Ditratos prennent alors le casque aviaire et, tel un couronnement, le tiennent au dessus de Denizia.
-Parmi toutes les âmes du multivers, tu as été choisie, ma soeur. La Déesse Brigid est là pour t’appuyer dans le futur
Le casque sacré descend doucement et couvre entièrement la tête de Denizia. Dans une salutation pleine de respect, les mains jointes, le Mage-Blanc redescend aux pieds de celle qui a été choisie. Dessinant plusieurs cercles qui se referment, Sky, les ailes bien droites, descend en spirale et se perche sur le casque aviaire maintenant porté par Denizia. C’est a ce moment qu’entre les seins de la belle, une légère luminescence émane et, alors que les mains de la sorcière s’éloignent une de l’autre, Sky lance un cri perçant. Aussitôt, la lumière jaillit tel un volcan de la poitrine toute illuminée de la jeune dame. Puis, l’incroyable se manifeste. Comme un accouchement paranormal, une forme humaine se devine dans une aura de lumière. D’abord toute petite comme une fée, rapidement, la forme diaphane grandit, en suspension dans l’air du crépuscule.
-Le crépuscule!
Ce sont les voix de Yuna et Ditratos. Ils se regardent en état d’alerte. En effet, le crépuscule est reconnu pour être le moment le plus actif chez les disciples de la première démone des enfers : Lilith.
Pendant ce temps, sur le seuil du portail de ces mondes infernaux, la fée Morhygan veille avec vigilance. Soudain, le voile se déchire et l’invasion déferle. D’abord des dizaines, puis des centaines de créatures sombres ailées se déploient dans le ciel crépusculaire, crachées de cette fente surnaturelle. Selon un décompte rapide, Morhygan estime les forces en jeu :
-un contre deux cents, enfin un défi intéressant! Se dit-elle calmement.
D’un même souffle, elle se visualise, grâce a son pouvoir de polymorphe, et voila! Dans un éclat de lumière féerique un intrigant démon succube s’incarne. C’est fou comme une fée charismatique peut faire des malheurs dans une légion de démons. Tres futée, elle vole d’une formation a l’autre au dessus de la forêt ou se tient le rituel de sa sorcière adorée. Reflétant la malveillance qui l’entoure, de son corps de succube, Morhygan étale ses talents : des rumeurs inquiétantes, des mensonges déroutants, des jalousies mortelles, des tromperies révoltantes, des trahisons choquantes, des pensées destructrices vont de paire avec une décadence suicidaire. ( Bref, les fées et les pensées sont toujours de connivence, quelque soient les désires souhaités. )

Le chao explose parmi les démons succubes. Bientôt des sorts infernaux se démultiplient dans le ciel ravi de sa nuit. Les chaires s’enflamment dans une tornade de feu, de sang et de cendres de démon. Ces dernières viennent simplement se fondre dans les arbres de la forêt.
En contrebas de ces grands gardiens aux branches majestueuses, le rituel de la Renaissance de Denizia est entré dans l’histoire occultée de la Magie Blanche en Amérique. La gracieuse femme ailée dédoublée de Denizia s’envole aussitôt avec souplesse. Nue dans la nuit, la nouvelle fille de l’air semble tellement sûre de ses gestes aviaires. Elle vole a l’aide de Morhygan, sa fée gardienne.
Les deux guetteurs du multivers, Denizia et Sky regardent avec surprise ce miracle des arcanes qui se manifeste devant leurs yeux. Épuisée par tant d’efforts, la fille de la terre s’allonge sur la pierre ancestrale et se couvre le corps de sa cape de plumes. Sky se blottie dans le creux de son ventre, comme dans son nid, pour s’assoupir. Yuna et Ditratos montent aux côtés de Denizia qui sommeille déjà. Yuna chuchote a l’oreille du mage :
-Te souviens-tu de sa première visite a notre Temple de Merveilles? Elle y dormait bien rassurée avec nous, si loin pourtant, de chez elle! C’est qu’elle a un esprit ouvert hors du commun. Vraiment, nous avons fait le bon choix. Denizia sera une bonne ambassadrice de la Terre.
-Elle est si belle, si… femme, maintenant…Ouch! Yuna serre son poing sur le lobe de l’oreille de son ami.
-Ouille! Hey! C’est une simple observation d’un immortel sur une mortelle, c’est tout!
-Ouais, ouais! Bien sûr! Tu es tellement convainquant, mon cher ami!
Affichant une posture désinvolte et sûre d’elle-même, Yuna porte ses poings sur les hanches et regarde son ami du bout de son épaule.
-Certes immortel mais, comme disent les humains d’ici, tellement ado!
-Je sais, c’est le prix a payer a fréquenter une fée rebelle. Coupe-t-il a sa fée d’un clin d’oeil.
Soudain, un cri surnaturel retentit du fond de la forêt.
-Vite! Allons-y! Dit-il.
-Je laisse un sort de protection pour qu’ils se reposent et je te rejoins aussitôt! Relance-t-elle.
Dès qu’il apparaît, le miroir magique est traversé par les deux guetteurs et se volatilise a nouveau dans l’invisible.
A SUIVRE DANS LA CHRONIQUE: Les enfants de la Terre IV






lundi 1 février 2010

Les enfants de la Terre II


C'est la nuit de la Chandeleur. C'est la fête de la lumière qui prévaut sur les ténèbres. La sorcière Denizia est fidèle au poste avec sa fée gardienne Mörhygan. Les grands cheveux châtains de Denizia tombent tel une chute d'eau en cascade le long de son dos pale et soyeux, caresse des rayons d'argent de la lune. La Dame-Sorcière et Fée-Gardienne sont en union avec l'invisible, nues a la lumière.
Tel un colibri, Mörhygan surplombe la tête de sa protégée Denizia qui tient ses bras en croix devant la pyramide de lampions qui apportent a ses attributs de femme des courbes orangées qui dansent le long de son corps opale. Le contraste de la lumière bleu-argent de la lune peint d'un pinceau nocturne le bas de son dos et les muscles fermes de l'arrière de ses jambes. Par contre, l'avant de son corps baigne dans la lumière rougeoyante des bougies qui enlumine de reflets dores le corps race. La dame est digne de sa Déesse Brigid. Ce corps devient le canevas de la nuit et du jour. Les harmonies corporelles se prêtent aux couleurs froides et a celles des luminaires qui caressent la peau dénudée et parée de velours d'or et de cuivre. Ainsi scindée entre le jour et la nuit, la communion s'opère tout le long des repères féminins de la dévote visitée par la grâce divine.
C'est ici le site ancestral des Porteuses de Magie Blanche de l'Ordre Céleste. Mörhygan, la fée gardienne, demeure confiante que Denizia sera a la hauteur des attentes célestes. Sur ce lieu sacre, les ancêtres païens de Dame Denizia ont construit cette serre étanche aux caprices des saisons. Dans ce jardin secret, cet oasis verdoyant est baigne des rayons lunaires. Ses verrières brodées de gerbes de métal dignes des artisans illumines de l'art nouveau des années-lumières, invitent la Mère-Nourrice a toucher de ses ondes lumineuses ses enfants chéris.
Sur son trône de granite sur lequel des vignes centenaires se sont oubliées, Brigid ressent la douce effluve de sa dévouée prêtresse de la Terre-Mère. Les yeux vert émeraude de la Déesse de la fertilité se mouillent de joie à cette vague qui monte en Elle. Cette joie même qu'Elle exprimait du temps de l'âge d'or des femmes de la Terre: Les Sorcières!
Mais à cette époque, Brigid était à son sommet. Peu de divinité, comme Elle, peuvent sentir la ferveur de leurs fidèles encore aujourd'hui.
Puis, comme un hasard qui se devine, Brigid lève les yeux vers l'apparition qui se matérialise à ses côtés. Ce sont ses compagnons des premiers âges: Ditratos, le Rôdeur-Mage et Yuna, la fée rebelle. Le fameux Miroir reflète déjà son image de Déesse, lorsque le Mage Blanc s'avance vers Elle.
- Très Vénérée Déesse, notre intervention éruptive ne se veut point directive ou sans respect, surtout en cette Nuit Sacrée de l'Imbolc!
- Je sais, très chers amis, je le ressentais à l'instant! Une nouvelle recrue de la Terre me nourrit de sa foi! Ses fruits oniriques sont mûrs et de bonne facture! Votre simple visite ici au moment même de la Chandeleur terrestre ajoute à la synchronicité du moment! Je lui accorde donc Ma Bénédiction Absolue... À l'instant même!
Dans un état de connection unique, Denizia, les yeux fermés, sent alors le poids de sa fée Mörhygan sur sa tête. Intriguée de l'attitude de sa fée-gardienne, la sorcière ouvre les yeux. Bouche baie, immobile, un spectacle incroyable se déploie devant elle.
Ces chandelles qui, jusqu'à tout de suite, symbolisaient simplement la Lumière qui prévaudra sur les Ténèbres, vers le Printemps renaissant... Les voilà qu'elles disparaissent une après l'autre et se transforment en oiseaux aux couleurs flamboyantes. Des plumages aux couleurs d'arc en ciel habillent chacune de ces créatures gracieuses et agiles qui s'élèvent en tourbillon tout autour de Denizia et Mörhygan.
En simultanée, Mörhygan s'appuie de ses bras avancés sur le front de sa belle. Denizia, elle, lève les sourcils et le regard vers sa fée-gardienne.
- C'est toi qui?... disent-elles ensemble.
Dans un seul souffle coupé, les deux amies sont stupéfaites! Elles sont ici dans l'oeil d'un cyclone de créatures aviaires d'une beauté inégalée. La blanche nudité de Denizia fait contraste aux couleurs exotiques des oiseaux tournoyant tout autour d'elle. Comme seule réplique à ce phénomène des plus paranormal, les bras de la jeune sorcière, elle se jette à genoux et projette son torse entre ses cuisses. Ses cheveux longs s'épanouissent en éventail sur son dos pâle et courbé. Prosternée devant la Faveur Divine que Brigid lui accorde, Denizia lance et relance d'une voix étouffée par l'émotion:
- Bénit soit-on! Bénit soit-on! Bénit soit-on! ...
Toujours entrelacée dans les mèches de cheveux de sa sorcière, Mörhygan lui tape alors gentiment sur le crane.
- Regarde devant nous, grande soeur! Regarde!
Alors que ses lèvres sensuelles caressaient sa Terre généreuse, Denizia élève son visage lentement. Des larmes de joie coulent encore de ses joyaux vert amandés. Puis la surprise gèle tous ses muscles. Ses yeux vitreux s'immobilisent sur un oiseau qu'elle n'avait pas remarqué dans la nuée d'ailes et de couleurs: Un faucon.
Là, sur le sol où la pyramide de Lumière était. Tout calme, le faucon regarde Denizia avec un air interrogateur en se penchant la tête de biais, comme pour mieux réfléchir. Il s'approche d'elle. Denizia lui tend le bras gauche en guise d'acceuil. D'un gracieux coup d'ailes majestueuses, l'oiseau de proie vient se percher sur le poignet nu de la belle. Dans un réflexe de douleur plus que de peur, Denizia rétracte son bras. Les serres acérés s'enfoncent dans la chaire tendre. Des filets rouge écarlate courent sur l'avant-bras de la femme et se fusionnent à la Terre-Mère gouttes après gouttes. Les yeux vifs et profonds du maître des airs observent intensément ceux de la fille de la terre.
Puis, l'empathie sacrée se crée. Avec elle, les Mémoires Oniriques font surface.
- Mörhygan? Où es-tu?
- Oui, Denizia, je suis là! Entre tes cuisses, son regard m'intimide!
- N'ai pas peur de lui, Mörhygan. Il sera les ailes que les démons m'ont coupé. Je serai sa Soeur de Terre et toi, tu nous protégera des Légions Démoniques.
Trois êtres nus, en symbiose, se relèvent et se tournent vers le centre de la serre ancestrale.
Nous les revoyons étendus sous la ramure de l'Arbre de Vie de la serre: Un chêne dont les racines courent tout le long du Jardin Secret. L'humidité chaude de l'oasis maintenant peuplé d'oiseaux exotiques, n'empêche pas la peau veloutée de Denizia d'être parcourue d'un frisson quand le faucon vient se blottir sur son sein gauche. La fée Mörhygan est allongée sur la pointe du triangle pubien de Denizia, encastrée entre ses deux cuisses roses. L'Imbolc aura été chaleureux pour Denizia.
FIN

mercredi 27 janvier 2010

chronique du miroir IX

La Roche-aux-fées garde l'entrée du Monde féerique. Ce monument tire ses origines des premiers âges de Gaïa. Réanimées par un souffle magique, des légendes se chantent à travers les pierres magiques. À leur côté, une aberration altère le calme bucolique. Le Miroir du Rôdeur du multivers se matérialise.
De sa surface émergent deux sombres silhouettes représentant une civilisation des ténèbres: un elfe noir, gracieux mais dangereux, puis une autre malédiction de la création, une Arachne. Cette dernière est toute petite mais monstrueuse, avec son corps d'araignée et ses huit pattes. Sa tête fait place à un torse féminin noir fumée d'où se déploient de grandes ailes de démon battant l'air pur et serein de ce havre de paix. Sous le clair de lune, ce spectacle macabre vient arracher le voile féerique de ce site enchanté. L'Arachne déchire le silence d'une voix à l'accent diabolique et grinçant:
- Invoque vite ton sortilège de dépistage, je ne veux pas profaner nos Roches- aux-fées par notre Transfiguration. Disons qu'on ne cadre pas très bien dans ce décor. Je m'y sens plus à l'aise dans mon corps de fée.
- T'en fais pas, petite Yuna, nous serons sur les talons d'Arachnéida en criant; Trans-Pierre-À-Travers-Arachnéida-Nous-Filons!
Soudain, les jambes du Rôdeur s'enfoncent à travers le gravier.
- Soit, mais Invisibles-Soyons-Nous-Aux-Yeux-Des-Méandres-Intérieurs!
Yuna a tout juste le temps d'accrocher ses huit pattes à l'épaule de son ami. Tous deux disparaissent dans un voile d'invisibilité au moment où le torse du Mage s'enlise dans le sol-avaleur. Occultés dans un monde chtonien, deux héros du multivers sauveront-ils tout ce qui vit sur la surface de Gaïa?

vendredi 22 janvier 2010

Les enfants de la Terre I


Les vagues sont tumultueuses et atteignent quasiment de leurs écumes, les ailes de Mörhygan qui déploient son vol malgré les dangers océaniques. C'est la saison des Moissons de Rêves où les dieux et déesses des mondes adjacents, viennent cueillir les fruits des Porteurs de Rêves.
Fée Mörhygan n'a qu'un seul but: Veiller aux rêves de sa protégée humaine de la planète "Terre". Cette Dame-Sorcière, Denizia, sera bientôt convoitée par les porteurs de Magie Noire.
Heureusement, la fée veille à sa porteuse de Magie Blanche. Mörhygan, à grands coups d'ailes puissantes, affronte les vents du large mais ne perd pas de vue l'îlot rocheux dont elle approche de voltiges en vrilles. Mörhygan est une fée puissante, aguerrie des grandes batailles des premiers âges. Déjà les éclairs foudroient l'île isolée dans la vastitude océanique.
Son oeil de fée vient de détecter sa grande soeur Denizia. Mais le spectacle qui l'attend est révoltant. Outrée par cette vision, Mörhygan trouve la force d'accélérer sa vitesse pour constater de l'urgence du moment.
À peine plus grande qu'une chaumière, l'île rocheuse résiste à la force des eaux. Des lames puissantes se fracassent sur les pierres noires. Mais Mörhygan ne perd pas de temps et vole droit vers la belle infortunée. Le spectacle crève le coeur d'injustice. Au sommet du pite rocheux, un énorme pieu dépasse de quatre coudées de la surface lisse de la pierre érodée. Sur le sommet du pieu repose encore l'arme noire: La Hache des Ombres! L'instrument infernal est encore taché de sang séché et quelques plumes bleu demeurent coincées entre le tranchant et le pilier de sacrifice: La Potence des Anges.
Le claquement des chaînes attachées à la base du poteau sacrificiel encourage Mörhygan. En effet, Denizia trouve la force de lever ses deux poignets prisonniers à deux menottes de métal démonique. La grande chevelure châtain de l'ange se perd parmi les restes des ailes démembrées, éclaboussées de sang céleste. Retrouvant espoir à la vue de la fée, l'ange privé de ses ailes, l'humaine devenue enchaînée à la Terre-Mère, Denizia, la sorcière renée, voit en Mörhygan le salut éternel. D'une vitesse surnaturelle bien connue des fées, Mörhygan plonge de plein fouet sur Denizia, maintenant Fille-de-la-Terre. Dans un éclat de lumière, l'impact des deux corps devient lumière de fée... et soudain: Disparition totale de vie sur cet îlot noir, Denizia et Mörhygan se sont volatilisées au-delà du voile onirique. Il ne reste que des carcasses d'ailes angéliques battues par le vent et un amas de roches et sa Potence Maudite. Ne demeure que la violence des eaux du subconscient.
*******
Par un beau matin plein de promesses, dans une petite ville de la Nouvelle Angleterre, une Dame s'éveille dans la couronne aurique de sa chevelure sombre, qui rayonne de son visage comme une lune opale dans son ciel ombrageux. Dès que ses yeux vert aux lueurs fauves s'ouvrent, la mémoire d'une étrange impression de légèreté lui colle encore à la conscience. Enlacée dans ses souvenirs de voler comme un oiseau ou un ange, la Dame de l'aube tente de se rappeler.
Infructueuse dans ses recherches mémorielles, levant sa tête de son nid de cheveux en vagues, la belle se lève et se regarde dans son grand miroir, suivie de la valse harmonieuse de sa "crinière" voluptueuse. Elle aperçoit, sur son épaule, une petite plume bleutée qui repose là, tel un duvet. Des yeux vert fougère s'écarquillent alors et un simple son roucoule de sa gorge blanche:
- Hmmmmm!
PROLOQUE
Sur les rives oniriques, Ditratos, le Mage Blanc et Yuna se posent quelques questions du regard lorsqu'ils voient la fée Mörhygan volant au-dessus de l'océan agité. Yuna brise le silence interrogateur:
- Mörhygan? Tient, tient! Ce ne sont sûrement pas les Moissons de Rêves qui attirent ainsi ma soeur de race. Selon moi, c'est plutôt une porteuse de Magie Blanche qui est en péril.
- Les Moissons seront difficiles cette saison, pour les enfants de la Terre et de Gaïa! L'appel des Ombres et leurs pouvoirs illusoires sont tentants pour les coeurs qui craignent!
Yuna fronce des sourcils en écoutant son ami et finalement hoche de la tête.
- Mon mage adoré qui s'égare encore dans ses commentaires hermétiques... qui m'intriguent pourtant! Après réflexion, tu as raison, mon ami; la Terre et Gaïa vivent un changement majeure et plusieurs porteurs de magie auront à choisir l'ombre ou la lumière, selon la qualité des fruits de la cueillette des dieux et déesses.
Un éclat de lumière bleutée sur l'horizon des eaux alerte alors nos deux Guetteurs.
- Mörhygan a réussi!
En canon, la voix grave du Mage et celle de Yuna s'affirment avec confiance et fierté. Les deux Guetteurs du multivers se regardent alors, pleins d'empathie. Ditratos vole le silence:
- Ça fait chaud au coeur de savoir qu'une autre immortelle tienne le flambeau avec nous! Nous ne serons plus seuls à veiller sur le multivers.
Sur ces mots, des ombres courent sur les deux amis et sur le sable de la rive onirique. Non surpris, Yuna et le Rôdeur lèvent les yeux sur une formation imposante ( une cinquantaine, au moins ) de Démons-Succubes qui volent au-dessus d'eux vers l'horizon océanique. Yuna répond ironiquement:
- En effet!
FIN