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samedi 16 mars 2013

Chronique du Miroir XVII



Le Temple de Merveilles détient toujours ses secrets dans ses murs. C’est ici que se trouvent les recueils des plus mystiques, mystérieux et même légendaires. La sphère lumineuse veille depuis une éternité sur ces joyaux du multivers. En suspension dans le vide, la lumière touche de ses rayons les ombres gothiques des poutres et arches cachant d’autres mystères. En contrebas, c’est la salle d’étude, en ce moment dortoir pour le maître mage Ditratos et Yuna. Les guetteurs du multivers se reposent maintenant, puisque hier, une invitée de la Terre est venue s’instruire : Une enfant d’une sensibilité peu commune que Yuna a découvert lors de ses voyages dans les mondes oniriques.
La petite fée Yuna, allongée sur la poitrine de son ami magicien, ouvre un œil sur sa jeune invitée. Depuis un bon moment l’enfant, trop excitée par ces connaissances secrètes qui l’entourent, s’est silencieusement éclipsée sur une des passerelles ceinturant les rayons de livres. Le regard de la fée est rassuré. Sa protégée est assise sur la passerelle, un grand livre ouvert sur ses jambes croisées. Le titre est : Sidhorion et les Gardiens du Monde Féerique. Yuna sourit à la curiosité qui guide cette fille de la Terre. Elle en apprend d’avantage sur le pays natal de Yuna et sur les Dragons Gardiens.
Elle observe un moment sacré qui se déroule devant ses yeux. Une enfant de la Terre s’éveille à d’autres mondes qui ressemblent à ses propres mondes oniriques. Lesquels sont-ils les reflets des autres? Avant la fin de son séjour chez ses deux nouveaux amis immortels, le cœur de la jeune fille saura la réponse. Aujourd’hui, Yuna guidera l’enfant sur ses propres rives oniriques. Délicatement, elle déploie ses ailes arc-en-ciel et se pose près de l’oreille de Ditratos et y chuchote :
Bonjour, mon rôdeur adoré, ne bouges surtout pas et regardes la petite merveille sur la passerelle.
Complice et à l’écoute de Yuna, Ditratos lève des sourcils de surprise dès que ses paupières s’ouvrent sur la jeune amie à l’étude. Se tournant la tête du côté de Yuna, il lui sourit et ajoute :
Ce sera une aventure fantastique pour notre jeune rêveuse. Tu as bien fais de me réveiller. Hé, j’ai une idée!
La jeune fille est absorbée à dans ces grandes révélations de mondes et de créatures qu’elle croyait imaginaires jusqu’à hier soir. Le grand manuscrit est grand ouvert sur ses genoux. Ces écrits remontent à la nuit des temps, de la plume-même de Sidhorion, le Dragon Doré, protecteur des Mondes Féeriques. La jeune enfant est trop emportée par ces histoires fantastiques pour remarquer sa nouvelle amie qui se pose sur le garde-fou de la passerelle. Yuna admire sa jeune protégée se nourrir de ces histoires légendaires de son pays natal. Un moment sacré, certes, mais aussi n’est-ce pas là aussi une belle opportunité de rapprocher le monde de la raison à ces mondes que les terriens appellent imaginaires. Yuna sait que dans cette enfant grandit une future ambassadrice qui devra être courageuse devant une foule d’humains tenus endormis dans le rationnel et la matière.
Des arômes de pain grillé et de lait au chocolat distraient l’exploratrice des mondes oubliés. Elle lève la tête et aperçoit Ditratos préparant un bon petit déjeuner. Un sursaut plus tard, elle s’adresse à sa petite amie :
C’est extraordinaire ce que je découvre ici, avec vous deux. Dans ces récits des premiers âges, tu étais là aussi, à ce que j’ai lu. Mais tu étais différente. Sidhorion te décrit comme une salamandre couverte de plumes blanches aux ailes angéliques.
À travers les âges, il est préférable de changer notre apparence. Pour nous, les immortels, c’est notre façon de renaître à nouveau. Ça nous donne l’impression de changer de corps, comme vous sur Terre. Mais ça, c’est une autre histoire. Nous avons une belle surprise pour toi. Mais d’abord, as-tu faim?
Des rires, des récits de voyage, des personnages décrits et rencontrés tout le long des âges, des univers et des créatures légendaires accompagnent un repas copieux. À la fin du chocolat chaud, le mage frotte ses mains avec enthousiasme :
Voilà le moment de la surprise. Avant tes leçons oniriques, nous souhaitons t’introduire à un autre ami.
Les deux mains sur le rebord de la table, la jeune acquiesce frénétiquement.
Selon mes observations séculaires sur la race humaine, mon cher mage, je crois que c’est un oui.
La main du mage s’élève déjà articulant des doigts agiles et mystiques. Le célèbre Miroir apparaît, réfléchissant l’expression électrisante d’une enfant exceptionnelle.
Wow, c’est fantastique!
Déjà debout près du cadre du Miroir, l’enfant caresse les rainures, les runes mystérieuses, les entrelacés celtes ainsi que les différentes figures mythologiques sculptés tout autour du Miroir.
Est-ce du bois ou de la pierre?
Ditratos se penche à la hauteur de la petite.
C’est du bois magique, un bois indestructible, tiré de l’écorce de l’Arbre Monde.
L’Arbre Monde?
Yggdrasil, c’est l’Arbre Monde au centre du cosmos, enfin, du moins au centre d’un des univers des Mondes Oniriques Divins.
Ah oui! Un des mondes qui forme la grande sphère en constante croissance.
Voilà, jeune dame, l’Yggdrasil m’a fait cadeau d’une partie de lui-même. Une puissante magie circule dans les veines de ce bois unique. De l’autre côté du Miroir s’ouvre le multivers. C’est donc un portail portatif.
Yuna se pose alors sur l’épaule de la jeune enfant. Elle la rassure de sa voix chantante.
Depuis des millénaires, le Miroir nous transporte d’un monde à l’autre, sans erreur de destination. Si tu le souhaites, nous pouvons te dire qui nous allons visiter, mais l’effet de surprise sera alors…
Non, non, ça va! Si de l’autre côté de ce miroir votre ami vous attend…Alors il est aussi mon ami… Allons-y!
Donnant la main au mage blanc, l’enfant fait signe de la tête, résolue. Yuna devient lumière et plonge dans le pendentif de Ditratos. Un pas plus tard, une nouvelle réalité allume tous les sens de la jeune voyageuse.
D’abord le vent est saisissant et aromatique comme des fleurs des champs. Sur le sommet d’une montagne, les trois compagnons se tiennent sur un plateau rocheux près de deux grandes colonnes de pierre gravées de symboles étranges et de spirales. Une voix retentit soudainement dans leurs esprits :
Bienvenue dans le Monde Féerique!
Une ombre court alors par terre et couvre complètement Ditratos et son invitée. Levant la tête, l’enfant ouvre tout grand les yeux.
N’ais pas peur petite. L’amie de mes amis est mon amie. Je m’appelle…
Sidhorion, le Gardien des Mondes Féeriques!
Coupant la pensée télépathique d’une voix tremblante d’émotion, l’enfant contemple la surprise promise. Ici, devant elle, une légende vivante surplombe le trio de sa majestueuse stature gigantesque. Malgré tout ce qu’elle a lu sur ce grand défenseur du monde de Yuna, la jeune dame ré-aligne les idées qu’elle s’était faite de cet être extraordinaire. L’aura surnaturel d’une telle créature la fascine.

C’est un honneur de voir une si jeune adepte nous visiter ici, au portail de notre monde. Ici, sur la Montagne de la Réunion, nous avons établi une surveillance très serrée. C’est sur ce site historique où se sont rencontrées les grandes personnalités du multivers. Dès les premiers âges ce portail a été créé par les magiciennes Hautes Elfes. Puisque tu es ici, à titre d’invitée originaire de la lointaine Terre, je t’offre une visite en survolant notre contrée fantastique.
Dès que ces pensées traversent l’esprit des trois visiteurs, la vénérable créature mythique déploie ses ailes immenses avec grâce et délicatesse. Sidhorion abaisse l’extrémité de son aile droite au pied de la jeune Terrienne. Le mage Ditratos se penche à l’oreille de l’enfant aux yeux tout brillants.
Pour un dragon d’une telle noblesse, c’est une extrême marque de courtoisie que d’offrir son aile en guise de marche pied. Seule sa sœur d’arme Haute Elfe avait ce privilège…
C’est drôle. J’ai une impression de déjà vu.
Ditratos lève un sourcil et regarde Sidhorion du coin de l’œil. Le dragon canalise télépathiquement sa pensée vers son ami mage seulement :
Ne me regarde pas de cette façon. Je suis tout aussi surpris que toi.
Yuna apparaît alors sur le pendentif de bois de Ditratos, debout contre la poitrine de son ami mage. Elle projette une pensée vers Sidhorion et Ditratos :
Ha, les mâles, tous les mêmes, c’est évident que notre protégée est spéciale. Je ne l’aurais pas invité sinon.
En quelques battements d’ailes, elle se pose sur l’épaule de l’enfant et lui chuchote :
T’en fais pas princesse, la journée est jeune et pleine de découvertes encore insoupçonnées.
Un tendre frisson passe tout le long du corps de la jeune invitée. Quelque chose se passe dans son être, c’est sûr. D’un geste spontané, sans réfléchir, elle s’agenouille et pose ses lèvres sur l’extrémité de l’aile de Sidhorion. C’est au tour du vénérable gardien des airs à ressentir les nœuds d’énergie s’ouvrir le long de ses corps subtils.
Dans un silence chargé de non-dits, ce sont les yeux surpris de Sidhorion qui divulguent ses pensées :
Par tous les ancêtres, Dame Valdérianne était la seule à me saluer de la sorte. La grâce d’une Haute Elfe des premiers âges dans le cœur d’une fille de la Terre, c’est un précédent.
L’enfant mène la marche sur l’aile du dragon. Son regard plein d’étoiles croise celui de Sidhorion, tout pénétrant. Aucun mortel ne peut soutenir le regard envahissant d’un dragon doré. Toujours vaillante, la jeune Terrienne s’installe naturellement entre les deux ailes. Ditratos et la vénérable monture mythique l’observent avec admiration et respect. Normalement, tout être mortel serait paralysé au contact de cette puissante aura légendaire d’un dragon doré. Ici, l’effet est contraire. L’enthousiasme et l’émerveillement prévalent dans le cœur de la jeune Terrienne.
Les deux amis se sécurisent entre les écailles dorsales dorées. Sidhorion se relève et avance d’une démarche souple et rythmée au va et vient des ailes tout en grâce et beauté. Il s’approche du rebord de la falaise qui plonge dans la vallée féerique.
Tenez vous bien, l’envolée magique commence!
La pensée télépathique traverse l’esprit de la jeune demoiselle comme un vent de folie, les doigts serrés sur la robe de mage, les yeux grands ouverts, le souffle court. La vallée est d’une beauté qui dépasse l’imagination. Comme deux grandes voiles, les ailes du dragon se déploient et il se jette dans le vide vertigineux. Un petit cri sort des lèvres d’une enfant qui croit rêver. Le gardien mythique glisse sur l’air mielleux.
De vallons en rivières, le spectacle est saisissant. Tout relève d’une terre paradisiaque au relief à la fois accidenté mais harmonieux. Des chutes d’eau coincées entre d’énormes montagnes couvertes de végétation dense, se jettent le long des falaises dans des brumes qui caressent les contreforts rocheux. Puis ces nappes de brouillards écartent des doigts diaphanes sur la vallée sillonnée de ruisseaux. Le ciel transporte des nuages épais d’où sortent quelquefois des compagnons gardiens qui voient à la sécurité de ce monde magique.
La jeune humaine cherche sa fée et demande au mage :
Où est donc passée Yuna?
Chut! Coupe alors Ditratos, l’index croisé sur ses lèvres.
Elle s’est cachée dans sa cage… Elle est rebelle, ici… Il ne faut pas révéler à qui que ce soit sa présence.
Pour éviter que le vent trahisse ses secrets, Ditratos se penche à l’oreille de sa jeune amie :
Aussi superbes et magnifiques que puissent paraître ces paysages idylliques, de sournoises querelles politiques se sont alimentées de jalousie et convoitise. Notre amie Yuna a refusée de se prêter à cette danse macabre. Ici, nous sommes dans le Monde Féerique et nous devons effacer de nos mémoires tout ce qui a trait à notre amie. Sidhorion, toi et moi ne savons rien d’une fée qui n’est que légende, ici. D’ailleurs, pour ne pas te faire vivre des rencontres embarrassantes, Sidhorion ne se posera pas sur des terres à risques. C’est pourquoi une vingtaine de dragons protègent cette région de toute invasion extérieure. Plusieurs êtres puissants espèrent confondre les habitants de ces royaumes féeriques pour en acquérir le savoir magique.
Les sourcils troublés de la jeune fille invitent à une pause. Une main réconfortante se pose sur son épaule. Elle lève les yeux et d’un regard compréhensif, Ditratos lui dit à voix basse :
La Lumière, si féerique soit-elle, crée des ombres dans lesquelles se complaisent certains êtres.
Un silence méditatif s’installe tout le long de la visite panoramique. Le survol n’en demeure pas moins extraordinaire. Des vallées verdoyantes, des cours d’eau sinueux, des montagnes tapissées de forêts mystérieuses, un ciel aux nuages cachant d’autres fées éoliennes, toutes ces visions s’impriment dans l’esprit de la jeune exploratrice.
Tout au long du vol, quelques gardiens croisent Sidhorion. L’échange télépathique entre les créatures mythologiques demeure secret. L’enfant ressent un malaise venant de Sidhorion. Elle lève les yeux sur Ditratos. Lui aussi semble inquiet. Ne voulant pas masquer la saveur de cette visite, la jeune enfant se distrait l’esprit en admirant ces contrées féeriques qui défilent  sous les ailes puissantes de Sidhorion.
Ces silences alourdis de secrets se conjuguent à une prise de conscience importante pour la jeune fille. Soudainement, suite à toutes ces révélations depuis son arrivée aux côtés de Yuna et Ditratos, une grande responsabilité vient de prendre racine dans son cœur d’enfant de la Terre. Tel un socle de marbre sous une statue, elle sait maintenant l’importance capitale de la création d’un monde onirique. Déjà, une conscience sociale vient de voir le jour en son être. Survolant les mondes féeriques, assise à la place même où la grande guerrière Haute Elfe sacrifiait sa vie dans une bataille contre les serviteurs de l’ombre… Une boule d’émotion se coince dans la gorge de la petite Terrienne et quelques larmes  viennent altérer sa vision  de ces contrées magiques. La disparition de ces Hautes Elfes et leur courage exemplaire s’étirent dans l’immortalité de ses nouveaux amis : Yuna la fée rebelle, Ditratos le mage blanc et Sidhorion le gardien fidèle. Un sourire teinté de fierté se dessine sur le visage de la jeune dame, les yeux mouillés mais d’où des étoiles brillent d’une lueur elfique.
Sidhorion ressent la boule d’énergie sur son échine. L’enfant s’éveille aux mondes oniriques divins. Le vénérable dragon est honoré de participer à l’éveil d’une créatrice de mondes oniriques. Surgissant de nulle part, le souvenir de Valdérianne apporte une note quasi mystique à ce présent survol avec la jeune invitée de la Terre. D’une légère rotation de la tête, l’œil du dragon plonge un regard empathique dans les yeux minuscules et mouillés de la jeune Terrienne. Sidhorion pense alors :
Brave Dame Valdérianne, vous seriez fière de votre héritière terrienne.
Oui, je le suis!
Une voix angélique fait écho dans la tête de Sidhorion.
Deux sourires se répondent. Une jeune enfant s’éveille, un vénérable dragon s’émerveille.
Le soleil se trouve plus près de l’horizon vers la fin du périple aérien. Sidhorion se pose non loin des deux colonnes du portail de la Montagne de la Réunion. Les voyageurs glissent le long de l’aile tendue vers le sol. L’enfant observe Ditratos et Sidhorion. Maintenant elle sait que des pensées lui sont bloquées. Le monde caché et voilé des adultes lui est familier. Une vague de tristesse pince son cœur pour un moment.
PSSST!
La jeune fille surprise se tourne vers la source de l’appel. Une salamandre ailée la regarde de ces petits yeux bien connus. La jeune amie ne prononce pas son nom. Ditratos a été clair sur ce fait. La petite créature vole à l’oreille de l’enfant.
Laissons nos amis à leur jeu d’adultes, petite enfant de la Terre. Nous devons les comprendre. Une nouvelle contrariante nous a été annoncée par les dragons gardiens. Il faudra remettre à plus tard notre visite onirique. Nous ne voulons pas t’affoler mais des évènements indéfinissables se déroulent présentement dans la vallée voisine des Mondes Féeriques. Ditratos et moi devons vite aller là-bas. Crois-moi, mon amie, il y a là des créatures … euh… qui doivent être surveillées. Nous allons te laisser en sécurité au Temple de Merveilles.
Yuna arrête de parler un court instant, prêtant attention aux pensées télépathiques lui traversant l’esprit.
Sidhorion se porte volontaire à te tenir compagnie durant notre absence. Il saura très bien te guider dans la grande bibliothèque.
Mais il est énorme, il ne peut pas circuler dans la salle!
Tu ne connais pas encore tous les atouts d’un dragon doré.

C’est à ce moment que Ditratos s’approche en compagnie d’un nouveau venu fort intriguant. D’une stature plus imposante que le mage, sa peau est d’une blancheur rappelant le marbre blanc des statues dont l’enfant se rappelle avoir vu dans des musées de sa ville natale. Le regard familier de l’étranger la rassure.
SIDHORION?
Pour vous guider parmi ces mystérieux trésors et légendes cachés dans l’antre de mon ami…
Le Temple de Merveilles. Corrige le mage, prétendant être offensé.
Oups! Excuses-moi, mon vocabulaire s’est endormi avec des centaines d’années sous ces écailles dorées… Prenez tout votre temps sur Gaïa, chers amis, notre jeune voyageuse et moi avons beaucoup de découvertes à partager.
Soit! Répond Ditratos.
Sa main laisse danser ses doigts dans l’air. Le Miroir apparaît alors aux voyageurs du multivers. Un pas plus tard, tous se retrouvent dans le Temple de Merveilles.
Oh là! S’écrit la figure d’ivoire, portant les poings à ses hanches elle ajoute :
La salle atteint des proportions phénoménales. Je me rappelle de cette petite chambre il y a de ça… Attendez!
Sidhorion porte la main à son crane dégarni, tentant de se souvenir…
S’il te plaît, Sid… Laisses tomber!
 Ditratos tape sa main gentiment sur l’épaule de son compagnon millénaire et dit :
Les dates me donnent un coup de vieux.
Ditratos et Yuna s’approchent du Miroir magique saluant leurs amis. Déjà, la jeune Terrienne apprivoise bien la présence de Sidhorion. Une petite main se pose sur le poignet blanc du gardien. Tous les deux font un signe d’au revoir aux deux immortels.
Dans une spirale de lumière, Yuna s’infiltre dans le pendentif. Les deux guetteurs du multivers traversent la surface réfléchissante et laissent les vaguelettes s’épanouir en ondes successives. Sidhorion et sa nouvelle amie, main dans la main, fixent encore des yeux l’espace vide laissé derrière le Miroir disparu. La grande salle illuminée de sa sphère éternelle apporte un grand soupir à Sidhorion qui se tourne déjà sur lui-même, le regard pétillant.
Par où commence-t-on nos explorations, petite? Guides moi car cette salle est tellement plus vaste qu’autrefois. Tu as eu une matinée entière pour y voir plus clair…
La jeune enfant s’exécute en prenant les devants puis s’aperçoit que Sidhorion l’observe d’un air interrogatif. Elle s’arrête et se retourne vers son ami et lui demande :
Qu’est-ce qu’il y a?
Quel est ton nom, jeune dame?
Denizia*
Bien, allons-y… Denizia.
Ainsi, de rayons en passerelles, les fureteurs de mystères s’adonnent à la découverte du multivers sous la lumière éternelle du Temple de Merveilles.
FIN
Renatus, votre chroniqueur.
*…Les deux guetteurs du multivers, Denizia et Sky regardent avec surprise ce miracle des arcanes qui se manifeste devant leurs yeux. Épuisée par tant d’efforts, la fille de la terre s’allonge sur la pierre ancestrale et se couvre le corps de sa cape de plumes. Sky se blottie dans le creux de son ventre, comme dans son nid, pour s’assoupir. Yuna et Ditratos montent aux côtés de Denizia qui sommeille déjà. Yuna chuchote a l’oreille du mage :
-Te souviens-tu de sa première visite a notre Temple de Merveilles? Elle y dormait bien rassurée avec nous, si loin pourtant, de chez elle! C’est qu’elle a un esprit ouvert hors du commun. Vraiment, nous avons fait le bon choix. Denizia sera une bonne ambassadrice de la Terre. (extrait de la Chronique III des Enfants de la Terre)

vendredi 1 février 2013

Chronique du Miroir XVI



Prologue
Une fille pose ses bras à la fenêtre. Elle regarde la lune. Aussi, de sa chambre, la vision du port la fait  voyager à travers le monde et elle réfléchit. La lune réfléchit, se dit-elle. Elle réfléchit la lumière du soleil.
Une petite luciole s’approche de la fenêtre, à l’extérieur. La jeune enfant fixe son regard sur cette lumière d’arc-en-ciel et tout chavire… L’enfant sombre dans la lumière comme dans un rêve.
                                                          ***
Ditratos, le mage blanc, entouré par des piles de livres de différents formats, est subjugué par sa lecture. Totalement absorbé par ces sujets mystérieux, il oublie que sa compagne l’a quitté depuis un moment mais la voilà réapparue, laissant tomber quelques pincées d’étincelles féeriques sur le manuscrit ouvert devant lui.

Ha! Tu es là, ma p’tite fée préférée?

Yuna, en suspension devant les yeux de son ami immortel, dans son aura d’arc-en-ciel créée par le battement de ses ailes, appuie ses poings fermés sur ses hanches et répond:

Je m’ennuyais un peu, alors j’ai invité une amie.

WOOOOW! (Avec écho)
Une petite voix féminine pleine d’émerveillement est entendue, en provenance de l’autre côté des pilles de bouquins. D’un regard perplexe et les sourcils de travers, Ditratos est confus et surpris à la fois. Il faut dire que Yuna apporte souvent un facteur de surprise à sa routine de tous les jours. Mais là, une inconnue, non invitée, dans sa forteresse de connaissances secrètes, c’est beaucoup à accepter d’une spontanéité de fée.

Bon, quelle surprise m’as-tu préparé cette fois-ci?

Dans un même élan, le mage se lève doucement debout, regardant vers le centre de la salle, le cou étiré, tout prudent.

Une enfant?

Immobile et la tête levée vers la sphère de lumière éternelle, cette dernière est sa seule réalité pour l’instant. La jeune fille se frotte le revers de ses poings sur les yeux puis remarque la salle fantastique entourée de livres, les yeux ébahis, la bouche entre-ouverte. Elle se tourne lentement, piétinant en rond, contemplant ces murs cachant tant de mystères. Sa tenue vestimentaire détonne dans ce décor gothique. Son costume de jeune matelot, aux pantalons courts au dessus des genoux, des bottines usées par les marches dans la nature, au beau milieu du Temple de Merveilles, c’est ainsi qu’elle s’émerveille.
Sa vision est envoûtée par tous ces livres et parchemins, tout autour d’elle et même plus haut encore, au-delà des ténèbres loin au dessus de ce lustre spécial. Soudain, elle arrête de tourner, les yeux fixés sur un grand mage vêtu d’une grande robe blanche qui la regarde comme un animal rare, l’index posé à son menton. Sur son épaule, brille une luciole…

Hé! C’est une fée, là!

L’enfant pointe du doigt l’épaule du mage. Ce dernier regarde Yuna et soupire. Désarmé devant la volonté d’une fée rebelle, il se penche à la hauteur des yeux de la jeune visiteuse.

C’est Yuna, tu as vu juste. C’est en effet une petite fée qui apporte des tas de surprises à ceux et celles qu’elle aime!

L’enfant lève les bras et s’adresse à ses nouveaux amis.

Wow! Cette fois mes rêveries m’ont transporté dans un univers inconnu. C’est chez vous ici?

Hé bien, oui, si tu veux, c’est chez moi, en effet. Hum! C’est notre Temple de Merveilles. Viens t’asseoir, je vais t’expliquer.

Ditratos guide la jeune fille dans une zone couverte d’un tapis aux motifs celtes, des fauteuils bruns sont disposés en cercle autour d’une petite table couverte de plateaux de fruits exotiques, de quelques coupes de cuivre et des carafes d’eau. La jeune invitée, en totale confiance, pige une pomme, sur l’invitation gracieuse de Yuna survolant le festin.
Assise confortablement, la jeune fille lève la tête vers la sphère lumineuse qui tient toute seule dans le vide.

C’est magique!

Ditratos acquiesce avec modestie et la petite ajoute :

C’est drôle. Je regardais la lune de ma fenêtreet ces hommes affairés sur les bateaux… et une luciole est venue me rejoindre. Cela m’arrive  souvent quand je réfléchis ainsi.

L’enfant croque dans sa pomme et regarde ses deux hôtes.

Vous allez m’ enseigner beaucoup de mystères, je crois, vous deux.

Yuna et Ditratos se regardent avec complicité. Ils reconnaissent le symbole de la pomme, fruit de la connaissance, croqué par la curiosité onirique d’une enfant exceptionnelle. Le mage comprend le geste de Yuna. Une jeune habitante de la Terre est sur le point d’écrire son futur. Mieux vaut lui donner les bons outils.

Bon, hé bien voilà jeune dame, je suis Ditratos le rôdeur. Je voyage à travers plusieurs univers, comme toi, dans tes rêves. Mais ici, tu es dans les mondes oniriques, les mondes rêvés par les dieux primordiaux.

Ah, ah! Je l’savais!
L’enfant coupe le mage de sa voix excitée.
Je comprends maintenant. Nos rêves construisent notre futur. C’est sûr que les dieux mythologiques nous ont construits!

Le mage immortel lève les sourcils, surpris d’une réponse aussi illuminée. Il regarde Yuna assise sur une pêche, tenant un raisin sur ses cuisses. Elle s’arrête dans son élan, la bouche à deux cheveux de son fruit. Puis elle se souvient :

Ah oui, c’est vrai! Notre invitée est passée maître en rêves. Je l’ai souvent croisé sur les Rives Oniriques. Je crois qu’elle est mûre pour être guidée un peu.

Des… Rives… Oniriques? Ajoute la petite.

Attends, attends, ma jeune amie, nous allons y venir dans un instant.

Le mage blanc se sert une coupe d’eau fraîche.
Sauf quelques visites par les aborigènes australiens, il est très rare d’être témoins de visites oniriques volontaires des humains de la Terre.

L’Australie, le continent qui est peuplé d’animaux bizarres?

Euh! Oui, bon… Çà, c’est une autre histoire… Chez toi, sur Terre, le seul lien accessible au multivers, c’est…

Le multivers?

BON!
Ditratos prend une bonne inspiration, s’adosse à son fauteuil pour calmer son impatience. Il s’adresse rarement à la curiosité d’une enfant. Çà lui cause des maux de tête.

Çà va, çà va! Je comprends! Multi-uni-vers, plusieurs univers connus sont appelés le multivers.

Levant ses doigts qui massaient son front, une étincelle de joie scintille dans les yeux du mage.

Voilà, excellent, jeune dame, continuons donc!... Chez toi, le monde onirique est le lien accessible au multivers. Le monde onirique est le lieu de manifestation des rêves divins, créateurs d’univers et des porteurs de rêves comme nous tous. Ce monde onirique est donc visité par des entités du multivers, soit par le sommeil ou par inspirations instantanées. Plusieurs visions sont réellement expérimentées et traduites par des œuvres d’art ou des idées innovatrices apportant une lumière è la conscience collective. Lors des derniers voyages oniriques de Yuna, par sa simple capacité d’interpréter cette forêt immense de symboles qui prend racine dans l’océan onirique, elle ressent les voyageurs ou visiteurs venant de la Terre.

La petite luciole que je vois dans mes rêves, c’est toi, Yuna?

Yuna déguste son raisin mais, d’un signe positif de la tête, elle retrouve ses mots :
Parfois, l’anonymat d’un insecte est préférable. Mais maintenant, tu es prête à franchir une autre étape dans tes rêves. Continuez, cher maître des arcanes.

Hum!...Yuna, dû à ses talents de fée, peut demeurer imperméable à ces présences qui ont passé et modelé les paysages ainsi créés. Ces mini univers sont l’œuvre d’êtres suprêmes ou même divins. Aussi, certains maîtres des arcanes ont réussi à créer des micro-univers en constante évolution. Il est facile de perdre la raison dans cette multitude de réalités créées par des entités très différentes une de l’autre.

Du coin de l’œil, le mage blanc regarde sa jeune invitée. Elle semble un peu confuse avec ces nouvelles informations. De sa main, le magicien dessine des signes dans le vide et aussitôt, au dessus de la table, apparaît une vision toute réelle mesurant au moins trois coudées de profondeur.

La façon la plus simple de se représenter le monde onirique, c’est cette sphère faite de branches entrelacées et qui continuent à croître et se ramifier dans toutes les directions. Ainsi, chaque micro-univers devient bourgeon, chaque univers devient branche avec de nouvelles pousses. Chaque pulsion créatrice d’univers en croissance est nourrie par des porteurs de rêves comme nous.

Yuna s’envole rapidement dans le centre de la sphère. Une bulle grandit entre ses mains. Puis elle ouvre les bras à l’expansion de sa création onirique. On y voit des anges volant à travers des cités suspendues dans les nuages. La bulle quitte les bras de la fée pour s’accrocher à une des branches de la grande sphère végétale. Puis une autre bulle contenant des figures diaboliques va se nicher sur un autre embranchement. D’autres boules à images sont ainsi créées et se logent ici et là dans la sphère-multivers en croissance.

Merci, Yuna, c’est là une excellente démonstration. Par un grand nombre de ces porteurs de rêves, chaque création prend forme et alimente le multivers d’une autre réalité. La croissance de cette dynamique est infinie.

Le mage conteur tend les mains vers Yuna et la jeune élève et invite cette dernière à venir s’asseoir sur ses genoux. La jeune étrangère n’hésite pas un instant et l’émerveillement se lit dans ses yeux brillants. Yuna s’installe dans le creux des mains de sa jeune amie maintenant blottie contre la poitrine du maître. Une bulle translucide se devine autour d’eux.

Bon, maintenant nous sommes tous les trois voyageurs du multivers… C’est parti!

Les mains de Ditratos s’appuient sur la surface transparente et tous les trois sont transportés dans ces ramifications de la sphère végétale. Des univers fantastiques défilent alternativement pendant que le guide continue de sa voix grave :

Les pensées et les rêves de la collectivité utilisent les symboles pour véhiculer leurs messages. Ces symboles s’entremêlent en formes-pensées et des égrégores sont créés. Ainsi des dieux naissent, rêvent et meurent dans un océan de possibilités. Aussi, de ces îlots de pensées divines, naît la matière, charpente d’un nouvel univers. Il en va ainsi pour le multivers entier qui devient le rêve divin, créé par les dieux primordiaux.

Parfois, devant un environnement étrange peuplé de créatures agressantes, la jeune fille s’enfonce dans les replis de la grande robe du mage. Mais Yuna veille à flatter le bout des doigts tremblants de sa jeune protégée. Ainsi déferlent autour d’eux les paradis, les enfers, les mondes préhistoriques, l’univers de Gaïa, des mondes aux technologies avancées, des espaces intersidéraux sillonnées de vaisseaux volants, les peuples subaquatiques, des géants Fomores, des dieux…

Une fée comme Yuna est passée maître à voyager dans tout ce cirque. Elle sait tenir la barre et atteindre les Rives Oniriques d’un individu donné. Ce monde onirique est allégoriquement un océan dans lequel chaque porteur de rêve que nous sommes y baigne de ses propres rives oniriques. Ces plages sont les lieux de contact du conscient et du subconscient, de la raison et du rêve, de la réalité et de l’imaginaire.

La bulle atterrit finalement sur une plage de sable et de massifs rocheux supportant une forêt dense de conifères. Quelques arbres laissent voir des formations rocheuses montées comme des dolmens et une odeur de cèdre brûlé ainsi que le son de quelques tambours annonce la proximité d’un feu sacré masqué derrière le mur sylvestre. De l’autre côté, l’air salin de l’océan apporte avec lui une brume d’où se devine des visions des grands esprits de la nature accompagnés d’une présence féminine aux attributs terrestre et divins à la fois.
Illustration: Susan Seddon Boulet

Ce sont mes visions!

L’enfant fasciné montre du doigt et le mage lui tape sur l’épaule avec fierté.

Nous sommes sur tes Rives Oniriques et à ce que je vois, des aventures fantastiques t’attendent dans le futur.

J’ai tellement de choses qui m’appellent en ce moment!

Oui, ma chère amie, une grande mission se dessine devant toi… hum… et devant nous!

Ditratos et Yuna s’échangent un rapide coup d’œil complice et la petite fée pose la main sur le pouce de son invitée :

Demain, si tu veux, je te guiderai à mon tour sur tes Rives Oniriques. C’est un savoir de fée dont je te ferai cadeau, mais d’abord allons dormir un peu. Les voyages, c’est épuisant!

D’un seul bond, la bulle s’élève au moment où un merveilleux levé de soleil surgie de l’océan. Ditratos conclue que cet aperçu du multivers profite aussi à lui-même. Dans son cœur d’immortel, une fenêtre vient de s’ouvrir sur cette fille de la Terre. Yuna vient d’offrir un beau présent à son ami mage aussi : Une expérience plus précieuse que toutes ces piles de livres qui l’entouraient il y a quelques instants. Sur le chemin du retour, les yeux du mage savourent Yuna et la jeune rêveuse se regardant l’un et l’autre. Leurs têtes se penchent à gauche, à droite, imitant l’autre dans des sourires taquins.
De retour au Temple de Merveilles, les trois amis sont très à l’aise ensembles. Ils s’offrent d’abord un bon festin. Des rires et des jeux sont aussi du menu. Du haut de la grande salle gothique ces rires se font entendre en écho. Au moment où Yuna joue à des charades avec l’enfant de la Terre, Ditratos lève des yeux mouillés le long de ces rangées de livres mystérieux. Il sait qu’après leurs repos la jeune prodige sera la maîtresse. Il ramène son attention à Yuna occupée à se divertir avec sa nouvelle amie. Elles sont belles à voir.
Mais en toute honnêteté, Ditratos sait que Yuna et lui-même viennent de s’ingérer dans la jeunesse d’un être humain. Il doit s’en remettre à l’instinct de Yuna. La fée éternelle sait gérer ces incursions dans la vie d’une humaine. Elle l’a déjà fait dans le passé, après tout!
Déjà, cette porteuse de rêve pousse sa sensibilité vers l’infini. Sachant maintenant qu’une fée généreuse et un magicien paternel et conteur sont témoins de ses visions, l’enfant saura survivre à l’adulte. Un soupir de fierté gonfle la poitrine de Ditratos.
Dès que l’enfant s’endort, Yuna vient rejoindre son ami immortel. Tous les deux se regardent tout en jetant un œil de temps en temps sur leur protégée.

Je te remercie, Yuna. Tu m’as offert un beau présent. Nous créons la différence maintenant.

Je n’avais pas de doute sur cette idée d’inviter cette jeune fille chez nous. Je crois que demain sera pour nous tous une belle aventure.

À SUIVRE…
Renatus, votre chroniqueur.

mardi 22 janvier 2013

Chronique VIII des Filles des Pléiades




La Licorne le sait par instinct, puisque ses fibres intérieures sont apparentées aux Pléiadiens. Comme elle est une des descendantes des Sept Vénérées Filles Sacrées, elle sait…
En tant que Voyageur de Conscience, Cailla le sait, vigilant comme un aigle suspendu dans l’air, glissant d’un plan à l’autre, d’une époque à l’autre, de rêves en rêves.
La Nymphe Osirian connaît très bien le réseau caché des étendues d’eau, des lacs souterrains, tunnels, labyrinthes, voûtes et puits des abîmes. Elle est le fil conducteur entre les habitants de la terre creuse et de ceux qui marchent à la surface.
Mirrhilia, la petite sœur Fée, toujours fidèle à Osirian et Cailla, sait très bien ouvrir ces portails à travers le Royaume de l’Éther, cet univers entre toute matière, cette voie aux ramifications infinies traversant le multivers et la ligne du temps.
L’appel des Sept Sacrées a été entendu. C’est pourquoi nous retrouvons ici les quatre compagnons marchant côte à côte à travers le portail. Leur vision est légèrement altérée quand ils franchissent ce pont de poussière d’étoile. Le monde de Mère Terre suit son cours sous leurs pieds… la majestueuse Forêt des Ifs… la couronne rocheuse des neiges éternelles et… la vallée verdoyante et la cité dissimulée sous le manteau de la jungle, le fameux et légendaire domaine de la Reine des Guépards.
Deux mains reposent sur le ventre porteur de vie. L’utérus tremble et s’agite à l’accueil du nouvel être qui pousse à naître sous les étoiles. La Reine des Guépards sera bientôt mère. Ses mains caressent doucement son ventre tandis qu'elle laisse filer l’air dans sa trachée-artère, fermant les yeux à la douleur, dirigeant sa conscience vers ce petit plein de vie. Elle porte en son cœur ce nouveau destin qui se dessine lui-même sous ses mains.
Une marée émotionnelle s’élève du cœur de Cailla. Sacha, la Licorne, voit bien les enjeux. Elle sait comment supporter un futur père tout en connaissant l’héritage de Cailla. Elle détient le savoir de la destiné de l’Étalon, l’enfant de Cailla est en route, c’est la renaissance de la race du Sphinx. Les Siriens et les Pléiadiens peuvent se lever devant leur nouvel enfant né.
C’est fantastique de voir comment la vie tisse ensemble toutes ces âmes comme une merveilleuse tapisserie. La scène suivante mérite d’être le sujet dépeint sur un tissu décorant le mur de l’histoire. Dans cette même chambre, il y a quelques lunes, un moment romantique s’est déployé sous la lumière ambrée, où les corps nus et dorés de deux amants ondulaient sous le rythme de leurs étreintes passionnées. Ici et maintenant, c’est la fin des douleurs de l’accouchement, un présent est mis au monde et son premier souffle peut être.
Le cercle sacré des quatre voyageurs de conscience du royaume de la Forêt des Ifs entoure le Féminin Sacré. La Reine Vénérée, la clairvoyante féline donne naissance à celui de la prophétie.
Sacha la Licorne, Cailla le gardien de vie, Osirian la Nymphe, Mirrhilia la Fée referment le cercle plus serré autour de la Mère Reine Tiera. Leur aura individuelle s’amalgame une dans l’autre puis avec celle de Tiera, tout en douceur. Au dessus d’eux, une lumière pure aussi blanche que le cœur même de l’univers s’harmonise avec eux.
Dans un élan commun un tourbillon de six différentes couleurs crée une spirale ressemblant beaucoup à la forme d’une galaxie. Alors que les douleurs de l’accouchement s’achèvent dans un cri de délivrance, le corps félin de la mère est libéré de toutes résistances, peines et convulsions et se pose enfin avec grâce et abandon.
ROOOOAAARRRRRGGGHHH!
Un premier souffle mélangé à un rugissement est entendu pour la première fois sur cette jeune terre.
Près de la couche de la Reine Tiera, une douzaine de guépards, fidèles animaux familiers de la Reine, se lèvent tous spontanément. Tous ensemble, ces félins habituellement féroces se mettent à jouer entre eux comme des chatons. Ils courent, sautent, font des culbutes, se roulent par terre dans une chorégraphie complexe mystérieusement inspirée.
Malgré leur absence physique à cet accouchement historique, deux frères du vent couverts de longs poils sont tout de même très éveillés à ce qui se déroule. Ils se tiennent debout main dans la main, dans leur caverne éloignée. Ils sont devant le grand cristal, la semence des étoiles. Dans un état de transe profonde, leurs pensées ne sont plus. Dans le ici et maintenant, leurs visages simiesques réfléchissent la lumière émanant de la pierre qui chante à leurs âmes. C’est aujourd'hui le grand jour. La Reine Clairvoyante est libérée de son Fardeau Sacré. La légende est née. L’unificateur peut marcher sur ses quatre pattes, portant l’alliance en lui. Le Sphinx peut accomplir l’harmonisation galactique de deux races : Les Pléiadiens et les Hyadiens. Pour la première fois sur terre, un être essentiel naît avec les deux semences célestes coulant dans ses veines. La prophétie peut maintenant marcher librement sur la surface d’une si jeune terre.

Fin.

Renatus, votre chroniqueur.

Illustration: Jim Murray