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mercredi 27 janvier 2010

chronique du miroir IX

La Roche-aux-fées garde l'entrée du Monde féerique. Ce monument tire ses origines des premiers âges de Gaïa. Réanimées par un souffle magique, des légendes se chantent à travers les pierres magiques. À leur côté, une aberration altère le calme bucolique. Le Miroir du Rôdeur du multivers se matérialise.
De sa surface émergent deux sombres silhouettes représentant une civilisation des ténèbres: un elfe noir, gracieux mais dangereux, puis une autre malédiction de la création, une Arachne. Cette dernière est toute petite mais monstrueuse, avec son corps d'araignée et ses huit pattes. Sa tête fait place à un torse féminin noir fumée d'où se déploient de grandes ailes de démon battant l'air pur et serein de ce havre de paix. Sous le clair de lune, ce spectacle macabre vient arracher le voile féerique de ce site enchanté. L'Arachne déchire le silence d'une voix à l'accent diabolique et grinçant:
- Invoque vite ton sortilège de dépistage, je ne veux pas profaner nos Roches- aux-fées par notre Transfiguration. Disons qu'on ne cadre pas très bien dans ce décor. Je m'y sens plus à l'aise dans mon corps de fée.
- T'en fais pas, petite Yuna, nous serons sur les talons d'Arachnéida en criant; Trans-Pierre-À-Travers-Arachnéida-Nous-Filons!
Soudain, les jambes du Rôdeur s'enfoncent à travers le gravier.
- Soit, mais Invisibles-Soyons-Nous-Aux-Yeux-Des-Méandres-Intérieurs!
Yuna a tout juste le temps d'accrocher ses huit pattes à l'épaule de son ami. Tous deux disparaissent dans un voile d'invisibilité au moment où le torse du Mage s'enlise dans le sol-avaleur. Occultés dans un monde chtonien, deux héros du multivers sauveront-ils tout ce qui vit sur la surface de Gaïa?

vendredi 22 janvier 2010

Les enfants de la Terre I


Les vagues sont tumultueuses et atteignent quasiment de leurs écumes, les ailes de Mörhygan qui déploient son vol malgré les dangers océaniques. C'est la saison des Moissons de Rêves où les dieux et déesses des mondes adjacents, viennent cueillir les fruits des Porteurs de Rêves.
Fée Mörhygan n'a qu'un seul but: Veiller aux rêves de sa protégée humaine de la planète "Terre". Cette Dame-Sorcière, Denizia, sera bientôt convoitée par les porteurs de Magie Noire.
Heureusement, la fée veille à sa porteuse de Magie Blanche. Mörhygan, à grands coups d'ailes puissantes, affronte les vents du large mais ne perd pas de vue l'îlot rocheux dont elle approche de voltiges en vrilles. Mörhygan est une fée puissante, aguerrie des grandes batailles des premiers âges. Déjà les éclairs foudroient l'île isolée dans la vastitude océanique.
Son oeil de fée vient de détecter sa grande soeur Denizia. Mais le spectacle qui l'attend est révoltant. Outrée par cette vision, Mörhygan trouve la force d'accélérer sa vitesse pour constater de l'urgence du moment.
À peine plus grande qu'une chaumière, l'île rocheuse résiste à la force des eaux. Des lames puissantes se fracassent sur les pierres noires. Mais Mörhygan ne perd pas de temps et vole droit vers la belle infortunée. Le spectacle crève le coeur d'injustice. Au sommet du pite rocheux, un énorme pieu dépasse de quatre coudées de la surface lisse de la pierre érodée. Sur le sommet du pieu repose encore l'arme noire: La Hache des Ombres! L'instrument infernal est encore taché de sang séché et quelques plumes bleu demeurent coincées entre le tranchant et le pilier de sacrifice: La Potence des Anges.
Le claquement des chaînes attachées à la base du poteau sacrificiel encourage Mörhygan. En effet, Denizia trouve la force de lever ses deux poignets prisonniers à deux menottes de métal démonique. La grande chevelure châtain de l'ange se perd parmi les restes des ailes démembrées, éclaboussées de sang céleste. Retrouvant espoir à la vue de la fée, l'ange privé de ses ailes, l'humaine devenue enchaînée à la Terre-Mère, Denizia, la sorcière renée, voit en Mörhygan le salut éternel. D'une vitesse surnaturelle bien connue des fées, Mörhygan plonge de plein fouet sur Denizia, maintenant Fille-de-la-Terre. Dans un éclat de lumière, l'impact des deux corps devient lumière de fée... et soudain: Disparition totale de vie sur cet îlot noir, Denizia et Mörhygan se sont volatilisées au-delà du voile onirique. Il ne reste que des carcasses d'ailes angéliques battues par le vent et un amas de roches et sa Potence Maudite. Ne demeure que la violence des eaux du subconscient.
*******
Par un beau matin plein de promesses, dans une petite ville de la Nouvelle Angleterre, une Dame s'éveille dans la couronne aurique de sa chevelure sombre, qui rayonne de son visage comme une lune opale dans son ciel ombrageux. Dès que ses yeux vert aux lueurs fauves s'ouvrent, la mémoire d'une étrange impression de légèreté lui colle encore à la conscience. Enlacée dans ses souvenirs de voler comme un oiseau ou un ange, la Dame de l'aube tente de se rappeler.
Infructueuse dans ses recherches mémorielles, levant sa tête de son nid de cheveux en vagues, la belle se lève et se regarde dans son grand miroir, suivie de la valse harmonieuse de sa "crinière" voluptueuse. Elle aperçoit, sur son épaule, une petite plume bleutée qui repose là, tel un duvet. Des yeux vert fougère s'écarquillent alors et un simple son roucoule de sa gorge blanche:
- Hmmmmm!
PROLOQUE
Sur les rives oniriques, Ditratos, le Mage Blanc et Yuna se posent quelques questions du regard lorsqu'ils voient la fée Mörhygan volant au-dessus de l'océan agité. Yuna brise le silence interrogateur:
- Mörhygan? Tient, tient! Ce ne sont sûrement pas les Moissons de Rêves qui attirent ainsi ma soeur de race. Selon moi, c'est plutôt une porteuse de Magie Blanche qui est en péril.
- Les Moissons seront difficiles cette saison, pour les enfants de la Terre et de Gaïa! L'appel des Ombres et leurs pouvoirs illusoires sont tentants pour les coeurs qui craignent!
Yuna fronce des sourcils en écoutant son ami et finalement hoche de la tête.
- Mon mage adoré qui s'égare encore dans ses commentaires hermétiques... qui m'intriguent pourtant! Après réflexion, tu as raison, mon ami; la Terre et Gaïa vivent un changement majeure et plusieurs porteurs de magie auront à choisir l'ombre ou la lumière, selon la qualité des fruits de la cueillette des dieux et déesses.
Un éclat de lumière bleutée sur l'horizon des eaux alerte alors nos deux Guetteurs.
- Mörhygan a réussi!
En canon, la voix grave du Mage et celle de Yuna s'affirment avec confiance et fierté. Les deux Guetteurs du multivers se regardent alors, pleins d'empathie. Ditratos vole le silence:
- Ça fait chaud au coeur de savoir qu'une autre immortelle tienne le flambeau avec nous! Nous ne serons plus seuls à veiller sur le multivers.
Sur ces mots, des ombres courent sur les deux amis et sur le sable de la rive onirique. Non surpris, Yuna et le Rôdeur lèvent les yeux sur une formation imposante ( une cinquantaine, au moins ) de Démons-Succubes qui volent au-dessus d'eux vers l'horizon océanique. Yuna répond ironiquement:
- En effet!
FIN

mardi 19 janvier 2010

Chronique du miroir VIII


Dans la forteresse de connaissances mystiques qui est la plus grande bibliothèque des arcanes magiques, voici le Temple de Merveilles du Rôdeur du multivers. C'est ici que deux compagnons de l'éternité ont uni leur pouvoir magique pour contrer les plans de destruction d'Arachnéida, la Veuve Noire.

Dans des lits soyeux, la fée Yuna et le Mage Blanc reposent en "transe" elfique. Touchés par la Transfiguration des Arachnes, leur subconscient accueille le savoir d'une civilisation qui sillonne les Méandres Intérieurs depuis des éons.
Ces lits sont, en fait, des toiles arachnéennes géantes qui ont été tissées sans matière gluante. Inoffensives et confortables, elles apportent le repos aux deux guetteurs du multivers. La transe elfique achève son travail sur la conscience nouvelle des deux compagnons. Autour d'eux, d'imperceptibles runes en suspension dans l'air viennent traverser leur corps et cerveau, apportant une dernière touche de Magie Noire à la Transfiguration des Arachnes.
Depuis la lecture du Grimoire des Elfes Noirs et des Créatures des Méandres Intérieurs, les deux amis perçoivent et s'accaparent le Savoir et l'Héritage des Elfes Noirs qui remonte à la genèse de Gaïa. Avec la transfiguration, les jours de gloire d'Arachnéida sont comptés. Jamais la magie n'aura changé le cours de l'histoire comme maintenant. Jamais des âmes n'ont survécu à la Transfiguration des Arachnes. Plusieurs infortunés errent encore comme des entités perdues sous la reliure de ce Grimoire des Damnés.
L'éveil des sens du Rôdeur allongé sur la toile d'araignée est un moment intense. Sans même ouvrir l'oeil, l'elfe noir qu'il est maintenant, sait que sa compagne Yuna est là, accrochée à sa propre toile.
- Oui, Oui, c'est moi, ta belle Yuna, ton Arachne préférée et vénérée!
La pensée de Yuna "pense" dans la tête du Rôdeur.
- La télépathie, vive comme la lumière, s'opère entre nos cerveaux! Pense-t-il alors.
- Eh oui! Ma belle intimité est bafouée mais nos intuitions seront décuplées. Ajoute sa douce.
Dans une même action, ils ouvrent les yeux sur l'autre et sourient. Avant de parler, tous les deux sont nettement surpris du choix de langues qui s'offrent à leur esprit. Des dizaines de dialectes se révèlent ainsi à leurs mémoires. Ce sont des langues parlées par des races dont les individus n'ont jamais marché sur la surface de Gaïa. Ensemble, Yuna et le Mage hochent la tête. Cherchant ses mots pour quelques instants, le Rôdeur s'exprime le premier.
- Il nous faudra encore quelques heures pour apprivoiser tant de savoir!
Puis il lève la tête et observe son Temple de Merveilles. Tissées ici et là, d'énormes toiles étirent leurs formes étranges jusqu'au dessus de la sphère de lumière, disparaissant dans les ténèbres chapeautant ce puits de connaissances.
Une pensée espiègle chante à l'esprit de l'elfe noir un peu troublé par cette touche de décoration déraisonnable.
- Bah! Je n'arrivais pas à dormir après ce festin d'hier. Alors, j'ai tissé un peu. Ça m'a relaxé beaucoup et ma digestion s'est bien déroulée au fil des toiles. C'est curieux!
Yuna ( voir la transfiguration de Yuna, illustrée dans la chronique du miroir VII ) se dépose sur l'épaule de l'elfe noir en deux ou trois battements d'ailes sombres et griffues. De sa voix de fée, Yuna chuchote à son ami:
- Tu sais, le fonctionnement de mon système digestif est très...
Un simple geste de protestation de la main du Rôdeur suffit à couper la parole de son amie.
- Ça va, ça va! Je le sais, ma chère.
- Bien sûr, dit-elle, avec cette télépathie, la beauté du verbe fout le camp.
Ainsi, malgré la légèreté d'esprit de Yuna, nos porteurs de magie s'activent à un plan d'attaque chez les elfes noirs. Quelques phrases en dialectes des entrailles de Gaïa sont lancées pour se familiariser à ce bagage implanté en eux... pour confronter une ennemie de taille: La Veuve Noire, Reine incontestée des elfes noirs. Après quelques heures, ils sont prêts. L'Arachne et son mâle-serviteur s'arrêtent un instant devant le Miroir, le temps d'une réflexion.
- Réflexion faite, nous descendrons chez les elfes noirs, mais je ne risquerai pas d'y laisser le Miroir sous le nez de La Veuve Noire. Nous partirons de la Roche-aux-fées. De là-bas, nous suivrons notre proie à la trace.
Le Rôdeur lève l'éprouvette de l'échantillon de sol prélevé au pied de la Roche-aux-fées. La poitrine de Yuna se gonfle avec fierté.
- J'ai hâte de voir son visage sombre se soumettre à l'autorité que je suis, surtout lorsqu'elle verra toute son armée d'elfes noirs disparaître sous ses yeux.
Yuna balaie l'air de ses petits bras d'ébène pour peser ses mots. Il faut dire qu'une Arachne aussi confiante de savourer la victoire est très convaincante avec un corps physique si monstrueux mais tellement majestueux. Pendant ce temps, le Mage invoque les arcanes pour ouvrir le portail du Miroir. Sa surface réfléchit les images noirs fumée des deux amis méconnaissables dans leur transfiguration. Des vaguelettes apparaissent sur la surface du Miroir et trois coups d'ailes transportent La Vénérée Arachne. Son mâle-serviteur emboîte gracieusement le pas de l'autre côté du Miroir, où la Roche-aux-fées les attend.

lundi 11 janvier 2010

Chronique du Miroir VII



Le grand mage et sa compagne d'aventure Yuna, la fée rebelle, sont tous deux intensément absorbés sur le tome ouvert des Elfes Noirs et des créatures des Méandres Intérieurs. Ce volume au noir contenu dévoile un savoir mystique rassemblé par des auteurs anonymes ou disparus. La plupart de ces derniers ont perdu leur âme dans un réseau serré de pièges innommables et démoniaques: Le Codex Interdit.







Ce grimoire est des plus convoités par la communauté des porteurs de magie. Plusieurs fanatiques de la foi divine sont devenus assassins pour faire main basse sur cette oeuvre des démons. D'autres sorciers et prêtresses des plans inférieurs ont survécu à des complots et intrigues pour se voir devant ce manuscrit. Certains ont même réussi à coucher en ces pages leurs secrets hermétiques. Mais ils l'ont payé de leur âme vampirisée par l'essence du néant: Les Annales Démoniques.












Avec le temps, cet ouvrage s'est construit son propre aura magique: Un champs d'énergies de multiples sources, un univers en soi criblé de portails vers d'autres mondes, d'autres réalitées, d'autre lois fondamentales, d'autres pouvoirs secrets détenus par des créatures sans noms.






Les yeux du Rôdeur-Mage s'affairent frénétiquement de gauche à droite, de bas en haut, dans toutes les directions et s'ajustent à différentes profondeurs de champs puisque les runes et symboles se déploient et s'élèvent au-dehors de la reliure magique. L'oeil non exercé s'égare au-dessus, sur, et au-delà de la surface du livre des damnés dont le contenu sans fin, rend fou.




Heureusement, Yuna veille sur le seuil du portail des âmes perdues. Maintenant debout sur l'épaule de son ami, elle lui chuchote dans une langue ancienne des contre-sorts puissants tirés de son héritage féerique. Ses bras gracieux reposent sur l'oreille du mage. Ses yeux minuscules ne manquent rien du spectacle des runes dansantes dans une bacchanale diabolique.




Dans "le Temple de Merveilles" où se déroule ces études fantastiques, un calme serein contraste à la frénésie du moment. Lentement, une fusion singulière se dessine dans une altération de l'infrastructure-même de la matière composant Yuna, le Rôdeur et le Manuscrit du Savoir Interdit. Les runes et symboles voltigent dans une ellipse complexe. Un tournoiement vertigineux de signes magiques lumineux traversent et transpercent l'enveloppe charnelle de nos porteurs de magie.



Le Grimoire Maudit est grand ouvert. Deux mains reposent sur la bordure des pages. Sur ces deux mains longues aux doigts agiles, l'oeil du maître s'agrandit. La merveilleuse mais aussi la terrible transfiguration prend forme. Le blanc de son oeil devient ténèbres. Sa vision devient très sensible à la lumière des chandelles. Ses deux mains se transforment. C'est cet instant que l'homme et la fée pressentaient: La Transfiguration des Arachnes.


Ces mains familières de couleur chair sont sillonnées de veines et capillaires d'un noir d'encre de pulpe. La peau tourne au gris, puis au noir. Des ongles d'ébène couronnent des doigts soudainement touchés par la magie noire elfique. Le Rôdeur est devenu un Elfe Noir des Méandres Intérieurs.


Au même moment qu'une pression en huit différents points se ressent sur son épaule, le "Mage Noir" entend un chuchotement familier à son oreille:


- Par toutes les Arachnes de la toile sacrée des Profondeurs, nous voilà bien mignons, tous les deux. Prêt à explorer l'impossible?


Le Rôdeur se tourne la tête et lève un sourcil mince elfique à la vue de sa compagne.


- Tu es fascinante, chère Yuna! Comment fais-tu pour être si séduisante dans ta nouvelle... Euh!... Apparence?
En effet, ce qui reste de Yuna, c'est peut-être son regard espiègle mais sans malice, son allure de fée définie par une taille fine, mais la suite... c'est monstrueux! Ses attributs féeriques reposent sur un corps d'araignée noir zébré de rayures rouges grenat sur un abdomen crochu. À son extrémité, un aiguillon reluie d'une matière aqueuse et gluante qui rappelle un peu la texture d'une toile d'araignée fraîchement tissée. Ses huit pattes poilues s'accrochent à l'épaule de son ami. Les deux pattes de devant s'articulent près de grandes mandibules toujours en mouvement de va et vient. Ce geste quasi hypnotique révèle la terreur d'un trou sombre couronné de petites dents pointues. C'est la gueule de l'Arachne certainement avide de chaire fraîche. Un battement d'ailes de gargouille ramène l'attention à la pose indignée de Yuna, les deux poings à ses hanches, les yeux fixés sur le noir des yeux du Rôdeur.
- Ton sourire en coin est trop visible sans ta moustache. Lève vite tes yeux encrés vers les miens! Ce n'est pas poli de déshabiller les dames du regard. C'est gênant tu sais!
Le ton autoritaire de Yuna l'Arachne, s'adoucie:
- L'elfe noir te va bien aussi. Ta peau est lustrée, imberbe et noire comme la mienne. Mais n'oublie pas! Tu t'adresse maintenant à une Arachne choisie par la Déesse des elfes noirs.
Yuna aussi affiche un sourire sur son visage noir fumée.
- Je sais maintenant que j'ai l'autorité de te traiter comme un mâle-serviteur!
Les deux amis confrontent leurs sourires en duel pour quelques instants, puis éclatent de rire.
- C'est fascinant de se voir ainsi, dans des corps qui représentent ce qu'il y a de plus dangereux pour les civilisations de la surface de Gaïa: Une Arachne et son mâle-serviteur tout aussi redouté, un Elfe Noir.
Tout en peignant ses cheveux avec une de ses pattes avant, Yuna demande à la réflexion de son ami d'une voix gamine et hautaine:
- Crois-tu que je sois présentable pour une petite balade à la place publique du village?
Le Rôdeur renchérit, théâtralement:
- Certainement, Vénérable Arachne! La place se videra de toute âme tenant à leur corps. Le seigneur des lieux se suicidera sur le champ à la vision qu'il aura de lui-même, paralysé par ton venin et vampirisé de son âme. C'est très prometteur pour sa réputation posthume d'être dévoré encore tout tiède, petit à petit, par une Arachne immortelle.
-Tiens! ajoute Yuna. Tu me donne faim! J'ai l'estomac dans l'aiguillon, moi!
Le bruit des deux mandibules se frottant une sur l'autre apporte un regard en coin au Rôdeur. Il se serre les dents en inspirant.
- Euh! Ne me regardez pas comme ça, Dame Arachne, je ne suis pas au menu, je crois.
Yuna secoue un non de la tête avec grâce, tout en battant l'air de ses sombres ailes.
- Non, mais une grande chasse aux sorcières nous attend de l'autre côté du miroir et ça me donne un creux.
Une fois le Grimoire sécurisé dans son rayon, des rires, des moqueries et des chansons grivoises font écho pendant des heures festives arrosées de breuvages exotiques. C'est un menu arachnoïde qui est cuisiné par Magie Noire à la veille de la grande chasse à la Veuve Noire Arachnéida, à travers les tunnels sombres des Méandres Intérieurs.
Puis le silence vient reprendre sa place dans le "Temple de Merveilles". La grande salle et ses mystères s'endorment de nouveau sous la lumière magique de la sphère en suspension dans l'espace-temps. Nos deux amis glissent dans un sommeil elfique; un état de veille qui leur apportera la parfaite maîtrise de leur nouveau corps.







vendredi 8 janvier 2010

Chronique du Miroir VI


Le silence entoure l'éclat faible d'une sphère lumineuse se berçant dans le vide. Maintenue ainsi depuis des siècles, la boule touche touche à peine de sa lumière les parois de l'immense chambre entourée de tablettes et rayons, d'alcôves et de cartes géographiques étendues sur les murs de bois et de pierres noires. Lévitant ainsi dans l'air tiède, la sphère magique attend le retour de son Maître-Mage: Le Rôdeur du multivers. Le plafond se perd dans les ténèbres où convergent des poutres de métal et de bois où se dessinent des symboles gothiques et sans âge. Les murs sont ceinturés de mezzanines étagées. Des escaliers en spirale relient les étages jalonnées de rayons pleins de manuscrits, de parchemins roulés, de lutrins vides ou occupés par des grimoires inconnus... d'un simple mortel. Ici, tout semble immortel, gelé dans le temps.


Aucune ouverture, aucune fenêtre, aucun indice s'il fait nuit ou jour à l'extérieur de ces murs criblés de secrets. Aucune porte ne s'ouvre sur des ailleurs à découvrir. Un espace clos, sur un grand plancher de bois d'albâtre sur lequel se succède une série de tables de toutes tailles. Des tas de fioles, de livres et parchemins s'y retrouvent pêle-mêle. Des instruments inconnus, des compas complexes, des statuettes de créatures angéliques et diaboliques sont étalés sur toutes les tables. C'est un antre de connaissance, un repaire du savoir.

-Notre Temple de Merveilles!

S'écrit une voix grave. L'immortel maître des arcanes, les bras tendus en croix devant ce savoir rangé en ces murs, exprime un sourire de satisfaction. De son pendentif une lumière jaillit et forme une jolie spirale étincelante qui demeure visible devant ses yeux le temps d'un soupir. le temps que la lumière devienne fée. Le temps que des ailes d'arc-en-ciel battent l'air et que Yuna, la fée rebelle, soit visible à nouveau. D'une beauté féerique sans âge, la minuscule compagne du magicien voltige un moment dans l'atmosphère de ces lieux imprégnés de mystères.
En effet, le contenu de cette salle est l'envie des magiciens du multivers. Mais nul être vivant sait où se trouve cette cathédrale de connaissances mystiques. Ici, repose côte-à-côte le Savoir Divin, le Démonomicon, les grimoires de la Magie Blanche et Noire, la Nécrologie et la Quintessence Draconique. L'épine du Codex du Sorcier Fou est supportée par celle de l'étude des Elfes Noirs et des créatures peuplant les Méandres Intérieurs.
Une longue main caresse avec respect la reliure de ce compendium unique. Les doigts se referment sur le cuir couleur grenat. Tiré de son immobile éternité, ce livre détient les secrets d'une civilisation des ténèbres. Il est potentiellement dangereux dans des mains innocentes. Mais entre celles du Mage Blanc, il devient une arme infaillible dans le duel qui s'annonce entre trois immortels: Yuna, le Rôdeur et Arachnéida. Sur la couverture, le cuir est embossé de runes mystiques qui ressemblent à des araignées. Lentement des mains familières amènent le volume au-dessus de la passerelle ceinturant la salle.
Loin, tout en bas près des tables d'étude, une petite fée butine d'un coin à l'autre de la salle et soudain le livre et le mage plongent dans le vide. Pieds devant, le Rôdeur amorce sa descente en parfaite lévitation. Sa robe ample se déploie et se replie au gré du courant d'air créé par la plongée vertigineuse. Agilement, touché par la grâce rassurante des arcanes magiques, le rôdeur plane vers son amie-fée.
Yuna lève alors les yeux vers son compagnon d'éternité qui se dirige vers la table centrale. Tournoyant autour de l'homme léger comme le vent, Yuna pose ses poings fermement sur ses hanches, affichant une certaine curiosité propre aux fées.
-Parfois, je me demande à quoi servent ces escaliers en spirale si tu es là à léviter. C'est agaçant, tu sais, ce non-sens architectural.
-Bof! C'était l'époque où j'étais un peu limité... disons... terre-à-terre!
Dit le mage en se posant près de Yuna, qui s'était déjà assise sur le rebord de la table.
Un bruit sourd accompagne le souffle d'air émis par le grimoire touchant la surface de la table. Aussitôt, Yuna s'envole vers l'épaule de son ami.
-Bon! Dit-il en claquant des doigts.
Les chandeliers glissent sur la table et s'approchent. Une flamme apparaît sur chaque chandelle pour former un demi-cercle de lumière autour des deux compagnons. Ils se penchent la tête au-dessus des secrets des Elfes Noirs.
C'est une lecture très dangereuse qui s'amorce ici. Plusieurs y ont laissé leur âme. Mais Yuna et le Mage Blanc sont des pèlerins sur le chemin de l'éternité. La magie est la fibre-même de leur enveloppe charnelle. Leur esprit est altéré par cette touche magique qui circule aussi sous la reliure de ce Codex des Méandres Intérieurs. Ainsi, le flot mystique coule et monte comme sève dans l'arbre des arcanes. Ce dernier allonge ses racines tentaculaires jusqu'au coeur de Gaïa, au pays mystérieux des Elfes Noirs.

jeudi 7 janvier 2010

Chronique du Miroir V


Dans la grande salle du magicien aux cent noms, mille et un objets exotiques, fioles bizarres et de multiples parchemins encadrent l'homme-légende. Sur son épaule, sa minuscule compagne est assise.



Yuna, la fée rebelle, repose son dos sur le coude son ami. Les deux guetteurs du multivers relaxent un peu. Le miroir magique reflète leurs images. Le Rôdeur tourne son regard vers la belle fée



-Parfois, je me demande ce qui te retient ainsi à mes côtés: un vieux mystique et une princesse divinement belle!



-Voyons, cher ami!



La petite Yuna se glisse avec grâce sur l'avant-bras du sage.



-On ne m'appelle pas rebelle pour rien, après tout. Tes voyages fantastiques m'apportent les défis dont j'ai besoin pour oublier les intrigues politiques de la cour des fées. De plus, je commence à aimer ces coups de théâtre qui nous attendent souvent de l'autre côté du miroir.



La longue main glisse des doigts effilés sous les pieds nus de Yuna. Les deux amis s'amusent à faire danser leurs doigts et leurs pieds en une mini chorégraphie.


-Oui, en effet, ce miroir nous apportera encore bien des surprises. Mais je pressens des moments plus intenses. Il faudra être vigilants, toi et moi. Nous allons faire un saut du côté de la Roche-aux-fées. Je crois que les Pierres ont des choses à nous apprendre. Mais j'ai une désagréable impression d'être épié. Qu'en penses-tu, petite merveille!


En un petit moment, Yuna déploie ses ailes diaphanes, s'élevant doucement. Elle s'immobilise à une main de distance du nez de son ami. Sa moustache grise frémit sous le battement des ailes d'arc-en-ciel. Deux mains délicates se posent sur le bout de son nez. Un fin baiser y est déposé en douceur comme goutte de rosée. Les yeux mouillés, un sourire en coin, d'une voix basse, le mage lui chuchote:


-Ça, c'est le plus gros oui jamais entendu par un homme privilégié de t'avoir comme amie!


Avec modestie et toute silencieuse, la poupée ailée se transforme en jet de lumière. Elle s'infiltre dans le pendentif suspendu au cou du maître des arcanes. Le Rôdeur se ferme les yeux, la main sur la petite cage de bois. Roulant la cage entre ses doigts, il ouvre les yeux sur la lumière féerique au bout de la chaînette. De sa voix grave, une pensée glisse de ses lèvres.


-Ta présence est précieuse à notre immortalité.


Puis les paroles sacrées sont lancées dans le reflet du miroir. Ainsi l'union magique s'opère: Une altération dans les fréquences-même des auras de nos amis s'active pour que leurs pulsions s'harmonisent au miroir magique. La surface de ce dernier ondule au rythme des incantations secrètes et le passage devient possible. En l'espace d'un simple pas, le magicien se tient debout devant le monument le plus ancien que l'humanité n'ait connu: La Roche-aux-fées.


Le soleil levant vient toucher de ses rayons de miel la surface des "Roches qui chantent les légendes". Yuna est assise sur le dos de la main du mage et tous deux touchent la Pierre.


Le lien télépathique est instantané mais les deux visages se voilent d'inquiétude muette. Le chant des Pierres révèle un contenu des plus redoutables: L'incarnation de la destruction respire à nouveau dans un corps qui a posé ses pas sur la surface de Gaïa. Ce corps d'ébène vampirise l'essence vitale de toute créature qui s'accrocherait à sa toile. Ici-même, sous les pieds du magicien, l'abomination tisse sa vengeance à travers la séduction perfide, la déception fatale et des intrigues inimaginables. Survivre à son toucher, c'est aussi servir ses noirs desseins. La Veuve Noire est son surnom et son vrai nom n'est prononcé que par ceux qui la défient.


Yuna et le magicien se regardent en silence. Ils chuchotent en simultanée:


-Arachnéida! La Reine des elfes noirs!


Comme un vent qui tourne, les deux amis réagissent rapidement. Ils savent que l'ennemie de l'humanité et de tout ce qui vit sur Gaïa s'est mise à chasser et que le gibier, ce sont eux.


-Ma chère Yuna, nous allons nous amuser maintenant!


-Nous allons chasser la chasseresse, c'est ça?


-Oui!


En quelques instants, le mage récite un sortilège et les bras en direction du sol, les paumes tournées vers le bas. Aussitôt, le sol se colore d'une incandescence verte et des traces apparaissent.


-Il y a trois lunes, Arachnéida était ici!


La voix grave, les sourcils baissés, le regard du sage se lève sur la Roche-aux-fées. Une empreinte de main verte tatoue la surface de la Pierre qui chante. Yuna s'indigne.


-Maudite sorcière, elle a profané notre Pierre Sacrée et cette damnation sait tout sur nous maintenant. Il faudra agir vite!


Mais la petite fée sait qu'après trois lune, la vitesse d'action est très relative. Elle survole rapidement la Roche-aux-fées et revient vite s'immobiliser dans l'air près de l'oreille de son ami.


-La Veuve Noire ne viendra plus profaner nos Pierres. Je lui ai laissé une note de bienvenue qui brûlera sa curiosité à jamais.


Accroupi sur les traces-même de son ennemie, un échantillon du sol dans une éprouvette, le Rôdeur du multivers lève les yeux sur sa porteuse de magie ailée.


-Je suis bien content de t'avoir à mes côtés. Une fée rebelle, ça brûle les doigts.

L'homme se dresse debout, regardant le miroir réapparaître. À voix basse, aux oreilles pointues de son amie, il chuchote:

-Que dirais-tu d'un voyage d'étude sur les Elfes Noirs?

Un petit sourire, un acquiescement de la tête et la petite créature magique disparaît en lumière dans sa cage de bois. D'un pas déterminé, le Rôdeur s'engouffre de l'autre côté du miroir.









Chronique du Miroir IV


La lune caresse de sa lumière la surface de la fameuse Roche-aux-fées. C'est la célèbre formation de pierres magiques qui chantent les légendes des mondes. Une main gracieuse mais noire comme l'abîme est posée sur la roche, s'abreuvant de légende.

-Yuna, la fée rebelle, devient une lumière et une force dans le creux de la main du Mage Blanc. Leur rencontre est le pouvoir secret de deux êtres touchés par l'éternité et ce, à travers les ponts du multivers.

Soudain, le lien télépathique se coupe comme foudre sur l'arbre. La figure vêtue d'une grande tunique noire saute à reculons avec une grâce féline. Le clair de lune dévoile une partie de son visage noir d'ébène faisant face à la Roche-aux-fées. Ce visage révèle à la fois une beauté divine mais aussi, troublante et démoniaque. La colère vient vite rider les muscles faciaux de l'elfe noire. Le regard glacial baigné de haine anéantit l'infime présence de grâce pour faire place à une furie sauvage qui peut pétrifier d'épouvante toute âme sensible.

Mais là s'évanouit toute ressemblance humaine. Une puissance colérique assaille ce corps de déesse qui se rétracte en une grossière silhouette aux allures cauchemardesques. Un faible grincement s'échappe alors entre ces dents blanches. La créature noire vocifère dans une langue ancienne:

-Je savais que la Roche-aux-fées détenait des secrets.

La figure noire se tourne la tête vers la formation de Dolmens et lève ses yeux de charbon lentement avec fierté.

-Je n'aurai pas franchis la croûte séparant mon monde de cette lune pour rien. Maintenant, je sais comment ces deux vermines se cachent. Ils vagabondent dans l'espoir de fuir leurs destins.

Dans un geste lent mais tremblant de colère retenue, la silhouette macabre lève le bras et ferme le poing sur le disque lunaire.

-Allez, courrez de monde en monde, le multivers n'est pas assez grand pour vous soustraire de moi. La Veuve Noire guette maintenant. La chasse est lancée.

Un sourire vient fendre ce visage sombre.

-C'est moi, Arachnéida, qui entre dans la légende. Je suis l'araignée qui tisse une autre destinée, celle de la reine elfe noire qui écrasera deux petits grains de lumière pour que la grande toile recouvre le multivers. Je savoure déjà la victoire des ténèbres. À bientôt, petites pestes!

Soudainement, l'elfe noire semble s'enfoncer dans le sol. Lentement, son corps entier descend sans bouger et disparaît sous le gravier, sous la croûte terrestre qui sépare les elfes noirs de la lumière lunaire qui caresse le sol de Gaïa.

mercredi 6 janvier 2010

Chronique du Miroir III


L'atmosphère était plus fébrile que d'autres nuits d'études dans la salle du Mage Blanc. En cette nuit se déroulerait le grand alignement des astres: Un court moment dans l'éternité de l'univers, mais un évènement historique dans les arcanes mystiques. C'est sous ce même alignement qu'est apparu l'ancêtre de l'homme dans cet univers. Mais cette nuit, cette race s'exposait à voir naître une horrible créature des ombres. Les ténèbres enfanteraient d'une héritière puissante et sans merci. Cette dernière risquait de transformer chaque jour en un cauchemar pour l'humanité. Heureusement, le Mage Blanc veillait depuis des décennies à ce moment et à cette fissure cosmique qui ébranlerait les structures mêmes de la matière connue. C'est avec hâte que le magicien sans âge s'affairait à préparer une dernière touche alchimique pour anéantir le grand schème contre le multivers.


Les yeux fixés sur ces signes et symboles hermétiques jaillissant de sa plume, le sage chuchota sous des lèvres serrées, des dialectes anciens que seules les "Roches-aux-fées" connaissent. Il savait que les éons sont éternels dans toutes les fibres composant la vie et que c'était à ces niveaux, invisibles à l'oeil, que l'altération risquait de déséquilibrer l'essence de l'humanité.


Ces fissions sidérales s'étaient déjà manifestées dans un passé lointain lors de la venue des elfes sur la surface de Gaïa. Ainsi, à la croisé des éons négatifs, l'Elfe Noir s'était engouffré dans les entrailles de la Terre-Nourrice (Gaïa) pour en altérer à jamais les ramifications souterraines. Ce fût alors la domination de la reine Arachnéida, l'immortelle "Veuve Noire" qui, encore aujourd'hui, vampirise les forces célestes à ses desseins de pouvoir absolu sur les univers connus. Elle tisse sa toile pour happer chaque faiblesse humaine afin d'en tirer tout ce qui lui assurera la victoire ultime sur l'humanité.


Sous une chevelure cendrée, les rides du front du sage magicien se creusèrent. Des perles de sueur couraient le long de ses tempes. Les fibres de son corps se recomposaient au rythme des syllabes séculaires s'échappant de sa voix grave. Ce rituel altérait ses pouvoirs et décuplait ses sens à un niveau quasi divin. Bientôt, le maître-mage repasserait de l'autre côté du miroir.

Chronique du Miroir II


En contrebas, se profilait une horde d'humanoïdes qui tremblait dans un vacarme de cris et de claquements d'armes mortelles et de boucliers aux effigies des plus cruelles et innommables. La foule s'approchait, soulevant un nuage vert éclairé par les torches des belligérants. Les étendards démontraient un regroupement de trente à quarante tribus. À leurs mains, se dressaient des pieux décorés de peaux de bêtes et d'humains aux têtes déformées par l'ébullition des victimes des dernières batailles ou des quelques malheureux espions envoyés en mission il y a trois nuits. Mais au centre de ces barbares... Une poignée de paladins attendait. Ces valeureux martyres savaient qu'ils allaient écrire l'histoire de leur propre sang.

Le magicien observait du haut de sa tour... Il voyait bien que les pions du grand jeu du destin étaient en place. Il leva les yeux au-dessus du nuage verdâtre... Son regard fût altéré par les larmes sillonnant à travers la poussière sulfureuse couvrant son visage... Et là une vision se manifesta dans l'encre de la nuit. Des craquements foudroyants criblèrent le ciel. Des créatures ailées et parées d'or et d'argent en sortirent et s'abattirent sur le cercle d'attaquants. Quinze à vingt de ces créatures ouvraient leurs ailes immenses dans un seul souffle de feu et de lumières orangées. La vague infernale avala la foule de guerriers. La chaleur de l'impact surnaturel se ressentit sur le visage ébloui du magicien de blanc vêtu. Une centaine de survivants du site crématoire se jeta en panique sur des épées et des lances, déployées en couronne, pour recevoir l'assaut de ces bêtes des ténèbres. Dans le ciel, se déroulait une glorieuse chorégraphie d'ailes énormes et d'étincellements d'écailles de dragons dorés rougeoyants aux reflets de la mortelle mer incendiaire. On y entendit quelques lamentables cris étouffés par des doigts de feu.

Le regard apaisé, le magicien porta sa main à sa poitrine, à une chaînette portant une minuscule cage de bois. Il la roula entre ses doigts... L'oeil rassuré, la voix du mage blanc chuchota:

-Merci, douce fée, tu as bien livré ton message de détresse à tes gigantesques compagnons, gardiens des mondes féeriques... C'est toi, Yuna, qui changera le cours de l'histoire. Il sera dit, un jour, qu'un univers surnaturel et parallèle sauva la foi des paladins avec force pour que la magie ne quitte jamais le coeur de l'humanité.

Le magicien se retourna alors vers son miroir et s'y engouffra pour une autre dimension inconnue. Quelques ondes concentriques coururent sur la surface miroitante pour une seconde ou deux puis, la solide et lisse texture redevint... miroir.

Chronique du Miroir I

Le magicien était entouré de ses parchemins, fioles et liquides, de tous ces signes et symboles, inscrits ici et là, sur des bouts de papier. À ses côtés, se dressait un miroir. Il s'y retourna, s'y regarda et soudainement, il en vit la surface se brouiller et devenir liquide... C'est sans hésitation qu'il s'y jeta.
Ce fût une descente au bord du chaos. Il se retrouva dans un endroit baigné de ténèbres où les bruits de grincements et de cris de souffrance étaient paralysants. De ce côté, existait un monde où la panique était au rendez-vous. Subjugué par des présences invisibles et maléfiques, des ombres imprécises se resserraient sur lui et sa puissance de magicien s'évanouit. Que deviendra-t-il ainsi drainé de son puissant pouvoir?
C'est alors qu'il ressentit, sous sa robe, une chaleur de réconfort dans sa poitrine. C'était la chaînette et son pendentif "Roche-aux-fées" qui s'était activé d'énergies protectrices d'une force rarement égalée. Il savait ainsi, qu'il pourrait entamer l'exploration de ce Nouveau Monde sans craindre l'anéantissement. Carnet de notes en main, c'est sous la protection d'une fée que la découverte de l'inconnu se poursuivrait.

Notes du chroniqueur du multivers, Renatus.

La fée rebelle Yuna et le Mage Blanc, appelé aussi le Rôdeur-Mage, font des découvertes d'un plan à l'autre, propulsés dans des régions aussi fantastiques que mystérieuses. Ils connaissent les grands exploits qui ont changé ces univers co-existants: celui des vivants, des dieux ou des morts. Un héritage de connaissance mystique et hermétique vient appuyer l'immortalité de nos héros.
Une fée rebelle, Yuna et un mage, Ditratos, parcourent le multivers, grâce à l'artefact le plus inusité qui soit: Le Miroir. L'origine de cet item magique unique est le produit des rêves des dieux primordiaux. C'est pourquoi Yuna et le Rôdeur, aux passés imprécis, se jouent de l'étreinte du temps. Leurs vies sont voilées de mystères, entrecoupées de départs et de retours erratiques. Ainsi,certaines chroniques du miroir sont soit courtes, longues ou à suivre, selon le degré de difficulté d'en observer les acteurs sur les rives oniriques du multivers.

mardi 5 janvier 2010