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lundi 17 décembre 2012

Chronique du Miroir XV



Le Temple de Merveilles!
… S’écrit la voix grave de celui reconnu comme maître des lieux contenant tous ces livres, grimoires, tomes et manuscrits. La sphère lumineuse éternellement en suspension brille toujours et baigne l’endroit d’une chaleureuse atmosphère (voir Chronique du Miroir VI).
Ditratos et son amie de toujours, Yuna la fée, viennent de franchir le Miroir.
Enfin de retour! Yuna ajoute-t-elle.
Heureusement le lit tissé de toile d’Arachne (voir Chronique du Miroir VIII) demeure invitant pour un repos bien mérité. Yuna adopte un simple coquillage tapissé du duvet de phénix originaire de son pays féerique. La voix grave du mage coupe le silence :
Yuna… ma très chère Yuna, je dois t’avouer que tu m’as beaucoup surpris cette fois-ci!
Ha oui? Répond Yuna. Tu parles du coup de théâtre chez les elfes noirs? Bien sûr que pour un instant j’ai dû agir sur la seule motivation de garder l’effet de surprise. Mais depuis notre retour à la Roche-aux-fées, c’est cette éternelle dynamique qui me rend songeuse. Que je sois éternelle, moi, une fée, c’est normal. Mais cette créature Arachnéida qui l’est, ça c’est difficile à comprendre.
Yuna s’assoie, les jambes croisées, face à son ami. Ditratos lève vers elle des yeux un peu mouillés. Il se sent désarmé devant la beauté simple et envoûtante de cette fée. Un corps sculpté de formes parfaites, une chevelure longue et soyeuse, sans compter ces postures toute naturelles qu’elle adopte avec grâce, délicatesse et sensualité, telle une fée préférée. Le langage de son corps éclipse ses paroles…
Qu’en dis-tu, mon rôdeur adoré? La voix féerique se tait.
Oups! S’exclame-t-il.
Les deux amis se regardent, l’un avec innocence et l’autre avec un sourire en coin et un peu amusée de gaspiller sa salive de fée. Puis des regards tendres s’échangent dans le silence qui les réunit.
Dans un élan gracieux, le petit corps laiteux est soulevé par des ailes d’arc-en-ciel. Le temps s’arrête dès que des mains minuscules se posent sur les lèvres du mage et les entrouvrent pour y souffler des arômes fruités de fleurs exotiques encore inconnues du champ de connaissance pourtant immense du maître des arcanes.
Ce que je disais, c’est que dans les Méandres Intérieurs, mon éternité de fée s’est reconnue dans ton immortalité de Mage. Et puis…
Toujours en suspension devant le visage de son ami, Yuna s’en approche à nouveau pour déposer un petit baiser sur le front de Ditratos. Les yeux du mage reflètent l’image de la petite fée. La lumière scintille dans son regard attiré par tant de grâce habillée de charmes et de courbes. Des effluves de fleurs sauvages s’épanouissent de ce petit corps sous deux ailes que la magie embellie…
CLAP! CLAP! C’est agaçant à la fin!
Yuna chante-t-elle d’une voix impatiente, clapant de ses mains des sons de clochettes cristallines.
Ainsi s’écoulent de longues heures des plus précieuses que deux amis puissent partager. C’est pour cette raison que l’éternité leur va si bien. Leurs voix font écho dans les hauteurs du Temple de Merveilles éclairé par la sphère lumineuse. Ainsi, sons et lumière touchent ces mystères, ces secrets et ces rêves qui bercent finalement nos amis tendrement allongés un contre l’autre. Yuna s’est déposée sur la poitrine de Ditratos, son index lui servant d’oreiller tandis que le mage est dans ses fleurs exotiques.
Bonne nuit, tendres amis!

mercredi 28 novembre 2012

Chronique du Miroir XIV




D’un beau bleu argent, le sol et les arbustes sont teintés par la lumière lunaire dansant entre le feuillage des chênes centenaires. Quelques lucioles étiolent leur lumière, dessinant des courbes et figures. Un silence féerique plane dans la nuit, une autre nuit calme et sans fracas. C’est le tableau dépeint de la Roche-aux-fées, portail du monde féerique, symbole monumental des premiers âges, témoin de l’éternité se déroulant en ces mondes du multivers.
Sur le gravier du sentier encerclant la Roche-aux-fées, quelques insectes-pixis jouent de leur musique envoûtante qui donne à cette nuit un accent magique, poétique et pastorale.
Soudain le sol accouche d’une paire d’ailes démoniaques, griffues et sombres comme le charbon. Puis une petite tête à la chevelure et peau noir surgit. Des yeux minuscules, vigilants et féeriques scrutent les alentours. Plus d’insecte, plus de pixi, tous éclipsés par l’apparition parée de noir fumée, peau d’ébène sur torse nu d’une beauté qui contraste à la monstruosité qui s’élève des profondeurs de Gaïa : Une Arachne.
La créature aux ailes déployées arrête son ascension et s’immobilise telle une gargouille de pierre. Est-elle en quête d’une victime à vampiriser de son âme, ou est-elle plutôt la proie à l’écoute du prédateur embusqué?
Les bras s’élèvent avec la grâce et la beauté rappelant celles d’une fée :
Douce nuit aux lumières de lucioles, soit rassurée car tes deux enfants sont de retour.
Et d’une pensée, elle ajoute :
Cher ami, tout est bien sous la lune d’argent, mais montres toi vigilant car je sens sa présence.
L’extrusion dévoile l’Arachne juchée sur une tête elfique noire qui s’élève de l’intérieur du sol, en position de guet. L’œil de l’elfe noir ne manque aucun détail; au pied de la Roche-aux-fées, des restes de vêtements brûlés et des empreintes de deux pieds qui font face aux pierres magiques.
Ainsi, pense Yuna vers Ditratos, le sort de protection lancé sur la Roche-aux-fées (voir Chronique du Miroir V) a été efficace. Arachnéida a goutté au feu féerique.
Bien, pense Ditratos, c’est dire qu’elle ne sait rien de notre transfiguration.
Soudain, le lien télépathique se coupe, en un éclair.
L’Arachne s’envole rapidement d’un puissant coup d’ailes sombres. Ditratos fait un saut de côté, propulsé par une grâce féline. Un cratère d’antimatière s’ouvre sous l’endroit où il se tenait. C’est un sortilège puissant et mortel mais Yuna ne laisse pas un instant comme çà sans réagir. La fée plonge de l’autre côté des pierres levées. Un grincement suivi d’un gémissement étouffé se fondent dans un silence inquiétant. Ditratos saute directement les nombreuses coudées qui le séparent du sommet de la Roche-aux-fées, dans un seul élan, prêt à jeter un sort sur la Veuve Noire. Cette dernière est couchée par terre, retenue de mille bras végétaux qui la clouent  sur le tapis d’herbes sauvages, avec des vêtements à moitié brûlés dénudant son corps de déesse noir.

Yuna est sans geste. Ses deux pattes-avant retiennent la gorge d’une reine déchue. Ditratos se redresse et annule son sort. Il est juché sur la Roche-aux-fées, profilé dans le clair de lune ronde et argenté. Une pensée surgit dans sa tête :
Tu ne peux retenir celle qui ne meure pas!
Des images mentales viennent s’ajouter à cette pensée télépathique d’Arachnéida. Des souvenirs de ces guerrières Haute Elfes assassinées par Arachnéida, des éons passés… et un regard de détermination efface ces douloureuses mémoires.
D’un seul saut gigantesque, le rôdeur-mage s’élance avec précision et atterrit avec souplesse, encadrant le corps d’Arachnéida, debout au dessus d’elle, les pieds de chaque côté de ses hanches. Il se penche et touche du bout de l’index le visage de poupée de sa douce qui tient toujours fermement la gorge d’Arachnéida. Ditratos pense alors :
Ne te perd pas dans une lutte inutile, Yuna. La leçon est comprise. L’éternité se chargera du reste. Une blessure à son orgueil est bien plus efficace.
Yuna s’exécute sur le champ et laisse la marionnette éternelle qui est toujours rivée par terre. De quelques coups d’ailes, Yuna se pose sur l’épaule du sage rôdeur, se passant les mains dans son épaisse chevelure noire d’Arachne. Elle regarde tour à tour Ditratos et Arachnéida et prend conscience de cette dynamique; trois immortels qui ont été, sont et seront toujours à la croisée de destins qu’ils choisissent selon l’ouverture de leurs propre cœurs. Le rôdeur se penche alors au dessus du corps immobilisé d’Arachnéida et la regarde droit dans le noir de ses yeux d’elfe noir :
Tu m’as presque volé la lumière-fée de mon cœur. Veux-tu à ce point toutes les âmes vaillantes du multivers? Yuna et moi serons encore là à t’attendre. Une fois de plus, nos chemins se croiseront. D’ici là, ton cœur supplantera tes démons intérieurs.
Le disque lunaire et son halo d’argent sont cachés partiellement par une silhouette d’elfe noir se redressant dans la nuit. Sur son épaule, l’Arachne n’est que physique mais l’esprit qui l’habite est belle et bien l’essence féerique de Yuna. Elle vibre de nouveau dépouillée des fibres de l’Arachne. Les deux compagnons laissent Arachnéida clouée à Gaïa. Ditratos marche avec détermination, sans se retourner, vers la Roche-aux-fées. Dans une dernière foulée, l’intrusion s’opère.
La Roche-aux-fées détient quelques instants l’elfe noir et l’Arachne. Puis de l’autre côté de la pierre magique ressurgissent deux nouvelles retrouvailles : le Mage Blanc Ditratos et la fée rebelle Yuna aux ailes d’arc-en-ciel. Le bras du mage se lève, le fameux Miroir apparaît et les deux amis disparaissent de l’autre côté du miroir qui à son tour s’estompe de ce monde.
Les herbes sont bercées par une brise de changement. Des racines lâchent prise et se rétractent dans le sol. Une main noire et tremblante se dépose sur une poitrine qui ondule au gré d’une respiration agitée. Le cou gracieux regagne sa dignité. Le regard brille d’une nouvelle lumière. L’âme d’une elfe noire se teinte d’une curieuse soif à la vie où une régénération circule à nouveau mais un espace lumineux s’est installé dans l’être entier d’Arachnéida, apportant de nouveaux desseins… totalement imprévus mais aussi très réconfortants, chaleureux et ressourçants.

                                     *Épilogue* 

La pleine lune se zèbre des branches d’un chêne. Son disque lumineux inonde l’horizon d’une lumière bleutée. Profilée devant cette lune étrangère, une silhouette se dresse, voilée de vêtements en lambeaux. Une mince ligne d’argent en découpe le contour gracieux d’une elfe.
Le long de son dos, de ses fesses ainsi que l’arrière de ses jambes sont parcourus d’un frisson doux et rassurant. Jamais une telle sensation était montée jusqu’à son cœur. Mais du coin de l’œil une ondulation se fait sentir et la brise nocturne vient caresser ce nouvel appendice corporel : Des ailes aux plumes d’argent se déploient dans l’air et forment un grand cœur dans le vide au dessus de sa tête.
Dans un élan de pure nouveauté, les ailes argentées se déploient dans l’air, s’abaissent avec puissance et soulèvent  tout naturellement la créature à la peau d’ébène, cette elfe noire en quête de découvertes, en quête d’une nouvelle vie à apprivoiser, en quête d’une nouvelle identité à explorer qui s’envole au dessus de la Roche-aux-fées.
Cette nuit, un nouvel être sillonne la voûte céleste, dessiné de lumière lunaire, rappelant le passage d’un ange.

FIN

mercredi 10 octobre 2012

Chronique VII des Filles des Pléiades (la Reine des Guépards)







La vallée verdoyante est bien connue par toute personne à la recherche d’un conseil,  d’une sage direction ou simplement pour demander l’aide de ces mystérieux habitants qui peuvent guider le visiteur à une consultation auprès de l’oracle, la sauvage Reine des Guépards. Située plus au sud du Royaume des Ifs, la jungle verte demeure très éloignée, couronnée par de hautes montagnes rocheuses dont les sommets sont continuellement fouettés de neige et de froid. C’est une terre inculte pour sûr, sauf pour ces humains motivés par un désire ardent de savoir d’où ils viennent et à quel dessein la destiné les pousse.
« Alors là!... Froid comme le baiser d’un serpent. » Cailla se dit-il à lui-même.
Il s’abrite alors entre deux blocs de rock,  reprenant son souffle tout en écoutant s’approcher les seules créatures capables de survivre à ces terres glacées. Il les attend, anticipant déjà la rencontre d’un sourire confiant. Silencieusement, Cailla retourne à l’entré du mur rocheux le protégeant du blizzard. Il entend les pieds défonçant l’épaisse couche de neige. Leurs silhouettes apparaissent enfin à travers le voile blanc de la neige giflante. Les corps immenses  se rapprochent rapidement, une enjambée après l’autre, avec grâce et agilité malgré leur masse gigantesque. Dépassant facilement cinq fois la taille de l’humain qui les attend, ils ne semblent pas au fait de la présence de Cailla puisqu’ils ne daignent même pas être vigilants. Ils figent sur place à la voix provenant de la crevasse :
« Soyez bénis, frères de vent! »
Sur leur visage, la surprise fait place à un large sourire et leurs yeux se mouillent en reconnaissant ce vieil ami, parti du clan depuis longtemps. Un d’eux répond :
« Mini frère Cailla! Quelle chaleureuse surprise de te revoir, notre fidèle Gardien de Vie… Que fais-tu ici, loin de ta Forêt Sacrée des Ifs? »
Pendant que les géants blancs expriment leur plaisir avec des accolades, nous devinons à peine Cailla englouti par des bras, des poitrines et cous au pelage abondant. En un geste de camaraderie retrouvée, Cailla se retrouve confortablement assis sur leurs deux bras tendus, appuyés sur l’épaule de l’autre. Ils jettent des coups d’œil à leur minuscule ami tout en marchant facilement à grandes enjambées sur la surface de l’océan blanc. Souvent en sourdine sous les vents à rafales, Cailla se met à jour avec ses amis géants, authentiques habitants de ces pics enneigés couronnant le pays de la Reine des Guépards. Après quelques heures de marche, c’est fascinant de suivre ces créatures couverts de fourrure, enfants du royaume des neiges qui traversent ce voile blanc en constante confiance. Ces frères des neiges sont d’une race extraordinaire. Ils connaissent bien tous les replis rocheux, les crevasses, cavernes et raccourcis menant à la verdoyante vallée de la prestigieuse voyante et ses compagnons félins. Il suffit de peu de temps à nos trois amis, malgré quelques disparitions dans le cœur même des montagnes, de se tenir debout devant la jungle contrastante au pied de ces crêtes de neige éternelle.
Un vent tiède souffle ses arômes de plantes exotiques. Une tapisserie verte couvre les vallons, les falaises et les collines. Ici et là, des chutes étirent leurs rubans de longs porteurs de vie entre certains sommets vierges.
« Voilà, mini frère Cailla, nous y sommes, toi à la porte de ton destin et nous… »
« Et tous les deux êtes à une croisée de chemins dans votre vie! Qu'est ce qui vous attend au-delà de toutes possibilités?  Malgré le fait que vous êtes déjà bien avancés dans la vallée, ne voyez vous pas une possibilité de voir d’un nouvel angle cette vie qui s’offre à vous? Je vous invite à saisir cette occasion extraordinaire qui se présente seulement à vous deux, ici, maintenant, puisque vous y êtes prêts! »
Cailla a la touche magique avec ses amis géants. Ils se regardent tout les deux comme leur ami déploie devant eux cette nouvelle réalité. D’abord confus et perplexes,  leurs sourcils broussailleux changent d’angle au dessus d’un regard chargé de curiosité,  excitation et émerveillement. Leurs visages couverts de cheveux rayonnent d’une jeunesse repêchée du temps qu'ils étaient tous ensemble, avec Cailla, au Grand Rassemblement des Tribus, il y a des milliers de Lunes. Cailla sait très bien qu'il vient de pincer une corde sensible commune à ses deux amis géants. Cailla se souvient bien quand le plus grand rassemblement de l’histoire fût demandé par les Sœurs Sacrées et de la loyauté manifestée par ces créatures des sommets enneigés.

 « CHEEEKREEETEYYYACK! YACK! YACK! »
Protégeant ses oreilles de ses deux paumes, Cailla est heureux de ressentir la vague sonore. Le cri de bonheur fait écho et les montagnes semblent répondre de leur gratitude au dessus de la vallée.
« Bien… Puisse la sagesse des montagnes rocheuses guide nos pas vers notre destiné! » Disant ces derniers mots, Cailla prend les devants et descend la pente raide avec grâce. « Ha! C’est bon de sentir enfin le sol déneigé! Explorons maintenant le coin de pays le plus intriguant sous la protection des Filles des Pléiades : Le Royaume de la Reine des Guépards. »
                                                 ***
« Ma reine, les signes ont parlé! Les géants à long cheveux marchent avec nos frères Arbres. Notre sœur la jungle guide les intrus vers vos Pierres Levées Sacrées. D’ici le coucher du soleil, ils atteindront la Voûte du Champs d’Étoiles. » Le visage félin lève le menton et seulement à ce moment là, il ouvre ses yeux de chat sur sa Reine vénérée.
« Rrrr. Rrrr. Rrrr… »  La Reine des Guépards ronronne pensivement et ajoute : « C’est en effet imprévu de voir ces gardiens si loin de leur blanche et froide tapisserie. Laisses- moi méditer là dessus un peu… Rrrr. Rrrr. Rrrr… Je vois! Sont-ils seuls comme des âmes perdues? »
« Oui, ma Demoiselle des Brumes Hautement Sacrées. Ils sont seuls et perdus au beau milieu de nos racines et marécages. Je vous l’ai dit, Grande Clairvoyante, c’est un signe! Les grands changements s’enracinent dans nos terres. Le Rôdeur Éveillé suivra bientôt! »
« Je suis désolée de te désappointer, mon cher Prêtre de l’Ordre des Présages, mais des visions contraires m’apparaissent. D’ailleurs… »
Soudain, une aberration  apparaît dans l’air, entre la Reine et le Prêtre, coupant le souffle de la Clairvoyante. Un corps humain prend forme dans un vortex en spirale.
« Désolé d’interrompre cette conversation privée. Je m’incline humblement devant votre réunion sacrée et pardonnez mon brutal et indiscret comportement imprévu. » Dit Cailla, calmement.
Un sourire et un éclat de lumière dans ses yeux est la seule réponse venant de la Reine Clairvoyante, si ce n’est qu’un court ronronnement soufflé de ses lèvres en se penchant en avant, toute curieuse.
« IDENTIFIEZ-VOUS SUR LE CHAMPS, ÉTRANGER! » Ordonne le Prêtre sur un ton fort et offensif, pointant sa dague en direction du visiteur inconnu.
« Calmes-toi, mon ami! Ici même se réalise ta prophétie. Ne le vois-tu pas ou vois-tu simplement ce qui a été écrit il y a des éons. Sois ici, témoin de l’instant présent, comme le guépard à l’affût de sa proie. » Dit la femme féline.
« Oui, je suis votre présent, mais j’ai besoin de consulter votre propre cadeau, ma sauvage et vénérée prophétesse. » Cailla ajoute-t-il en ignorant la dague pointée à sa poitrine.
Avec grâce et lenteur, la Reine se dépose sur le dossier du trône de bois et lève sa main gauche pour tempérer les ardeurs du prêtre. Elle ouvre ses lèvres sensuelles :
« Donc, mon chère Cailla, cherches-tu une direction pour sécuriser tes pas sur ton chemin? »
Cailla acquiesce respectueusement tandis qu’il répond au geste invitant de la prophétesse de se diriger derrière les rideaux accrochés à l’arrière de son trône. Un doux grognement provenant d’un recoin ombré du siège royal signale la présence féline de l’animal familier de la Reine, qui se confond bien avec l’aura sauvage et gracieuse de sa maîtresse. Les mouvements fluides du guépard coulent en harmonie avec la prestance majestueuse de la mystérieuse voyante.
Le passage est plutôt étroit et la lumière de quelques lanternes scintillantes enjolive la peau dorée de la Reine perçue parfois à travers la cape majestueuse et les vêtements exotiques dansant dans des teintes vertes sylvestres et ambrées. Différents courants d’air apportent des arômes épicés accompagnés par la fluidité sonore de quelques rythmes lointains de tambours, laissant deviner le réseau souterrain complexe de tunnels, de caves, de voûtes et passages du domaine de la Reine des Guépards. Tandis que Cailla suit la dame mystique, il ne peut s’empêcher de laisser couler son regard le long des courbes féminines avec un aperçu de désire. Il ne voit pas le visage de la belle s’épanouir d’irrésistible passion. Elle voit bien ce qui se trame dans son propre futur. Les prophéties se dévoilent par bien des signes, comme son Grand Prêtre le disait et elle en accepte toutes les conséquences.
Elle s’arrête et tourne la tête vers le mur de pierre. Sa main effleure quelques symboles gravés et aussitôt le charme illusoire se rompt  et la réalité révèle une ouverture d’où soufflent de doux courants d’air tournoyant leurs effluves odorants et caressants. Avec grâce, lenteur et respect, Cailla répond au regard étincelant et tous les deux accueillent leurs destinés qui fusionnent dans ce présent d’unicité.
                                                 ***
Pendant ce temps, deux amis au pelage dense sont au beau milieu d’un étrange site. Sept pierres levées encerclent les deux géants. Trempés de sueur, leurs yeux brillent d’admiration à la vue de ces pierres ciselées de mystérieux signes et symboles quasi enfouis sous la végétation qui étend ses racines et tiges tout le long de la surface des pierres. Un des Yétis hoche la tête, aspergeant une bruine de sueur dans l’air tiède et dit d’un souffle :
« Avant qu'il disparaisse, il a dit quoi déjà, Cailla? »
Pas de réponse de son compagnon, certes, excepté un mince soupir qui se faufile entre des dents serrées. Les deux géants s’échangent des regards un peu perplexes. Chacun d’eux sait très bien ce à quoi leur minuscule ami faisait allusion avant de prendre un raccourci à travers le Royaume de l’Éther. La voix de Cailla résonne de nouveau à leur esprit bien qu'ils ne quittent pas des yeux les pierres levées : « SOYEZ VIGILANTS ET MARCHEZ D’UN BON PAS, MÊME SI VOUS VOUS CROYEZ PERDUS. MARCHEZ SIMPLEMENT OÙ VOS PAS VOUS GUIDENT. LES SEPT CHANTERONT LEURS SECRETS AU MOMENT OPPORTUN. »
Résolus, loin de leurs confortables sommets venteux et  couverts d’une neige pure et rafraîchissante, une curiosité les anime. Poussés par une force renouvelée, ils courent d’une pierre à l’autre, reconnaissant les signes… les mêmes lignes, courbes et points gravés dans leurs lointaines montagnes. Ils se souviennent du message commun inscrit dans le centre, dans le cœur, dans le quartz clair et glacé de leur terre natale. Le moral des deux gardiens est élevé par une grande joie et un sens profond redonné à leur vie. Créant un lien secret et silencieux, leur conscience s’éveille en unicité avec leur minuscule compagnon de vie, Cailla, le Voyageur de Conscience. En un triangle parfait, tous les trois rayonnent ici et maintenant dans une seule réalité.  Le temps est témoin de ce qui se crée maintenant. Ici, l’espace et le temps changent, renouvelés par ce lien entre trois cœurs et âmes.
-Ici, au centre de la jungle, se trouvent Cailla et la Voyante, la Reine des Guépards.
-Ici, au centre d’une terre oubliée, se trouvent deux hommes des neiges, gardiens du pays des neiges éternelles, poussés à l’extrême limite de leur endurance, dans une région éloignée, bravant une étrange réalité qui déstabilise leur routine confortable.
-Ici, une concoction de réalités amène toutes destinées à se fondre ensemble dans un cheminement jalonné d’éveil.
-Ici, c’est l’expérience extrême de l’être et de l’âme libérés des chaînes de ces quatre corps accomplissant une mission de vie dans un jeu intemporel de vies après vies.
-Ici se tiennent quatre destins donnant naissance à toutes les essences de la vie respirant les quatre vents du nord, sud, est et ouest.
ÉPILOGUE
Toutes ces mémoires s’enracinant dans le cœur de la jungle sont encore toute présentes dans l’esprit des hommes des neiges. Ils sont de retour dans leur pays venteux et froid mais avec une conscience accrue. Maintenant ils ressentent tout près la présence de leur minuscule ami Cailla. Un lien s’est fortifié entre eux. Tous les trois se sont donc réunis sur la toile du destin dévoilée par leur Reine Clairvoyante.
Cailla est de retour sur le sentier menant à la Forêt Sacrée des Ifs. Il ne marchera plus seul désormais. Ses compagnons Yéti et la féline Reine des Guépards marchent auprès de lui, malgré la distance, l’empreinte du temps et leurs différences raciales.
La Reine des Guépard contemple le soleil se levant au dessus des brumes de la jungle. Son regard danse le long des silhouettes rocheuses qui couronnent sa vallée verdoyante. Un éclat de lumière scintille sur une larme qui glisse doucement sur sa joue et une poussée de joie prend son envol, frôlant sa colonne vertébrale de bas en haut, comme un serpent ailé libéré de sa solitude. Jamais plus se sentira-t-elle seule. Dorénavant, un nouvel état d’esprit s’enracine dans son cœur. Elle sait très bien que sa destinée la guide vers de nouveaux horizons. Sa jungle natale ne sera bientôt plus la même pour elle. Elle sait que l’amour vient de naître, tel un œuf qui éclôt dans le nid douillet de son âme… La semence de Cailla peut trouver son chemin maintenant, puisque la femme qu'elle est accueille sa destinée.

Fin de la Chronique VII des Filles des Pléiades.

Renatus, votre chroniqueur.

vendredi 14 septembre 2012

Chronique VI des Filles des Pléiades



« Je vous parle d’un temps où toutes les étoiles scintillent comme des diamants dans un ciel nourri de la vie prenant la forme des rêves de Dieu. Oui, c’est alors que notre Mère Terre, encore toute jeune, en est à ses premiers essaies pour accoucher d’une nouvelle race, d’une nouvelle promesse incarnée, d’un nouvel espoir. Des semences d’étoiles coulent dans leurs veines comme des poissons miroitants  qui nagent dans le Grand Fleuve de la Vie. »
Le conteur garde ses yeux fermés et se prête au vent nourrissant ses narines, touché par les caresses de ce monde d’Éther, présent dans toutes fibres de vie. Tout son corps résonne à la Divine Présence qui l’interpelle de nouveau, inspirant chaque mot, enveloppé d’émotion, ciblant chaque cœur, chaque âme, chaque enfant intérieur envoûté par sa séance. Gracieux comme un cygne, le conteur ouvre ses yeux, ses bras, son cœur, son âme et chante ses merveilles qui s’envolent dans l’air pour former des passerelles permettant aux pèlerins des étoiles d’être portés encore par l’essence magique de l’histoire.
« Ici même à mes côtés, derrière un voile d’invisibilité, se tient la Dame Reine des Filles des Pléiades : Maïa. Elle vous rend visite, enfants des étoiles, mais comme observatrice. Bien que son corps physique évolue profondément dans l’océan de vie appelé univers, son lien déployé emprunte un sentier créé à partir de certains Rêves Divins. Nous les nommons LES RIVES ONIRIQUES. Par cet état de conscience, notre Reine demeure connectée à nous et marche tout le long de nos propres rêves, témoin de notre réalité entièrement modelée par chacun de nous. Vous, spectateurs et moi, le conteur, sommes liés ensemble sur ces Rives effleurant les Rêves Divins. »
Le conteur, les yeux et les bras grands ouverts,  accueille le monde autour de lui,  autant l’invisible que le visible. Dans un seul rythme, un chant de vagues divines caresse tous cœurs et âmes s’assemblant sur les Rives Oniriques. D’une voix harmonisée avec le tintement des cailloux et coquillages minuscules dansant sur le sable mouillé, le conteur conclue :
« Comme à l’aube de la vie sur notre Terre Mère, ici aussi, sous le couvert des Ifs géants… comme dans le futur, quand l’humanité sera captive dans une illusion construite de peur et de pouvoir, nous améliorons ensemble une ligne du temps de multiples possibilités. »
La tête penchée vers l’avant, le conteur prend une profonde respiration et laisse ses yeux bleus océan parcourir l’audience fervente. Il sait que le temps des révélations est venu. Lentement, un sourire se dessine sur son visage à la pensée qui vient de lui surgir. La Reine des Pléiades s’active doucement sur sa connexion télépathique, intensifiant grandement le pouvoir créatif du Voyageur de Conscience. L’atmosphère vibre d’anticipation dès que sa voix tranche le silence :
« Notre Reine a parlé, ici et maintenant est le rendez-vous idéal. » Du dessus de sa tête, une fontaine colorée des couleurs de l’arc-en-ciel jaillit tel un feu d’artifice.
« Tout comme les saisons qui planent au dessus de nos têtes, comme la lune caressant notre océan intérieur, comme le soleil radiant de sa lumière réconfortante, comme l’oiseau chantant à votre cœur et comme l’enfant qui accroche un sourire à nos rides… nous réagissons réciproquement dans un seul élan de Grâce, de Joie, de Bienveillance et de Beauté. Ces états d’être sont gratuits et peuvent couler dans vos veines comme ruisseaux d’eau fraîche au creux des montagnes. Sur ce sentier béni par vos sourires épanouis le long de votre chemin de vie, vous devenez cette beauté même définissant la simplicité dénudée d’un miracle divin. Notre Reine pléiadienne nous montre le chemin. Elle est venu à mes côté, provenant de ce lointain amas d’étoiles situé dans la constellation du Taureau pour vous dire où pointer votre flèche. »
Le Voyageur de Conscience est si radieux dans son costume fait d’accessoires exotiques. Prétendant être un archer, il vise une cible invisible en face de lui. Chaque personne assistant au conte se sent alors transpercée par une étincelle vive en pleine poitrine. Leur cœur est touché de nouveau. C’est pourquoi il y a tant de gens de tout âge attirés par ces instants magiques réconfortants.
Satisfait et enrichi par la complicité de sa Reine, le conteur sourit et disparaît dans une nuée spiralée composée des sept couleurs de l’arc-en-ciel.
WOUUUSH!
Comme d’habitude, le Voyageur de Conscience a sauté dans un autre plan du multivers.
C’est la fin de la Chronique VI des Filles des Pléiades.
Renatus, votre chroniqueur.

mercredi 5 septembre 2012

Chronique V des Filles des Pléiades



Les enfants de la forêt se rassemblent à l’aube d’un nouveau jour choyé par la venue d’un autre visiteur originaire d’un monde très, très éloigné. Près du sommet du ruisseau d’où les eaux cascadent, l’énorme pierre levée demeure l’endroit rêvé pour un autre récit à raconter. Notre conteur est bien connu pour ses apparitions matinales où les rayons dorés du soleil accompagnent l’ode à la vie des oiseaux. Les bras levés en croix dans la lumière ambrée du soleil levant, notre témoin de la conscience cachée est là, debout. Le conteur prend un long respire, ferme les yeux et laisse son essence s’envoler avec ses mots :
« À la source des vents glaciaux, très haut dans le ciel, où le bleu céleste rencontre le scintillement des étoiles tapissant la voûte indigo, les deux créatures mythiques s’entrelacent tandis que leurs ailes sont déployées à leur pleine envergure, caressées par les vents. Les amoureux draconiques s’embrassent dans une belle étreinte dansante, dotés d’une légèreté aérienne, où leurs formes gracieuses sont soudées dans un moment d’éternité bercé de sons intimes émanant  autant de leur poitrine et gorge que de leurs cavités nasales. Ils fixent leurs yeux de feu sur la réflexion de leur âme en parfaite union. Dans une totale fusion, la dynamique de leur essence mâle et femelle s’évanouit dans un présent offert par amour. Unifiés avec le vent du ciel, ils percent parfois des couches de nuages. »
Le conteur positionne ses pieds avec grâce, formant un V à l’envers. Il tend les bras au dessus de sa tête et imite avec ses mains les deux créatures mythiques en chute libre vers le sol.
« À une vitesse vertigineuse, les deux amoureux entrelacés laissent leur corps et esprit s’abandonner à cet instant béni d’amour vrai. La surface de la terre s’approche rapidement et bientôt, la plongée devient un acte de foi en leur instinct de survie. Mais assurément, leur foi repose sur leur amour qui est leur seul aliment à cet instant précis. La magie et sa puissance croissante coule le long de leurs veines et nerfs. La surface mortelle de la Mère Terre est à un instant près des deux êtres passionnés. Le temps semble s’arrêter pour eux. Leurs regards, leurs ronronnements, leurs caresses, leurs queues entrelacées… les deux en un, leurs sens, leurs cœurs brûlent d’amour et d’illumination, toute leur essence est transmutée dans un éclat de lumière et de tonnerre. Un grand fracas survient accompagné d’un coup de foudre causé par une pure réaction chimique entre une réalité et un état de conscience. La Source et la Mère Terre deviennent un. C’est pourquoi la grandeur de leurs actions est en si parfaite harmonie avec la micro matière de leur Mère, en fusion avec les 5 éléments, en réunion avec leur structure intérieure commune, en voyage à travers l’espace de l’Éther entre toute masse de matière. »
Le conteur berce son corps, en étreinte avec lui-même, les bras croisés avec tendre passion sur sa poitrine. Sa grande robe de Voyageur de Conscience apporte un contraste sur ses mains posées sur ses épaules. Un rayon doré de la lumière matinale l’effleure tandis que deux hirondelles tournoient autour de sa tête, chantant leur amour, joie et bienveillance. Le vol des oiseaux dessine un 8 au dessus de sa tête. Regardant ses compagnons ailés, il en reconnaît le signe. Soudain, il parle plus fort :
« Oh! Grands Dragons, Gardiens du portail céleste des sept Filles des Pléiades… Oh! Grands Seigneurs Mystiques, messagers de l’Intérieur de la Terre, vous portez en vous la sagesse universelle… et à une vitesse étonnante, les deux créatures légendaires se heurtent à la surface rocheuse! »
Des cris de consternation s’échappent de bouches tordues de dénie et d’horreur. Le conteur dramatise l’atmosphère en se jetant par terre comme une feuille sans vie. Mais, en un clin d’œil, il se remet sur pied en position de défense et lentement il lève les bras au dessus de lui :
« Une retentissante onde de choque d’une lumière bleutée et un tremblement rayonnent aussitôt du lieu où le duo mythique disparût. Mais malgré les faits, pour des êtres magiques, la réalité est beaucoup plus étendue que les apparences. »
Tel un réel descendant de sa mère reine Maïa, le conteur puise dans son héritage stellaire et laisse couler ces mots inspirés :
« Dans plusieurs tranches de vies à venir, vous tous, enfants des étoiles, compterez de plus en plus sur votre propre instinct pour agir sur l’essence même de toutes les réalités. La croyance profonde en vos pouvoirs intérieurs ouvrira une porte là où se dresse un mur de pierres. La libre expression de l’Amour illuminera toute obscurité cachant l’immortalité de votre âme. »
Tel un serpent cherchant à mordre dans l’air, tout le corps du conteur réagit à la décharge de l’essence draconique et il danse au rythme intérieur battant dans ses veines. En fusionnant au souvenir des deux puissants dragons légendaires, il libère ses mots dans un chant harmonisé avec la vie elle-même manifestée à travers tous les plans du multivers :
« De mon fort intérieur,  j’enchante avec la Magie Dormante… De l’intérieur de la Terre, des psaumes de signes symboliques s’éveillent à la vie et prennent leur envol dans nos rêves… De notre essence humaine, des éons de colère et de frustration sont transformés par le feu du changement où l’air apporte les mots…comme les sons des chansons des oiseaux. »
C’est à ce moment précis que le conteur s’arrête comme frappé par une force invisible… et disparaît littéralement devant des yeux éberlués, cherchant ici et là des indices laissés peut-être sous les étoiles voilées derrière le ciel bleu. La tête levée, les spectateurs regardent en silence la Source inspirante de leur conteur bien aimé, leur Voyageur de Conscience… celui qui compte bien continuer à raconter une autre page des Chroniques des Filles des Pléiades, puisque c’est là sa raison de vivre.
Fin de la Chronique V des Filles des Pléiades.
Renatus, votre chroniqueur.

lundi 20 août 2012

Chronique IV des Filles des Pléiades


Toute la vallée est obscurcie par une fumée se propageant de différents lieux où des villages sylvestres se consument. Un silence morbide accompagne ces ailes funestes planant sous une forme nébuleuse, grisâtre et menaçante, emprisonnée entre les massifs des murailles montagneuses.
Il n’y a pas si longtemps, cette vallée était une retraite paisible pour les moines, gardiens de la Flamme de Vie. Ici même se retrouvaient-ils en toute sécurité, retirés du monde, ces pèlerins des quatre vents de la région septentrionale.  Mais la Flamme de Vie leurs fût dérobée par les envahisseurs.
La nuit s’infiltre par les dents rocheuses de l’est, couronnées de neige éternelle. Dans le centre de la vallée forestière, une petite zone s’est dérobée à la poigne des serviteurs de l’ombre. Ce lieu se nomme : Le Saule Primordial. C’est un endroit invisible à l’œil malveillant mais une balise de Lumière pour tout cœur pure. Ce prime arbre sage tient le rôle de mère pour cette forêt en pleine croissance. La Conscience Divine du Viel Arbre Mère est en totale communion avec ses enfants pures : Sacha la Licorne, Mirhillia la Fée, Phoenatus le Chevalier Garant (qui est en fait un métamorphe  aussi connu de ses amis comme l’Ours Noir d’Encre).
Une petite armée d’âmes et de cœurs purs attendent l’appel fervent. S’adossant sur l’énorme tronc, ils harmonisent tous leur pulsion de vie avec celle du Saule Sacré, leur Arbre Mère, leur source de force qui sera libérée dans un instant. Comme un anneau de protection, une grande étendue d’eau entoure le saule. Sous la surface, la Nymphe Osirian s’affaire avec les esprits aquatiques. Ils déploient leur puissance à toute vie souterraine  le long  des tunnels tordus et trous de ver qui composent l’immense réseau tel une énorme éponge. Le lien empathique entre les racines de l’Arbre Mère et Osirian est le principal avantage de ces défenseurs de la vie. En un clin d’œil, une armada d’esprits aquatiques se crée.
Le chef de tribus des créatures de l’ombre est surexcité par le succès de l’assaut. La victoire fût facile, sans aucune résistance. Ses guerriers démontrent déjà une frénésie de vainqueurs qui invite aux réjouissances. Bien que tous ces villages brûlent, une déception persiste : Le plaisir de voir la frayeur dans les yeux du vaincu, puisque personne était là pour accueillir la furie des guerriers de l’ombre. Le chef pense alors : « Où sont ces fameuses Dryades qui auraient pu être partagées avec exubérance et jouissance entre les jambes de mes soldats? Où sont ces Fées qui pourraient amuser nos enfants une fois leurs ailes coupées? Où est la reine ambassadrice, la belle Nymphe blonde, Osirian, sauvegardée pour mes besoins personnels, enchainée à ma couche et recevant ma semence victorieuse? »
Une secousse profonde distrait le chef militaire et il se retourne vers le campement, où un mur épais de brouillard rampe entre les troncs et les fougères géantes. Soudain, des appels et des cris de terreur sont entendus en provenance des brumes grises, sans sons de fers qui se croisent ou de boucliers qui s’entrechoquent. Tous ces combattants voilés tombent avec un dernier cri d’angoisse, vaincu par une mort sans honneur, isolés dans la grisaille des âmes perdues.
Le chef lève son épée longue vis-à-vis son front affichant un sourire pour démontrer sa bravoure. Il scrute de regard les brumes mystérieuses qui l’entourent. Le calme plat devient insupportable. Sillonnant sur son front et ses tempes, des perles de frayeur glissent sur sa peau salle de lézard à un débit constant. Le rythme de son cœur devient accablant. Tous ses sens sont altérés dans un étau de frayeur qui se resserre autour de sa gorge. Il sent le dernier grain de sable du temps passer derrière sa langue. Son sablier se vide et il sait que son dieu cornu l’abandonne ici même où il mourra seul dans les brumes du silence, sans esclave pour craindre sa victoire.
Vite comme l’éclair, l’attaque émerge du dessous et les racines deviennent des pièges emprisonnant ses chevilles. D’un élan aveugle, l’épée siffle dans l’air avec frénésie dans des tourbillons de brume. Une force tellurique anime la Forêt Sacrée qui avale le guerrier aussi vite qu’un lézard tyran sauvage. Perdant la poigne de son épée, ses griffes s’enfoncent dans la mousse du temple sylvain. Récoltant malgré lui deux mains pleines d’humus, il ressent l’eau froide souterraine le long de son corps. Prenant un dernier respire, il sait qu’il sera submergé bientôt et WHAM! Il est plongé dans le monde aquatique et ouvre les yeux sur la récompense ultime de sa conquête : Osirian elle-même se tient dans l’apesanteur des eaux verdâtres avec ses cheveux sensuels dansant comme des murènes et accueillant le guerrier reptilien. Un dernier sourire dessiné sur des lèvres attirantes disparait dans le nuage rouge du sang jaillissant autour. Le soldat voit bien l’impact du rayon fatal de Lumière rayonnant de la poitrine d’Osirian. Transperçant comme une lance,  le jet lumineux ouvre la chair de son corps et une sensation de béatitude s’installe à la toute dernière vision de la Porteuse de Lumière Osirian qui lui adresse un sourire rempli d’espoir et de ferveur. Lentement, un voile gris obscurcit la vue du reptilien et la légèreté de son âme est ressentie de nouveau, ainsi que cette traversée où votre destiné a rendez-vous avec votre Essence immortelle. Une vague d’empathie rayonne de l’intérieur de la forêt.
L’Arbre Mère tremble au passage d’un vent frais caressant ses feuilles en signe d’une nouvelle ère.Toutes les âmes présentes et réunies à la base de son tronc se regardent mutuellement avec soulagement. Nous avons vu à l’ennemi. Ces milliers d’envahisseurs  ont été accueillis par Mère Terre. L’unification des âmes malveillantes aux Esprits de la Nature a été réussie. Les Pèlerins de Lumière peuvent redescendre des portails des Filles des Pléiades.
Sacha, la Licorne, s’approche du chevalier Phoenatus. Tous les deux posent leur côté sur la peau de leur Mère Arbre et ressentent en retour le nouveau rythme de vie surgissant du cœur de leur Source. Libérés par cette nouvelle fusion des âmes obscures, les Fées et les Elfes Sylvestres sont de retour dans leur domaine forestier. Des lumières dansantes annoncent bien des changements dans l’air. Régénérée d’une source inattendue, la vallée déploiera ses branches vers le ciel. Du sommet des montagnes rocailleuses certains métamorphes sont déjà dans leur envol, planant sur les courants d’air tiède. Ce sont là les primes Druides appelés à bénir la Forêt Sacrée. Oui, le mariage des âmes malveillantes avec les Esprits de la Nature est couronné de succès.
Il est enfin temps de célébrer la reconnaissance de ces pouvoirs en jeu. Les Druides métamorphes peuvent habiter de nouveau le verdoyant royaume de la vallée. Maintenant les mâles peuvent déposer leur semence dans les Utérus Sacrés, guidés par la Lumière des Esprits de la Nature. Une saison de croissance paisible peut bourgeonner  au creux d’une vague profonde apportant des mémoires issues de ces éons de création, transformation, altération, innovation… où rien ne se perd et tout se crée. Le ciel nocturne peut offrir son manteau à la voie lactée. Les étoiles étincelantes peuvent scintiller comme des joyaux. Dame la Lune peut faire sa ronde céleste tout le long de la nuit et bénie soit-elle de récolter ainsi toute énergie résiduelle laissée derrière. La grille de force peut s’enraciner dans le cœur de chaque Cristal Chantant déposé comme semence, dans l’Utérus Sacré de Cybellia, il y a de nombreux éons.
FIN
Notes de l’auteur :
Le conteur est confortablement assis sur la plus grosse branche, au cœur du feuillage, dans les bras de sa Mère Arbre. Il enroule de nouveau son parchemin et touche sa poitrine de la paume de sa main. Tel un coup de vent il disparaît puisque sa légèreté tient du rêve. En quelques instants, cet incident de l’attaque des ombres n’est qu’un autre fait divers du passé où il reviendra avec une conscience éveillée pour raconter son histoire aux enfants intérieurs du futur.
Au revoir, fidèles lectrices et lecteurs.

jeudi 16 août 2012

Chronique III des Filles des Pléiades (suite et fin)




Des remous de brumes dansent le long des canoës s’approchant de la terre ferme. Les silhouettes grises montagneuses sont les repaires pour Cailla, qui est sur le point de vivre une révélation. Depuis le début de sa quête sur les terres des Filles des Pléiades, l’ambiance est des plus mystique et habillée de magie. La matinée est si jeune que l’astre solaire radie sa couronne de lumière dorée derrière l’immense épine rocheuse. Un épais brouillard masque la vaste et digne étendue sauvage de la forêt des Ifs encerclant la rivière. Parfois les canoës semblent voler à travers une nuée de vagues silhouettes tordues à l’écoute des cris des bêtes sauvages terrées dans les embruns. L’air humide amène les odeurs des landes. Souvent, sur les hauts fonds, d’énormes crocs et des bras squelettiques menacent les voyageurs de leurs formes monstrueuses recroquevillées au dessus des minuscules humains. À moitié submergées ou sous la surface brumeuse, toutes ces présences jonchent la rive. Ces troncs et ces branches s’enchevêtrent telle une muraille naturelle coupant l’accès à l’intérieur des terres. Reposant ainsi depuis plusieurs lunes, tous ces Ifs morts sont en fait de réels gardiens de l’Utérus Sacré.
Les canoës glissent lentement sur la surface calme, en silence. Soudainement, Cailla lève le bras en guise d’arrêt, le poing fermé. Son regard ne quitte pas les eaux… Il ouvre alors la main tendant les cinq doigts, signifiant; NOUS AVONS CINQ VISITEURS. À l’instant même, les sept embarcations s’arrêtent brutalement, comme si une force invisible, sous le couvert du miroir aquatique, les retenait immobilisées. Les compagnons de Cailla savent bien comment se comporter face à cette rencontre singulière. Une attitude paisible et respectueuse est de mise, car le voile entre cette jeune humanité et le monde invisible vient de se déployer. Un simple acte de violence ou une faiblesse de conscience pourrait être fatal lorsqu’il est question de rencontrer le Gardien des Esprits de la Nature, dans ce lieu Sacré.
Un simple petit tourbillon sur la surface, en face du canoë de Cailla est suffisant pour lui dévoiler qui surgira des eaux miroitantes. Il ouvre alors ses deux bras dans un geste de bienvenu. Une beauté inégalée surgie immédiatement des eaux troubles. Avec grâce et légèreté, une créature féminine s’élève au dessus de la rivière, en lévitation, et dépose ses mains dans celles de Cailla. Un moment magique se manifeste lorsque ces deux mondes se croisent du regard… avec un sourire de joie en échange.
« Diaphane Osirian! » Dit le Voyageur.
« Voyageur de Conscience Cailla! Votre appel est le bienvenu à l’Utérus Sacré. »
Comme d’habitude… avec une extrême précision, les deux consciences se connectent comme deux aimants et une merveilleuse union a lieu dans un état d’esprit oublié par le temps : Puisque la reine des Pléiades, Maïa, est partie, les six autres feyades sont encore connectées à la jeune Terre, gardant un œil ouvert sur ses enfants. Autrement, le chaos serait un cauchemar quotidien. Maintenant il est temps que Cailla devienne un Voyageur de Lumière. Il sera doué, vies après vies, de partager le Savoir de la Pierre de Lumière de l’Utérus Sacré.
Pendant qu’Osirian la Nymphe et Cailla s’échangent une rare étreinte, un mystérieux bourdonnement survient à proximité des bateaux d’écorce. Apparaissant de nulle part, quatre minuscules créatures aillées ressemblent à des demoiselles échappées d’un Rêve Divin. Leur peau laiteuse rayonne de beauté à travers les brumes. Une d’elles plane lentement au dessus de l’épaule de Cailla et chuchote à son oreille :
« Bienvenu à la maison, frère Cailla. Je suis Mirhilia, ta sœur fée. Poursuivons notre route vers l’Utérus Sacré qui attend ta semence de l’Éveil. »
Dans un élan spontané, Osirian, Mirhillia et Cailla s’inclinent devant l’autre, en retrouvailles dans cette vie, une fois de plus.
Une des fées se porte volontaire à veiller sur les canoës couchés à l’envers sur la berge, bien dissimulés parmi le mur de branchage. Ainsi, les Géants Maraudeurs habitant la région, passeront leur chemin sans remarquer la présence de viande fraîche humaine dans les alentours. Le groupe des 21 humains s’aventure dans les terres, s’étirant en une longue ligne vivante. Fermant la marche, deux fées masquent leur passage aidées de leurs sortilèges trompe l’œil. À l’avant, Cailla est emporté dans une discussion avec la Nymphe et la Fée, zigzaguant dans une forêt de fougères géantes et d’arbres dont les troncs sont aussi large qu’une hutte d’assemblée. Dominant au dessus des têtes des pèlerins, les ramures verdoyantes les cachent de la vue des grands lézards géants sillonnant le ciel du Royaume des Nuages.
Le voyage est difficile et dangereux, mais Cailla a le cœur tout léger, avec ses compagnes retrouvées à ses côtés, après toutes ces vies vécues ensemble, des mémoires de vies refont surface du temps de la genèse de l’humanité. La file d’aventuriers approche maintenant d’un étroit point de convergence des deux chaînes de montagnes rocheuses. D’ici, nous admirons déjà les Grandes Chutes Purificatrices. Sur le lointain sommet, les eaux se jettent du cœur d’une forêt dense qui ne peut être vue qu’en chevauchant un Dragon qui la survole. Mais du sol, la majesté fluide caressant le flanc lisse et reluisant de la falaise est sidérante et invite à la contemplation enracinée d’un respect divin.
Sur le haut d’une colline, Cailla s’arrête et se tient tel une pierre levée devant cette merveille. Les trois silhouettes paraissent minuscules sur leur monticule, devant le mince ruban laiteux qui devient un immense brouillard se déposant sur la surface d’un lac, au pied de la vibrante beauté lactée. D’un regard inondé de larmes, Cailla se tourne vers Osirian et Mirhilia et dit, se tournant de nouveau sur le paysage unique :
« Ça s’est passé il y a si longtemps! »
« Oui, mon cher! » … Les deux êtres magiques lui répondent en écho.
Pendant que ses vingt compagnons se rassemblent autour de lui, affichant des regards éberlués sur le splendide site naturel, Cailla ajoute :
Nous étions tous ici, rappelez-vous! Nous étions là au tout début, les premiers à franchir les Chutes Purificatrices, provenant de l’Utérus Sacré, nous, de nouvelles âmes mises au monde. »
Osirian secoue sa tête avec grâce soulevant une vague de longs cheveux en tourbillon dans le vent et dit :
« Voilà, d’ici j’inspecterai le lac la première. Je dois m’assurer que vous le traversiez tous sans danger. Profitez-en pour vous reposer et rejoignez moi plus tard sur la berge. »
Dès qu’Osirian disparaît derrière le mur de fougères, Cailla s’offre un moment précieux entouré de ses loyaux fervents encore en totale contemplation devant la formidable chute d’eau.
Marchant gracieusement mais éveillée de tous ses sens, Osirian se montre vigilante.
« Quelque chose nous épie! » Dit Mirhilia qui devient visible au dessus de l’épaule d’Osirian.
« Je ressens sa présence, c’est sûr… et c’est moi qui l’intéresse… Je le sais par sa signature malveillante qui traîne à mes côtés et ce depuis que nous avons laissé les canoës derrière. » Ajoute la Nymphe Osirian avec confiance.
« Je le savais… Et bientôt en sera-t-il de l’affrontement… J’ai une bonne idée. Cette bête malveillante mordra la poussière… euh… sera immergée d’une nouvelle réalité, devrais-je dire! » Dit Mirhilia en prenant son envol dans élan rapide. Les deux amies s’échangent un clin d’œil, Mirhilia disparaît dans un éclair bleuté et Osirian s’élance en courant à toute vitesse vers le lac.
Blottie sous un voile de peur et de doute, la créature attend et observe Osirian et sa maudite fée : « Bientôt, je piétinerai ces deux vermines… Je savoure déjà ma revanche sur ces décevantes créatures. » La vision du prédateur est claire et pénétrante, froide et nette, quasi passionnée. Dans une traînée mentale, la créature s’impatiente voyant ce rat volant s’évanouir dans l’air. Elle se dévoile dans un saut et se lance à la poursuite de sa délicieuse proie… savourant déjà la tiède, tendre et juteuse chaire entre ses crocs. Elle se rapproche rapidement de la faible créature pélagique. La vision du poursuivant montre bien une Nymphe au désespoir. Mais soudainement, malgré la proximité du lac sécuritaire, Osirian freine sa course et se retourne lentement vers l’entité vicieuse, avec un sourire moqueur aux lèvres.
L’assaillant infernal cesse immédiatement la poursuite… « Quelque chose ne va pas du tout! » Il ne s’en doute pas encore, mais c’est la dernière pensée de sa vie… Sur un dernier soupire, l’environnement tout entier se métamorphose. Provenant de la forêt familière, un énorme mur d’eau s’écrase sur lui. La dernière vision qui s’offre à lui est le calme sourire sur le visage d’Osirian distordu dans un tourbillon de bulles et d’eau l’écrasant avec la violence d’une masse maniée par la Mort elle-même. Osirian, baignant dans son élément en totale liberté, nage gracieusement vers le corps reptilien laissé sans vie en suspension, comme une poupée oubliée. Osirian saisit sa queue écaillée et ramène la dépouille vers les eaux peu profondes.
La Nymphe émerge du lac, traînant la créature comme un sac. Non loin de là, Mirhilia est confortablement assise sur un rocher, laissant courir ses doigts dans sa chevelure, en parfaite confiance, voyant le chasseur gisant sans vie sur la plage. Mirhilia s’exclame : « Oh! Elle était une Reptilienne… belle prise, Osirian! »
La Nymphe porte ses poings à ses hanches et regarde son amie Fée. « Merci beaucoup, ma chère! Mais sans ton sortilège d’illusion, j’aurais été dans de beaux troubles… ou tout au moins avec des morsures et blessures sur tout le corps… et sûrement violée aussi! Car vois-tu, je la connaissais bien, elle avait cette fâcheuse habitude d’être toujours à nos trousses, les Esprits de la Nature. »
« La connaissais-tu depuis longtemps? » Mirhilia demande-t-elle en prenant son envol vers Osirian pour bourdonner sur place en face d’elle.
« Eh oui, elle s’appelait Hellishia et fût ma première mission politique, il y a de ça des éons. Nous étions supposer de faire équipe à la création d’une nouvelle ère de paix… Hmmm! Je me rappelle encore de sa façon de me regarder dès ces premiers âges. Elle était tellement dominée par ses propres satisfactions avant tout. Imagine, Mirhilia, elle était androgyne… et très attirée vers moi… »
« Ha, ha, ha, ha! » Mirhilia ne peut s’empêcher de rire avec force. « Comment se fait-il ça n’a pas abouti entre vous deux? Je ne comprends pas… Vous aviez tellement de choses en commun! » Regardant de nouveau Mirhilia, Osirian sourie : « Bien sûr! Mais tu dois savoir que les Reptiliens dévorent leur partenaire après leurs ébats passionnels! J’avais d’autres plans dans ma vie que de finir mes jours dans un ventre! »
« Hmmm! C’est un bon point, ma chère! » Lui réplique son amie ailée. « Disposons-nous de son corps? » Mirhilia ajoute-t-elle en baissant les yeux sur le cadavre.
Tout en haut de la colline, Cailla rassemble ses affaires après une brève pause. Une lueur bleue attire son attention sur les rives du lac. « Bon! La voie est libre. Allons-y, mes frères et sœurs, le moment est venu de rejoindre nos amies Osirian et Mirhilia! »
Une autre page de l’histoire de l’humanité est écrite; Le groupe d’humains s’assemblant aux pieds des Hautes Chutes Purificatrices. Les pèlerins sont émerveillés de tous leurs sens. Plusieurs oiseaux blancs planent en cercles dans les brumes et tout le long du ruban d’eau laiteuse. Le vent est frais et aromatique, transportant des tourbillons de gouttelettes tièdes qui contrastent avec l’air rafraîchissant. Le groupe est toujours sous le couvert des longues branches des Ifs géants. Les racines se fondent parmi les pics rocheux en contrefort de l’épaisse forêt. C’est là que Cailla rejoint Osirian et Mirhilia; Tout les deux très affairées et concentrées à la plus urgente et importante activité à la portée de la main. Bourdonnant et oscillant autour de la tête d’Osirian, Mirhilia est en pleine création d’un réel chef d’œuvre en haute coiffure pour son amie la Nymphe. Il est difficile de dire si la magie féerique ou des centenaires d’années d’expertise est à la source d’une telle réalisation…Hmmm!... À la fois délicate, majestueuse et renversante. Les Esprits de la Nature sont bien connus comme étant les instigateurs dédiés à la floraison de la beauté émanant d’une femme. Osirian et Mirhilia sont si absorbées à leur tâche qu’elles ne semblent pas remarquer la présence de Cailla.
« Bon… eh bien hum! Et puis… Vous avez faites face à une résistance, à en juger par la présence de la lueur bleutée féerique! » ( notes de Renatus : voir la Chronique III des Enfants de la Terre. http://www.chroniquedumiroir.blogspot.com/ )
Mirhillia, toujours bourdonnant comme une abeille, entrelace une tresse autour de la gracieuse sculpture de cheveux reflétant parfois un rayon doré du soleil matinal qui perce ici et là la toiture verte des énormes branches d’Ifs surplombant le groupe. « Mon cher Cailla, dit Mirhilia, nous ne pouvons pas se permettre la visite de Géants Maraudeurs attirés par l’odeur d’un corps de Reptilienne. » Cailla réagit aussitôt fronçant d’un sourcil. Osirian ajoute alors affichant un sourire et regarde Cailla : « Et tu ne veux pas voir cette créature… Hellishia était mon ennemie, soit!... Mais aujourd’hui est un jour béni, puisqu’elle n’est plus sur mes talons, une fois pour toute! » Avec une dernière touche artistique sur son œuvre, Mirhilia change de sujet : « Bon!... Je vais bientôt ouvrir le portail sur le Royaume de l’Éther, pour nous permettre de traverser le lac vers les Chutes Purificatrices. »
Pendant que les pèlerins se dévêtissent de leur tenue de voyage pour porter la robe blanche de rituel, Mirhilia et ses deux compagnes ailées entament l’incantation du Monde de l’Éther pour ouvrir le tunnel à travers la matière dénommé par les Anciens « Le Pont Sacré de Poussière d’Étoile. » (Voir Chronique I des Filles des Pléiades.)
Pas très loin derrière le groupe, de l’intérieur de la forêt, un grand tumulte retentit. Osirian et Cailla se regardent avec inquiétude. Osirian coupe court à l’interrogation : « LES GÉANTS SONT SUR NOUS!... Ils ont figuré où nous sommes. »
Serrant les dents, elle ajoute… « Leur chaman a sûrement torturé un des nôtres encore! » Osirian regarde vers le mur d’Ifs alors que derrière elle un phénomène étrange altère l’essence-même d’un point au dessus de la surface du lac. L’attention de Cailla va et vient entre le portail et Osirian. Il ressent très bien l’énorme colère brûlant dans le cœur de la Nymphe dévoilant bien l’enjeu. Le cœur d’Osirian est déchiré à la pensée de ses sœurs de race succombant sous la cruauté du chaman géant.
« Allons, ma chère! Laisse tomber… le portail est là. Ne vas pas rater le Passage pour une poignée Cailla de géants! » s’approche d’elle lui prenant le bras gentiment. Mais Osirian réagit avec force et tourne son regard vers Cailla : « Non! Je résiste! Ces cervelles de noix vont goutter à mon essence. Je le fais pour mes sœurs qui ont disparu par le portail de la torture. »… Avec des yeux larmoyants, elle se retourne vers le mur sylvestre, libère son bras de l’emprise de Cailla et lève les bras vers les Maraudeurs s’approchant de la lisière de la forêt.
Cailla est sidéré par le courage d’Osirian et s’écrit : « Alors… je résisterai à l’assaut aux côtés de mon amie, pour toutes ces vies vécues ensemble, peu importe l’enjeu! »
En cet instant critique, les branches à proximité tremblent déjà sous l’implacable avance écrasant tout sur son passage. La terre gronde sous ces pas massifs battant le rythme de la mort confondu aux palpitations du cœur de Cailla. Le temps se fige en pressant toute vie résiduelle où la foi est secouée. La bravoure est affutée comme un couteau à sacrifice. Le sang cogne dur aux tempes. La gorge s’assèche comme du sable sous un soleil plombant. La puanteur des assaillants envahit les narines.
Mais un brusque changement d’air traverse les branches et un arôme pélagique et salé remplace l’odeur musquée. Bien qu’encore cachées par l’épaisse muraille verte, les créatures massives s’approchent émettant des sons gutturaux. Ces bruits sont masqués par un invisible déferlement d’eau rugissant vers Osirian et Cailla. Les arbres résistent au puissant déluge. Agissant comme un tamis géant, les Ifs laissent passer une pluie d'eau salée, tombant sur le groupe d’amis dans un arc-en-ciel de couleurs captée par la lumière du soleil. Cailla est toujours en position d’alerte, prêt à jeter son sort, mais il figure vite ce qui vient de se produire. Soulagé, il recule d’un pas et regarde Osirian: «Alors là... Attention à toutes âmes qui vivent, la puissante Nymphe Osirian est de retour! ... Je suis si heureux d'être de ton côté, ma chère! Sentir mon sang et mon corps transformés en eau de mer n'est pas des plus passionnants!» Osirian lui sourie, mais toujours avec cette détermination scintillant dans ses yeux. Balayant du regard le mur d’arbres trempés, elle ajoute : «Tous les esprits de mes soeurs sont honorés ... leurs sacrifices m’a motivé à faire disparaître ces énormes vermines sans laisser de trace. Après tout, notre passage doit demeurer secret ... jusqu'à ce que l'humanité future marche de nouveau sur ce chemin d’éveil! »
A ces mots, un vent chaud souffle du lac. Au dessus de la surface de l’eau, une distorsion se dessine dans l’air, tel un iris. Cet énorme oeil regarde le groupe. En son milieu, détourant l’iris, trois fées forment une ronde, les bras étendus. Ils ressemblent à trois libellules en union, comme un triskèle : le passé / présent / futur aux portes du Royaume de l'Éther. Ces grâces ailées sont de merveilleuses chanteuses émettant de douces notes qui bercent toutes les âmes présentes. Osirian rejoint la chorale féerique de sa voix charismatique: «Puissions-nous tous procéder à la purification de notre cœur et âme. Laissons nos élus pèlerins marcher vers la prise de conscience de leur nouveau destin. »
Empruntant ce tunnel qui sillonne à travers toute matière, les futurs Voyageurs de Conscience, ébahis par le phénomène, regardent ce qui se déroule au dessus de leur tête, dans un ciel pas des plus invitants. D'énormes lézards volants tournoient près du sommet de la Chute Purificatrice. Cailla les rassure d'une voix calme: «Vous marchez maintenant dans le Royaume Éthéré. Ici, Vous êtes tous très en sécurité et invisibles du monde extérieur. Ces dragons dégénérés ne peuvent pas vous voir. Ancrez-vous dans le présent et tous ensembles nous allons traverser la Chute Purificatrice.» Au moment même où le premier pèlerin s’approche du point où la chute d'eau devient une zone de brouillard blanc et argent, une paroi translucide teintée de sept lumières se déploie comme un arc-en-ciel. Ces lames à sept couleurs transpercent chacun des corps, chaque coquille, chaque porteur d’âme. Une douce expression de joie rayonne sur le visage de chacun des compagnons une fois qu'ils sont glorieusement touchés par les Sept Énergies des Filles des Pléiades. Cailla, Osirian et Mirhilia se regardent avec fierté et grande complicité ... édifiée et renforcée vies après vies, comme des hirondelles construisant  leur nid.
Les pèlerins entourent Cailla à l'entrée cachée derrière la chute. Derrière eux, l'épais rideau brumeux joue le rôle d’une porte d'argent scellant l’Utérus Sacré de l'extérieur. Cailla grimpe sur un rocher pour être bien vu et d’une voix retentissante: «Ici, nous sommes à la source de toute renaissance ... Chacun d'entre nous va renaître dans une nouvelle conscience! » À ces mots, une faible pulsion lumineuse bat son rythme du centre même de cette grotte gigantesque. La voûte révèle alors ses proportions inhumaines en un véritable temple aux allures titanesques. Trois énormes piliers naturels sont recouverts de cristaux, mais l'aspect le plus curieusement attirant est ce joyau majestueux, créé il y a des millions d’années par l'union de Cibellia et Galaxos (Chronique I de Filles de la Pléiade). La semence d’amour de Galaxos s’est cristallisée ici. Avec le temps, le cristal est devenu le gardien, le détenteur des mémoires de la création de la Terre et de ses enfants. Cet énorme cristal central est une agglutination d’éclats lumineux reliés ensemble par leurs souvenirs, Lumière et Amour... l'essence même de leur création. De plus près, nous voyons et ressentons les pulsions du cœur de la Terre ... plus nous nous rapprochons de cette pierre levée, de sa Lumière Bénie, notre cœur-même s’harmonise avec ce rythme ... rythme ... rythme ... comme un seul battement de coeur ... ensemble ... synchronisés comme des vagues caressant la rive. L'unicité se fait sentir, la joie est immense, le Divin est Un dans tous ces éclats. L'impulsion lumineuse de la Lumière est magnifique. Toute la beauté et pureté du cristal sont révélées.
La main de Cailla se rapproche de la pierre chantante ... et une après l'autre, d'autres mains se rapprochent et touchent la prime pierre de l'Utérus Sacré. Tous les pèlerins s’approchent de la pierre levée. Tous et toutes, Osirian, Mirhilia, les deux autres fées battent le rythme de leurs ailes, touchent, connectent à la Pierre Lumière Sacrée. Soudainement, les souvenirs de la Terre elle-même fusionnent avec ceux de Cailla; les premiers enfants qui marchent sur la terre immigrant du centre-même de la Terre Mère, les sages Géants de Cristal, les Dragons Chromatiques, les baleines gardiennes des Clés des Abîmes, les dauphins guérisseurs et leurs Sirènes, les pachydermes appelés les gardiens d’Amour, les sept fées sages du ciel du nord appelées plus tard les Filles des Pléiades et tous leurs Esprits de la Nature.
C’est alors que nos trois amis se regardent avec une poussée d’Amour amenant des larmes à leurs yeux, tel des gouttes récoltées à même un océan d’accueil immortel, rayonnants comme trois phares dans la nuit. C’est à ce moment précis que ce pèlerinage prend tout son sens. La surface de la Pierre Lumière se fracture en autant de fragments que d’âmes présentes et chaque éclat se reconnaît dans chacun des cœurs…
Dans chaque regard, nous voyons l'immortalité étincelant du passé et de l'avenir ...
Dans chaque respiration, un miracle s’opère, la vie s'exprime ...
Dans chaque flux sanguin, le fleuve du temps se trace, les événements mémorisés se diffusent, se courbent et se bouclent comme un ruban de Moebius ...
 Dans chaque âme présente, une voie temporelle claire se dessine. L’avenir de la Terre Mère germe dans chacun des Voyageur de Conscience, renoués à la vie. Imitant Cailla, ils se prennent la main en reculant de quelques pas, pour former une ronde qui se déploie autour du centre de l’Utérus Sacré.
A ce moment précis, Cailla sent le sommet de sa tête entraîné dans un remous d’air tiède. Il ouvre les yeux, se demandant si toutes ces images reçues allaient rehausser la nouvelle conscience de ses compagnons. Il tourne alors naturellement son regard calme vers la personne à sa gauche. Le jeune disciple réagit entouré de la même sérénité d’expression et renvoie à Cailla une belle complicité. Il sourit à travers la lumière qui émane de tout son corps et de sa voix profonde habituelle, il dit: «Oh! Vous êtes là, princesse Delfine. Vous vous êtes bien cachée, parmi les vingt élus. Vous êtes plus qu'une héritière du sang royal dissimulée pour survivre aux intrigues de la cour.» Un peu gênée par la justesse des commentaires de son Maître de Conscience, Delfine montre néanmoins une grande fierté et de la grâce puisqu’il n'est plus nécessaire de les déguiser et elle ajoute:« Votre perspicacité m’honore, Maître Cailla. Je dois admettre que je me sens soulagée de lever le voile sur toutes ces années et ces siècles de constante vigilance, évitant les complots, les tentatives d’assassinat… Contrainte à m’enfoncer plus loin et plus profond dans les sombres replis de chaque univers, j’ai développé une seconde nature à survivre. Je devais trouver seule les ressources disponibles mais enfouies dans des recoins obscures de chaque civilisation.»
Comme tous les autres pèlerins se regardent en toute reconnaissance, en écho au même flux de la conscience intemporelle, le cercle des nouveaux êtres éveillés s’harmonise lentement à l’impulsion invisible de la Pierre Chantante de l’Utérus Sacré. En une seule voix, de concert, Cailla, Osirian, Mirhilia et ses deux sœurs ailées entament leur Chant aux Esprits. Cette mélodie est la chanson Primordiale Sacrée, la Voix Divine de la Source transmise aux Esprits de la Nature par la Reine Maïa et les six Filles des Pléiades, il y a de cela des éons. Émergeant de l'essence même de l'immortalité, où toute forme de vie prend  racine, où la première brise de passion fût soufflée par les deux êtres célestes Galaxos et Cybellia, où l'humanité était un Rêve Divin encore en processus de germination.
Tout au long du rythme du Chant Sacré faisant écho, l’immense grotte s’illumine de son centre. La lumière courre, glisse, s’intensifie et donne vie au cœur même de la montagne. Un rayonnement éblouissant dévore de sa lumière toutes les silhouettes présentes. Le degré de luminance atteint un seuil aveuglant où les corps physiques s’unifient avec la radieuse clarté.
En une seule pensée, dans une volonté, dans un élan d'amour, toutes les âmes emballent ensemble le présent de cet instant qui est; LE PRÉSENT DE DONNER LA VIE PAR ET POUR LA VIE. La voix de Cailla fait écho: «Tous et chacun sommes un. Tous et chacun ressentons l’unicité. Nous sommes les mémoires des civilisations, des races et toutes formes de vie du passé, du présent et du futur. Nous sommes un dans un état intemporel. Nous sommes le ciment de notre Amour et Lumière. Nous sommes un moment historique. Par notre travail dans la conscience, nous sommes en mesure de voyager, d’entrer et sortir de chaque réalité, chaque illusion. Notre fréquence nous élève vers nos racines ... vers notre Mère Arbre de Vie.»
Presque trop éclatant pour les yeux, le phénomène prend un nouveau tournant: Tous les vingt âmes deviennent diaphanes et lévitent pendant un certain temps dans le milieu de l'immense lieu sacré et une danse commence. Surplombant la Pierre Chantante centrale, ils s'alignent en une file, comme un ruban. Cette corde d'argent de vingt étincelles évolue sous la forme d'un «8», s’élevant vers le haut de la voûte, le ruban d’âmes est littéralement avalé, en communion et totale reconnaissance. Ici, dans la chair de la roche, les nouveau-nés utilisent cette connexion à la pierre pour démarrer leur nouvelle mission spécifique  comme Voyageurs de Conscience dans tous les royaumes et plans du multivers.
FIN
Épilogue:
La fée laissée à la garde des canots n'est pas surprise de voir Cailla, Osirian, Mirhilia et ses deux autres sœurs ailées, tous rayonnant d’un charisme renouvelé. Elle dit: «Bienvenue à nouveau, mes chéris! Je vois qu'une nouvelle génération de Voyageurs de Conscience a été offerte au multivers.»
Cailla et Osirian, main dans la main, sortent de la paroi épaisse de fougères. Ils touchent leur cœur avec leur main libre et saluent bien bas leur fée gardienne. Cailla ajoute: «Oui, en effet, le multivers a reçu notre présent. C’est toujours notre plus beau cadeau, notre présent!» Cailla ne peut pas résister à sourire à Osirian à la fin de sa phrase. Un beau sourire qui reflète tous ces siècles d’amour réel distancié brille sur le visage de la nymphe. L'atmosphère est béni tout autour de Cailla et Osirian. Mirhilia et ses trois sœurs sentent bien la vague d'amour créé en cet élan d'énergie en mouvement. Avec ce pèlerinage vers l'Utérus Sacré, la nymphe et l'humain accueillent leur réunion sur le fleuve du temps par leur propre dévotion à l'éveil de l'humanité, leur motivation commune.
À suivre…
( d’autres chroniques sont au stade de traduction et seront bientôt éditées)
Rénatus, votre chroniqueur.