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lundi 6 janvier 2014

Chronique IX des Filles des Pléiades

Le soleil vient tout juste de se lever à l’horizon. Le ciel se transforme et s’habille de ses couleurs diurnes. Les premiers rayons de soleil effleurent les cimes des grands conifères du Royaume des Ifs. Déjà, plusieurs créatures ailées sillonnent entre les nappes de brouillard et les montagnes verdoyantes. Un couple d’aigles tournoient au-dessus d’une clairière tandis que d’autres oiseaux leurs laisse l’espace. Tout autour, les Ifs se laissent caressés par ces brumes matinales qui glissent et se faufilent en s’estompant dans les faisceaux lumineux des rayons solaires.

Vallons et montagnes se succèdent vers les quatre horizons où les majestueux gardiens planent lentement, ailes déployées. Malgré la distance qui nous en sépare, leur aura légendaire nous touche. Ces êtres tiennent la garde nuit et jour sur le Royaume des Ifs. Les brumes se dispersent en filaments et la clarté du jour nous dévoile des reflets ambrés sur les corps gigantesques des Dragons Dorés, Gardiens des Portails de la Forêt des Ifs.
Du coté ouest, une colline rocheuse surplombe la forêt et trois silhouettes y grimpent. Ils atteignent le sommet rapidement. Elles s’approchent une de l’autre et crient ensemble :
La Montagne Nébuleuse!
Les trois regards fixent l’horizon occidental. L’homme parle alors d’une voix plus posée :
Nous y serons bientôt, ma chère Tiera.
Sa compagne serre son amoureux de ses bras gracieux et félins et ajoute :
Cette nuit, je sentais déjà la présence de la Montagne Sacrée, Cailla. Même fiston était tout excité dans son sommeil. Il s’y voyait sûrement la survoler!
La belle Tiera jette un regard sur leur fils qui fait vibrer ses ailes tout en s’assoyant face à l’immense mais encore lointain pilier naturel qui semble soutenir la voute céleste. Malgré son tout jeune âge, une crinière hirsute s’illumine de soleil détourant le faciès félin et la stature fière du Sphinx qu’il est.
Pendant ce temps, à une journée de marche de là. Une voix haletante d’excitation a du mal à chuchoter de peur d’être entendue :
Je vous jure, je l’ai vu comme vous êtes là devant moi, dame voyageuse. J’ai vu ces crocs, cette tête bestiale, cette longue fourrure couronnant des yeux profonds comme des cristaux de sorciers…
Le marchand s’arrête de parler et regarde à droite et à gauche, tout en prenant le bras d’Osirian (voir la Chronique III des Filles des Pléiades), l’invitant ainsi à reculer en dehors du chemin, à l’ombre d’un arbre. Levant ses épaules et cachant ses lèvres de son autre main,  le brave homme continue avec une extrême prudence :
Et c’est là que la créature s’est faufilée parmi les branches qui nous séparaient, et que sa véritable nature était dévoilée! Des ailes immenses se déployèrent. Je l’ai perdu de vue un court moment, mais un craquement me fît lever les yeux et je l’ai vu, je vous dis! Comme un lion ailé, il passa au-dessus des cimes des arbres et vola vers l’ouest! Soyez prudente, chère dame, car cette créature se dirige dans la même direction que vous, vers la Montagne Nébuleuse!
Osirian dépose sa main droite sur celle du marchand, encore toute crispée sur le rebord de sa cape de voyage. Elle lui répond de sa voix posée, douce et rassurante :
Votre témoignage m’éclaire grandement et n’ayez crainte, je serai vigilante. Tenez! Ces quelques pièces d’or devraient alléger vos souvenirs. Je dois me remettre en route, maintenant. Merci aussi pour les herbes et élixirs, j’en ferai bon usage!
Le visage du marchand se détend alors et rayonne d’une nouvelle vie. Le menton levé, le regard brillant, il se flatte le ventre bien rond et salut respectueusement la dame voyageuse.
D’un bon, Osirian reprend la route terreuse et marche à nouveau de ce pas plein de puissance et de grâce à la fois. Tournant la tête, elle regarde le soleil derrière qui continue son levé matinal. Tout en marchant, Osirian relève son capuchon sur sa tête et sens le chatouillement familier de Mirhilia (voir la Chronique III des Filles des Pléiades), qui réapparaît sur sa nuque. Le fée s’approche de son oreille et lui dit :
C’est fou comme tu as une fois de plus transformé la vie d’un autre être humain. À ce rythme-là, le voisinage de la Montagne Nébuleuse baignera dans une toute nouvelle Lumière!
Un simple sourire se dessine sur le visage d’Osirian au souvenir de ce marchand et de tant d’autres humains qui ont croisé leur route depuis leur départ de la Chute Purificatrice. En réponse, Osirian lui chuchote :
Bien sûr, Mirhilia, j’y compte bien!
Le soleil levant projette de longues ombres dans une forêt de piliers aux allures majestueuses, plus au nord. Cette fameuse forêt sans âge, baigne encore dans ses brumes matinales, qui s’effilochent d’arbres en arbres. Une puissante tranquillité règne à travers des colonnes d’ombre et de lumière. Les arômes des conifères géants apportent une atmosphère sacrée. Nous sommes ici dans le cœur du Royaume des Ifs.
Mais ce paysage défile à toute vitesse de chaque côté de Sacha (voir la Chronique IV des Filles des Pléiades), qui galope avec grâce et souplesse, dans un silence quasi absolu, comme si chaque foulée se fusionnait avec le sol couvert de grande épines mortes. Son pelage blanc se fond parfois dans une nappe de brouillard et des tourbillons se succèdent derrière son passage. Sa vitesse vertigineuse n’est pas mesurable par un mortel car faut-il que ce dernier la voit! Sacha se laisse voir si seulement elle le veut.
À l’orée de la forêt, quelques familles du village de la vallée sont occupées à la cueillette de petits fruits sauvages. Un des adultes est intrigué par ce tourbillon dans une manche brumeuse et se gratte la tête. Sa fille aux bouclettes d’or sourit alors en direction du phénomène. Mais le regard de la jeune fille ne s’immobilise pas sur les tourbillons mais plutôt sur sa magnifique amie secrète Sacha, qui dévale déjà parmi les arbustes et fleurs sauvages et zigzague vers le bas de la vallée. Les yeux mouillés d’émerveillement, la petite à la chevelure de blé pivote de tout son corps pour suivre la cavalcade véloce.  Elle est toute contente de revoir son amie des bois sacrés. Une fois de plus, elle se garde bien d’en parler à son père, mais ses lèvres remuent dans un chuchotement :
Bon voyage, Sacha!
Descendant la pente arborée de champs, de pâturages, de clôtures et murets rustiques ainsi que de quelques lignés d’arbres feuillus de toutes tailles, Sacha se fond à ce décor déjà bien transformé par la touche de cette nouvelle humanité pleine de promesse. De l’autre côté de la rivière, l’horizon s’élève au pied d’une massive montagne qui domine et masque tout le côté sud du ciel.
La vitesse de Sacha est constante. Sa longue crinière blanche étincelle de lumière matinale, sa queue se balance en harmonie avec son corps tout entier. Sacha est emportée par de puissantes foulées qui la propulsent droit devant, sautant parfois des murets ou des ruisseaux, toujours invisible aux yeux de ceux et celles aveugles à la magie.
Cette magie qui tient aussi d’une foi, d’une conviction profonde et indéracinable, qui attire et accueille tous ceux et celles qui s’y reconnaissent. Cette magie qui transforme le cœur pour aligner le corps sur le chemin de vie de toute âme incarnée ici, dans le Royaume des Ifs, ou ailleurs, dans d’autres mondes du multivers. Cette magie qui survie au temps, aux civilisations d’hier et de demain, aux illusions de ces mensonges que plusieurs choisissent de suivre au détriment de leur véritable mission d’être.
Mais Sacha est déterminée à faire la différence, à être la différence, parce qu’elle sait qu’elle en a la capacité, le potentiel et le désir ardent. Elle diminue alors le tempo, et au trot, elle rejoint un saule qui surplombe la rive et elle s’abreuve au pied de ses racines. Sa corne capte quelques rayons de soleil qui passent à travers le feuillage pleureur et projette de multiples étoiles sur les vaguelettes devant ses yeux.
C’est alors que sous la surface une forme se meut. C’est bien là une présence familière. Sacha lève légèrement la tête et s’adresse à son amie tout en prenant soin de faire une flexion de la patte gauche lui signifiant honneur, respect et accueil :
Bon matin, chère sœur des Pléiades!
Un tourbillon plus tard, la Nymphe s’adosse sur une des racines du grand saule et répond :

Bonjour,  sœur de pureté. Je suis ici pour t’annoncer qu’Osirian et son amie Mirhilia seront au rendez-vous. Et moi, je t’aiderai à traverser au pied de la Montagne Sacrée!





(à suivre)

Notes de l'auteur: Cette chronique se déroulera devant vos yeux, toute fraîchement écrite tout au long de cet hiver 2014. Ainsi, vous marcherai à mes côtés, à la découverte de la suite de la Chronique IX des Filles des Pléiades. Merci de votre fidèle support.