
"Une rébellion nous a ramené à se terrer comme des vermines Duergar. Cette pourriture d'Arachne a utilisé de la Magie Blanche interdite. Mais nous saurons reconquérir ce qui nous est dû. Les âmes des Arachnes rebelles seront offertes tel que convenu, à sa Dame des Enfers. Que votre beauté dévore leurs âmes."
Depuis deux heures que la rébellion fait rage dans les Méandres Intérieurs. Arachnéida, la "Veuve Noire", reine des elfes noirs, s'est retirée dans son Sanctuaire Privé pour se recueillir devant sa Déesse clandestine. Les derniers événements violents viennent accélérer ses plans. Arachnéida sait maintenant qu'elle doit agir rapidement et tirer profit de la confusion actuelle pour honorer sa nouvelle Déesse. C'est dans quelques instants que se jouera un grand coup d'état.
Depuis deux heures que la rébellion fait rage dans les Méandres Intérieurs. Arachnéida, la "Veuve Noire", reine des elfes noirs, s'est retirée dans son Sanctuaire Privé pour se recueillir devant sa Déesse clandestine. Les derniers événements violents viennent accélérer ses plans. Arachnéida sait maintenant qu'elle doit agir rapidement et tirer profit de la confusion actuelle pour honorer sa nouvelle Déesse. C'est dans quelques instants que se jouera un grand coup d'état.
Fermant son grimoire de voyage, elle regarde pieusement la couverture, faite de cuir d’Arachne. On y voit embossée l’image d’une femme nue, dotée d’ailes démoniaques. La figure féminine, avec ses jambes se terminant par deux pattes de griffon, inspire le respect. À ses pieds, une inscription en runes infernales se traduit ainsi : « FEMME DE LA DÉPRAVATION o FEMME DES TROIS MONDES o CELLE QUI SAIT o CELLE QUI VEILLE AU CRÉPUSCULE o LILITH o PREMIÈRE DÉMONE.
Arachnéida ferme les yeux. D’un baisé sensuel, elle pose ses lèvres noires sur l’icône de Lilith et glisse le grimoire sous ses amples vêtements de reine. Le sanctuaire privé de la reine Veuve Noire est une simple petite poche d’air, une grotte éclairée de cristaux verts, décorée de têtes squelettiques d’elfes noirs mâles vampirisés, de carcasses d’Arachnes qui en savaient trop sur la foi clandestine de leur reine. Arachnéida se tourne vers la surface cristalline du mur pour s’y intruser. Traversant la masse tellurique, elle ouvre un lien télépathique avec sa déesse Lilith. Une prière pleine de ferveur enflamme ses esprits, cheminant vers le lien de consécration.
Malgré l’état immatériel d’Arachnéida qui traverse les couches de strates souterraines, l’incursion de la pensée démoniaque de Lilith vient altérer ses forces vitales. La Veuve Noire doit agir ouvertement, maintenant. La clandestinité de sa foi n’est plus nécessaire.
L’appel infernal est puissant. Du fond des enfers, Lilith projète ses pensées sur Arachnéida et ses deux gardes-du-corps : Deux elfes noires guerrières choisies pour le grand rituel de consécration. Parcourant les Méandres Intérieurs, le magnétisme démonique atteint son but. Dans ses appartements privés, Arachnéida est la dernière à s’y extruser. Devant elle, les deux superbes elfes guerrières ont répondu à l’appel de Lilith. Dans les lueurs verdâtres des cristaux ceinturant la chambre privée de la Veuve Noire, l’esprit de Lilith est perceptible.
En un éclair rouge écarlate, les trois femmes basculent dans un espace-temps secret. Elles deviennent invisibles. Disparues de ce monde, elles sont à la merci de leur déesse. Dans les griffes de la femme de la dépravation, la consécration de trois âmes s’opère dans l’invisible. Plusieurs heures plus tard, le voile de la réalité se tisse à nouveau devant les yeux des trois prêtresses consacrées, trois entités ramenées d’un ailleurs imprécis, trois âmes touchées par les plaisirs des enfers, trois servantes de la Dame des trois mondes.
Arachnéida, Lili et Lilia… toutes les trois se regardent avec des tisons passionnels crépitant toujours dans leurs yeux ténébreux. Une puissance infernale les habite, maintenant que le voile du réel se rabat autour d’elles… Maintenant que la vie continue et que Lilith les attise, la réalité se tresse devant les trois choisies par la première démone des enfers.
Arachnéida s’extruse de la masse tellurique avec Lili et Lilia à ses côtés. Elles se regardent intensément. Elles se ressentent une dans l’autre comme si elles s’étaient offertes à la passion de l’autre. Curieuse faveur de Lilith qui se manifeste ainsi dans les fibres de leurs désirs.
Ramenée dans son ultime quartier général de fortune, à la limite des frontières elfiques des Méandres Intérieurs, Arachnéida reçoit la Succube espionne qui se matérialise devant elle, traversant le voile du Monde Onirique. La Veuve Noire, Lili et Lilia sont entourées des six Arachnes qui ont survécues aux derniers événements. Des douze Arachnes formant le Concile des Elfes Noirs, elles sont les dernières Arachnes encore vivantes.
La charmante Succube chante alors de sa voix onduleuse : Les nouvelles sont très dramatiques. Les Fomores de toutes les caves interdites ont été ranimés. Aussi, les spectres des guerrières Hautes Elfes se sont libérés... Nous devrions bientôt être envahis par cette nuée de Banshees.
Ainsi se poursuit le rapport officiel présenté au Concile des Arachnes. Dans un même temps, son langage du corps et l’interprétation des symboles oniriques connus seulement d’Arachnéida, dépeint un tout autre portrait de la situation : La civilisation des Elfes Noirs et des Arachnes sont décimés. C’est fini! Les démons incubes sont à leur poste sur les rivages oniriques et s’activeront à la dévoration des Arachnes à la fin de la séance. Soyez prêtes, mes sœurs. Vos consécrations à Lilith vous donnent une nouvelle légion de démons au nombre de 69. En effet, les servants de Sa Beauté ont déjà dévoré la Garde Noire et chaque serviteur mâle elfe, sauf un, a été offert à l’hôtel de Sa Beauté Lilith. Le sacrifice a ouvert le portail et la légion des 69 démons des enfers déferleront sous la Lune d’argent lors du prochain crépuscule tel que prévu.
Une fois la séance terminée, le protocole du silence obligatoire est respecté… pour laisser le groupe des six Arachnes se consulter télépathiquement. C’est à cet instant précis que le coup d’état éclate. De leur rivage onirique, des incubes, au nombre de douze, s’abattent comme l’éclair sur les Arachnes et les dévorent à grands coups de crocs et de griffes. Du sang et des corps d’Arachnes démembrés sont projetés partout. Telle est la violence de l’impact. Ensuite, par fuite onirique, les succubes et les incubes disparaissent, libérés de leur carnage. « Je vous rejoins tous avant le crépuscule, pour la grande dévoration de la pleine lune. » C’est la voix d’Arachnéida qui fait écho dans le quartier général couvert de tarentules avides de chair fraiche. La nouvelle prêtresse de Lilith doit faire un détour du côté de la Roche-aux-fées. Là-haut, les pierres qui chantent lui donneront l’identité véritable des instigateurs de cette rébellion.
L’ex-reine des elfes noirs s’intruse sûrement une dernière fois puisqu’elle règne maintenant à la tête d’une légion de démons incubes/succubes qui vivent sur les rivages des rêves des mâles ou des femmes qui deviendront une nourriture parfaite pour elle et sa nouvelle armée. « Je m’approche de vous, insipides guetteurs du multivers, je m’élève vers la lune et ses nuits ensorcelées. Je serai l’Ombre de votre Lumière et vous participerez à mes épiphanies. Nous serons les danseurs d’une chorégraphie chaotique. Nous serons les joueurs de la destinée. Nous serons les pions des rêves divins. Et toi, rôdeur stérile des mondes parallèles, je te promets des défis à la hauteur de tes illusions. Je jouis déjà de vous voir, Yuna et toi, maraudeurs du multivers, enchainés dans vos désuètes interventions. Vous n’êtes que des marionnettes de foire sur des mains de faux dieux qui s’amusent avec votre immortalité. Gloire à la femme des trois mondes, Lilith…sensuelle Déesse. »
ÉPILOGUE
Noirceur, ténèbres, obscurité…
Trois synonymes de frayeur intense où l’âme n’a de valeur que lorsqu’elle survit aux griffes vampiriques des Arachnes des Elfes Noirs. Mais ici, ces trois mots disparaissent avec la chute d’un empire, dans les odeurs cadavériques des carcasses d’Arachnes sur le dos, offrant leurs entrailles à l’obscurité, dévoreuse de défaite et déception. Ici, gît les restes démembrés de ces six puissantes Arachnes, jadis sous la glorieuse protection de la Déesse des Ténèbres la plus crainte des Méandres Intérieurs. Cette Déesse est déchue, sans fidèle croyant pour nourrir ses désirs de pouvoir, sans rituel sanglant pour assouvir sa soif d’éternité. Cette Déesse déchue apparaît dans la salle comme une faible flamme verdâtre à peine plus étincelante qu’une chandelle… à peine matérialisée, la masse est informe et diaphane puisque sans image mentale projetée par ses croyants maintenant défunts.
SANS FORCE...
SANS LÉGION…
SANS ARMÉE…
Cette Déesse déchue, translucide et sans aura de domination, est vidée de ses égrégores jadis puissants. Amputée de ses ultimes dernières Arachnes qui sont sans essence démoniaque, sans âme, servant de nourriture aux Tarentules. Ces dernières, seules survivantes de cet empire qui traumatisait toutes les races porteuses d’âmes, à travers les Méandre Intérieurs.
Cette Déesse déchue devra se limiter à s’incarner dans une espèce rampante et carnassière, sans culture ni richesse. Ces Tarentules survivent aux saisons des civilisations. Cette race traversera les éons du temps pour devenir la future domination d’une Déesse déchue. Des flammes flottantes dans l’air putride s’abaissent une à une sur les Tarentules poilues et toutes frénétiques à s’arracher les derniers lambeaux d’entrailles d’Arachnes. Dans un tremblement collectif, les créatures déifiées deviennent les porteurs de l’héritage d’une Déesse déchue. Elle dormira quelques décennies, ainsi portée par ces Tarentules et sera la future horreur des Méandres Intérieurs.
Une future némésis qui rampe pour le moment mais qui vampirisera bientôt d’autres victimes qui, de leurs âmes, viendront nourrir la Déesse des profondeurs, éternelle.
Une Déesse qui se souviendra, se vengera et enfermera Arachnéida, pour l’éternité, dans la noirceur, les ténèbres et l’obscurité.
Fin de la chronique XIII