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mercredi 26 mai 2010

Les Enfants de la Terre V


L’hiver, en Nouvelle Angleterre, est habituellement fort agréable, sans surprise, froid mais sans ce niveau élevé d’humidité qui pénètre toute protection, toute isolation et qui tue tout bien être. Mais dans le cas de Denizia, notre porteuse de Magie Blanche, cet hiver se solde par des événements paranormaux de plus en plus intenses. Avec sa fée gardienne Mhörhygan et Sky, son faucon familier, des phénomènes inquiétants se démultiplient, surtout depuis le jour de la Beltaine dernier.
Denizia, bénite par la Déesse Brigid et touchée par les Guetteurs du multivers, Ditratos et Yuna, est de nouveau méditative, assise au centre de son jardin secret, au pied de son arbre de vie. Le simple souvenir d’un rêve a guidé les pas de Dame Denizia ici, sous les verres de la serre ancestrale. Bien au chaud dans cet havre exotique survolé par des oiseaux multicolores, la porteuse de Magie Blanche sourie de bonheur à ses amis aviaires, cadeaux divins de sa Déesse Brigid. Quelques oiseaux viennent même lui tirer quelques mèches de sa chevelure quasi chevaline dû à son épaisse densité, mais soyeuse comme un duvet d’oisillon. Leur témérité excite légèrement les instincts de chasseur de Sky mais le lien empathique des deux Enfants de la Terre prévaut. Connectée à ses frères et soeurs aviaires, rassurée et relaxe parmi les siens, les ombres multiples de ses semblables ailés courent sur son corps de femme aux attributs sensuels.
Denizia contemple le riche feuillage de l’arbre tout en glissant son corps de Déesse sur ses racines lisses et centenaires qui sillonnent un tapis épais de mousse sylvestre. La couleur noisette de ses yeux se dissipe aussitôt et fait place à celle de la verdoyante tapisserie qui les baigne. Telle une réelle réplique du multivers, le Chêne-Frère s’ennoblie de ces racines nourricières qui rayonnent comme un soleil. Ces tentacules végétaux puisent dans l’invisible chthonien et les ténèbres, l’Essence de la Vie. Par son puissant tronc plein de sève vivifiante, il supporte et produit les multiples embranchements du multivers et les différentes espèces animales, végétales, mais aussi telluriques et célestes.
Sky s’amuse à caresser le bras et l’épaule de sa grande soeur, la chatouillant. Un petit rire d’enfant tout tendre et aimant sort des lèvres sensuelles de la Fille de la Terre.
« Sky, Sky, Sky… tu es taquin aujourd’hui. Oh! Je vois, c’est Mörhygan qui marche sur tes rives oniriques! Vous faites un fameux duo d’amis, tous les deux! »
Une légère brise étrange vient faire valser la chevelure épaisse de Denizia et Mörhygan apparaît alors sur le dos de Sky. Le souffle d’air fait trembler quelques feuilles de l’arbre de vie. Les trois amis lèvent leurs yeux vers la dense parure feuillue de leur frère-arbre qui vibre de vague en vague pour laisser tomber des feuilles qui voltigent en zigzag vers eux et se déposent tout autour, comme un grand cercle invisible marqué de sept feuilles…Mörhygan rompt le silence :
« Les sept univers de la coalition du multivers! »
Sky déploie ses ailes en signe de surprise et Denizia ouvre plus grand les yeux sur sa petite gardienne fée qui ajoute : « Ben quoi! Vous ne savez pas pourquoi les signes oniriques vous guidaient jusqu’ici, en cet instant précis? »
« Eh bien, c’est que… » Denizia et Sky se regardent en lien empathique.
« Nous pensions nous envoler avec Deniziair et faire un saut vers les Appalaches… »
« He! Non, non!... » Coupe aussitôt la petite fée. « Plus tard, les ballades aillées, d’ailleurs, tu portes les sept clés des Portails sur toi. »
« Sur moi? »
Une sensation de chaleur et de picotement attire l'attention de Denizia à sa poitrine, plus précisément le long de son sein droit... Une chaude énergie vient caresser son flanc tout entier, apportant un doux et profond émoi à son coeur. Levant la tête vers les ramifications végétales sous lesquelles elle se tient assise, Denizia ne voit pas les impressions monochromes de son jacket soudainement s'animer et prendre relief, couleurs et vie. Déployant leurs ailes dans un frétillement de vie et d'énergie, les papillons s'envolent alors du tissu même du vêtement porté par Denizia...

À suivre dans la chronique VI des Enfants de la Terre, bientôt.

dimanche 23 mai 2010

Chronique du Miroir XI


Un vol plané enfonce Yuna dans une noirceur encrée. Ses yeux d’Arachne
détectent juste à temps des toiles d’araignée épaisses et immenses accueillant tout
intrus dans le coeur de la forteresse des elfes noirs. Voltigeant en zigzag le long de
ces obstacles, la descente de Yuna est observée par quelques silhouettes
d’Arachnes affairées à leurs toiles. Puis, elle détecte derrière elle un cortège
d’Arachnes volant vers elle. Maintenant, toutes les connaissances infuses tirées
du Grimoire des Damnés font leurs preuves. La personnalité de Yuna la fée s’est
retirée dans un coin très reculé à l’intérieur de l’Arachne qu’elle est devenue.
Yuna est protégée de toute incursion télépathique. La fée s’y connaît en ce
domaine. Elle, la fée rebelle aux cent visages, qui change de forme selon les
créatures qu’elles confronte. Mais, cette fois-ci, la Transfiguration des Arachnes
qui s’est opérée en elle aurait dû vampiriser l’âme même de Yuna. Mais
l’éternelle fée s’est préparée dans toutes ses fibres magiques. Elle sent déjà les
liens télépathiques des vicieuses Arachnes se tisser à travers ses pensées. Mais il
n’y a plus de Yuna pour nourrir ces affreuses créatures. La fée s’est estompée
pour l’instant.
C’est à ce moment que le vol se termine sur une grande toile décorée de cristaux
ambrés et verdâtres d’où émane une mince lumière plus faibles que des
chandelles. Une douzaine d’Arachnes s’approchent en cercle autour de Yuna.
Avec grâce et témérité Yuna déploie une personnalité créée sur le champ. Telle
une araignée tissant sa toile, Yuna tisse son charisme à son auditoire qui pourrait
la dévorer sur place et déchiqueter son âme aux quatre coins des Méandres
Intérieurs.
Le plan de Yuna est simple : gagner la confiance de ces Arachnes, ensuite, créer
une irréfutable histoire à propos d’un complot d’Arachnéida contre le conseil des
Arachnes. Enfin, lorsque la reine des elfes noirs se pointera elle-même dans
quelques instants…son destin va tourner au noir.
C’est incroyable la profondeur de connaissance que ce Grimoire des Damnés peut
contenir. Yuna s’est totalement imbibée, par magie noires, de tout un monde des
ténèbres à un point tellement parfait qu’elle pourrait dominer cette civilisation et
survivre à toutes les intrigues possibles en ce bas monde.
D’ailleurs, émergeant des profondeurs sous la grande toile du concile, dans une
parfaite attitude de reine démoniaque, voilà la Veuve Noire, Arachnéida. Sa
lévitation donne à son corps elfique l’allure d’un ange noir. Sa beauté physique
tient de la démence. Son attirance a vampirisé des centaines de mâles et son
tableau de chasse s’attribue aussi des proies féminines. Yuna le sait par le biais du
Grimoire Interdit. Mais la fée se sait capable de confronter cette légende sombre
qui glisse dans l’obscurité au centre du grand concile, à l’orée de son destin, au
crépuscule de sa gloire. C’est à ce moment précis que se joue la plus grande
supercherie jamais vécue chez les elfes noirs. Des regards et des attitudes
perplexes construisent rapidement un climat de méfiance vis-à-vis la puissante
reine.
C’est dans cette micro seconde d’instabilité générale, où un duel mortel peut
rompre la tension, que Yuna applique la dernière phase de son plan. Dans une
fontaine de lumière magique, Yuna, la fée rebelle, prend bien soin de viser les
yeux fragiles de ses adversaires. Tel un feu d’artifice, la lumière aveuglante jaillit
de ses huit pattes et ses deux bras, foudroyant des jets de lumière tellement
intense que les murs en sont illuminés. En quelques instants, les têtes des elfes
noirs sont couronnées d’une lumière quasi mortelle pour cette race souterraine.
Désorientées, déséquilibrées, plusieurs Arachnes tombent en chute libre dans le
vide encré qui s’illumine. Les murs de la grande faille, éclairés comme jamais,
dévoilent des reliefs bizarres qui ressemblent étrangement à des figures
gigantesques. Tout le long de la falaise, ces bas reliefs sont parcourus par des
ramifications de lumière. La paroi toute entière est criblée de jets de lumière
féeriques, jaillissant des dix membres de Yuna, elle-même en parfaite lévitation. C’est là que la magie féerique devient magie mortelle dans les mains d’une fée
rebelle. Six ou huit Arachnes sont étendues par terre, couronnées de leur lumière
éternelle. Aveuglées, elles ne voient pas ces pieds gigantesques de pierre s’élever
au dessus d’elles et s’abattre d’un coup.
Roulant par terre, Arachnéida se concentre sur un contre sort affaiblissant l’éclat
de la sphère de lumière autour de sa tête. D’une grâce elfique, elle évite le sort
fatal des Arachnes écrasées comme des insectes, sous les pieds des géants
légendaires cités dans le Grimoire des Damnés : LES FOMORES, habitants des
Premiers Âges des Méandres Intérieurs, ramenés à la vie par la touche féerique
de Yuna.
Du coin de l’oeil, la fée Arachne sait que son ennemie évite les géants de pierre.
De ses huit pattes elle converge les effluves de lumière, ciblant la tête
d’Arachnéida. Dans un grincement de voix diabolique, la Veuve Noire se jette au
sol, souffrant de l’intense lumière féerique lui dévorant les fibres optiques. Sans
plus attendre, Yuna prend son envol vers le sommet. C’est maintenant ou jamais
que la retraite est de mise.
Tout le long de son ascension vers le haut de la faille, Yuna remarque des
fendillements s’élargir dans les parois. Les géants de pierre quittent leur gîte
millénaire et la caverne s’émiette comme un grotesque château de sable. De
toutes parts, sur les murs de la cheminée qui s’effondre, de puissants guerriers de
la Garde Noire opèrent leur extrusion mais deviennent aussitôt la cible de
l’implaquable Yuna qui lance ses boules de lumière, brûlant les yeux elfiques.
C’est dans un jeu fatal de réaction en chaîne que ces balles féeriques se
démultiplient d’une tête à l’autre apportant des chutes mortelles comme une pluie
d’étoiles filantes. L’éveil des Fomores se continue aussi de cavernes en cavernes
apportant le chaos et la destruction…
Nous retrouvons nos deux compagnons enfin réunis. Ils pratiquent encore
l’intrusion dans les entrailles de Gaïa pour accomplir l’ultime action qui devra repousser toute possibilité d’invasion des elfes noirs. La vitesse d’action est leur
gage de réussite. À deux contre des milliers, il faut compter sur des collaborateurs
puissants qui verront un avantage dans la défaite d’une société aussi corrompue
que puissante.
Un lien télépathique s’ouvre à nouveau entre Yuna et Ditratos : « Yuna, ma fée
préférée, tu as été fantastique contre ces Arachnes… et ces Fomores libérés
donneront beaucoup de défis aux survivants elfes noirs. »
« Mon Rôdeur adoré, c’est fou comme j’aime ça, des coups de théâtre, c’est
grisant comme effet. Mais attention, Arachnéida circule encore dans ses
Méandres Intérieurs… c’est une dure à cuire! »
À ces pensées, glissant à travers la densité les entourant, Ditratos sent son coeur se
gonfler d’une nouvelle force : Yuna, sa petite fée préférée!...
« Notre Némésis ne m’inquiète plus, pense-t-il, dès que nous aurons atteint la
voûte des lamentations, des milliers de voix familières à Arachnéida lui
rappelleront des moments intenses des Premiers Âges et l’affaibliront. »


À SUIVRE… Chronique du Miroir XII

Renatus.

mercredi 19 mai 2010

Chronique du Miroir X


La Roche-aux-fées et sa nuit lunaire sont loin derrière, tout en
haut, là où des civilisations insouciantes risquent une invasion des
elfes noirs. Les pensées télépathiques courent à travers le roc
massif et dense. La descente est constante. Les corps sans
dimension traversent la croûte tellurique qui sépare deux mondes;
celui de Lumière et l’autre de Ténèbres.
Ditratos et Yuna profitent de la magie des elfes noirs. Leurs corps
physiques éthérés transpercent le voile des trois dimensions. Les
couches des différentes strates de pierre passent de part en part
l’essence vitale des deux aventuriers. Ils expérimentent
l’impossible. Ils sont en fusion avec l’infiniment petit. La
quintessence de chacun s’intercale à celle de Gaïa et le voyage en
son centre s’insinue dans l’entre-matière.
La magie du guetteur du multivers guide aussi leur progression
dans les entrailles de Gaïa vers leur ennemie, Arachnéida.
Quelques fois ils traversent des zones, des ouvertures sans roc. Ces
régions sont habitées, parfois, par des races jadis inconnues de nos
deux explorateurs. Mais la Transfiguration des Arachnes porte
fruit. La connaissance et la magie intrinsèque des elfes noirs
circulent maintenant dans chaque micro-molécule de leur être. Ce
périple dans la matière de Gaïa en est la preuve.
Une autre antichambre se présente au passage des deux voyageurs.
Du plafond criblé de cristaux ambrés, leurs corps fantomatiques
émergent de la masse rocheuse et glissent dans le vide en lévitant
vers le bas. Ils reconnaissent une race qui n’a jamais foulé le sol de
Gaïa : les duergars. La taille de ces créatures n’atteint pas la
hauteur des genoux humains. Petits, mais presque aussi puissants
que leurs cousins elfes noirs, la loyauté, l’honneur et l’intégrité des
duergars ne les sauvent pas de l’esclavage. Ici, ils extraient ces
cristaux pour leurs maîtres et rêvent de liberté. Ditratos projette
alors un lien télépathique à Yuna : « Ces duergars tourneront
bientôt une page de leur histoire. Notre plan les y aidera. Mais il
est beaucoup plus sage pour nous d’agir dans l’invisible, merci,
Yuna. Par notre humble geste, occulté par ta magie féerique,
l’honneur d’une race est sauvée. Gente Dame Fée, votre voile
d’invisibilité nous en assure le succès. »
« Oh! Pense-t-elle. J’aime bien sauvegarder ma vie privée. C’est
une affaire de fée qui sommeille dans mon corps d’Arachne…
Attention, Ditratos, je sens la présence de quelques Arachnes pas
très loin, sûrement dans une cave voisine. Protège bien tes liens
télépathiques, cher ami. Ici, la discrétion est cruciale. »
Ensemble, la descente invisible continue au milieu de cette prison
naturelle de cristaux. De nouveau, les guetteurs s’intrusent dans la
masse souterraine qui les entoure. « Ça y est, pense Yuna, dans
quelques coudées, je testerai mon charisme sur mes congénères.
Ici, je cesse l’invisibilité pour ne pas insulter ces Arachnes.
L’extrusion s’effectue de nouveau, mais cette fois-ci dans la totale
visibilité. Les corps des deux compagnons se matérialisent dans
l’air ambiant, s’extirpant sans douleur de la masse tellurique.
Comme deux corps émergeant de l’eau, le couple d’amis vivent
l’extrusion avec nonchalance comme de véritables habitants des Méandres Intérieurs. le spectacle qui s'offre à leurs yeux est à couper le souffle.
Yuna et Ditratos sont en lévitation dans la pointe supérieure d'une faille qui s'élargie des deux côtés. Ici, c'est un aura de puissance et d’autorité qui frappe le corps éthérique de Ditratos de plein fouet.
Il sait que le succès de leur mission repose maintenant sur le
charisme de Yuna. Suspendu en lévitation au dessus d’un vide sans
fond, il sait que c’est ici que se joue le destin des civilisations de
Gaïa. Le magicien voit d’autres elfes noirs mâles en suspension ici
et là. Ce sont d’autres serviteurs en attente des besoins de leur
Arachne.
La brave Yuna cesse sa lévitation et déploie ses ailes de démon.
Un dernier clin d’oeil à son ami et la voilà partie, planant vers les
ténèbres qui l’accueillent à des milliers de coudées plus bas. Son
amie disparaît, engloutie de néant… Il lève les yeux lentement vers
ces pantins accrochés dans le vide, comme lui-même, ils attendent,
simplement… pendant que son estomac se noue… simplement… à
la merci d’un plan fragile et téméraire; prendre à revers la reine des
elfes noirs sur son propre terrain. Si l’opération des deux amis
réussit, Arachnéida devra abandonner son plan d’invasion du
multivers. Mais ici, suspendu dans l’inaction, il espère des
nouvelles de sa petite compagne. « Par tous les arcanes, je me sens
tellement seul, ici, sans ma bien-aimée. »
Cette pensée, c’est du coeur qu’elle s’échappe! Ditratos est pris par
surprise… Son coeur bascule, suspendu dans l’inconnu. Un sourire
plein d’assurance efface l’anxiété de son visage d’ébène car une
force l’habite, maintenant. Ditratos tombe pour une fée, suspendu
dans l’inconnu, mais pas comme un pantin. Il regarde les autres
silhouettes immobiles au dessus du vide, le sourire toujours aux
lèvres : « Tomber en amour, cette idée me sourit… suspendue à
mon coeur. »
À cette pensée, Ditratos se rappelle des consignes de la fée :
« Protège tes beaux yeux d’elfe avec ma pommade-maison. Crois
moi, mon cher, je réserve une surprise brillante à nos hôtes. »

À suivre dans la chronique du Miroir XI.

lundi 3 mai 2010

Les enfants de la Terre IV


Prologue: Se dégageant de l'oeuf d'énergie, la nouveau-née ailée estAjouter une imagelibérée dans son élément: l'air, comme le nouveau suffixe a son nom le dit si bien.

Deniziair sait très bien que rien n'est gagné d'avance avec des démons. Elle a payé sa dernière bataille contre les créatures infernales d'une paire d'ailes totalement amputées de son corps. Elle se souvient encore de la douleur, de l'énergie qui la quittait au gré des filets de sang céleste qui coulait d'une tiède fatalité tout le long de son dos et ses fesses pour aller mourir sur ces roches noires au pied de la Potence des Anges. Mais ce sont ces souvenirs remontant a la surface de sa conscience qui lui donne justement la force de continuer. La ténacité de Mörhygan, sa fée gardienne, aura porté fruit. Maintenant, les dés de la destiné sont lancés.
Le crépuscule s'achève et la lumière du matin régnera bientôt sur la forêt appalachienne. Deniziair sait que Mörhygan a réussi a exterminer des centaines de démons. Mais elle sent qu'une entité infernale s'est glissée saine et sauve au delà du génocide démoniaque. Ou se terre-t-elle, cette vermine? Ou s'est-elle infiltrée? Dans le corps d'un innocent mortel? Dans les entrailles de la Terre-Nourrice? Dans le subterfuge d'une porteuse de Magie Noire?
Deniziair maîtrise son élément parfaitement: l'air. Elle se fie maintenant a son simple instinct céleste pour débusquer le démon-succube de sa cachette. Elle vole et plane au dessus des grands pins. Elle vrille, voltige et plonge dans les interstices forestières. Il faut la voir glisser a une vitesse folle, au dessus des géants verts qui cachent si bien leurs mystères. Soudain, elle freine de ses ailes puissantes et se laisse tomber dans la forêt matinale, pieds devant, vers l'inconnu, vers son adversaire de taille. Dans sa plongée qui tient du vertige, Deniziair ne manque pas de se fusionner a ses frères-arbres qui, de leurs branches éparses, témoignent du passage de l'entité malveillante qui tente de se soustraire a la vigilance des enfants de la Terre.
Tirant avantage des informations empathiques de ses frères, les arbres,
Deniziair sait maintenant où est son némésis. Tempérant son instinct de
vengeance, mais tout de même subjuguée de tant d’images transmises par
ses arbres-frères, elle le visualise. L’image même de sa location la
répugne à un point tel que Deniziair projette sa pensée créatrice au devant
d’elle-même et se retrouve derrière son ennemi.
Totalement immobilisée par la forte emprise démoniaque, la Dryade est
clouée au sol, seins contre terre, ventre soulevé, poignets rivés sur son Sol
Sacré. Elle sent déjà l’ignoble membre frôler ses nymphes encore pures.
Au moment même où elle croit se faire pénétrer par les ténèbres
infernales…un vertige lui soustrait la conscience et elle sent ses forces
l’abandonner à l’assaut de la « copula cum daemone ».
Les ailes démoniaques sont toutes épanouies et frémissent. Des
vociférations sataniques s’échappent d’entres les dents pointues et des
feux crépitent de ses yeux à l’idée de dévorer l’âme-soeur de l’arbre enfant
de la Terre-Mère. C’est une belle insolence au sois disant équilibre
sacré de la Nature vis-à-vis ses Enfants.
Deniziair voit bien la faiblesse d’un incube. Aussitôt qu’une occasion se
présente, il succombe à la tentation et répond à l’appel de sa Maîtresse, du
fond de ses Enfers : LILITH. La routine de la Première Démone des
Enfers est tellement pathétique et prévisible par son élan vampirique de la
possession d’un être sur un autre être. C’est pour ça que Deniziair se fait
un devoir de libérer la vie de cette torpeur démoniaque.
En simultanée, elle plonge ses deux genoux dans le creux du dos de
l’incube et ferme les poings sur les cornes infernales et tire vers elle. Le
craquement des vertèbres est sans équivoque et le son de la mort de la
créature des Enfers annonce la libération de sa soeur sylvestre. Puis, avec une force céleste, Deniziair déchaîne sa rage et sa soif de justice est alors
rassasiée. L’incube décapité s’effondre dans un tourbillon de sang noir
giclant de son corps. La chaire et le sang d’une abomination infernale sont
étalés sur les racines de l’Arbre-Vie de la Dryade vengée.
Encore debout sur le corps inerte de l’incube se vidant de son énergie
noire, Deniziair tient encore dans sa main droite la tête cornue. Elle sent
alors sa main gauche étreinte d’une chaleur humaine familière. Ditratos, le
Rôdeur du multivers, est à ses côtés : « Ton geste était nécessaire et
absolument méritoire. L’équilibre est rétabli. Tu viens de libérer la Terre
de l’emprise des Enfers et nous t’en remercions, Deniziair. Notre Déesse
Brigid a eu raison de te donner des ailes. Tu les offre en retour à la justice
et à l’équilibre de la vie. »
Tournant la tête vers la base du Grand Pin, Deniziair est rassurée de voir
la Dryade assise adossée à son Arbre-Frère et Yuna, la fée rebelle, sur son
épaule, chuchotant des secrets à son oreille effilée. Ditratos prend alors la
tête de l’incube de la main de Deniziair : « Ne t’en fais pas pour la Dame
des Bois. Avec la touche de Yuna, elle survivra à l’agression qu’elle a
subit. Au fait, les fées effacent ce qu’elles veulent de nos mémoires.
Rappelle-moi de t’en reparler plus tard, la mienne fait des siennes,
parfois! » Admirant la tête démonique en la tenant par les deux cornes,
Ditratos ajoute : « De multiples sortilèges et des potions magiques en
devenir, dans cette tête qui sera écervelée!...Allons, le jour se lève bientôt.
Yuna et moi devons te quitter. Nous ne voulons pas trop intervenir sur le
plan de la Terre. C’est à toi de le faire, avec Denizia, Mörhygan, Sky, tes
soeurs et frères, les Enfants de la Terre, qui sont les fruits des Mondes
Oniriques Divins. »
Au même moment que Mörhygan réapparaît sur l’épaule de Deniziair, la
main levée du Mage permet au fameux Miroir de resurgir près du groupe
mystique. Dans des au revoir remplis d’amour, d’amitié et de respect mutuel, les guetteurs du multivers s’estompent à travers leurs réflexions et
le Miroir se dissipe de nouveau. Un instant de silence matinal et sylvestre
retombe autour des deux amies. Deniziair, d’un froissement de plumes,
secoue ses ailes blanches et coupe la quiétude de la forêt : « Nous ne
pouvons pas partir et laisser cette carcasse des enfers… » Un éclair bleu
étoilé jaillie alors à l’endroit où gît la carcasse de l’incube. Puis, plus de
cadavre, ni traces ne subsistent. La petite voix de Mörhygan réplique :
« Quelle carcasse des Enfers? »
Mörhygan, debout sur l’épaule de sa grande soeur des airs, affiche une
attitude désinvolte en s’exprimant sur un ton léger et plein d’innocence
propre aux fées.
Deniziair s’élève agilement de quelques gracieux coups d’ailes et survole
l’endroit de la tuerie : « Wow! »
Perchée sur l’épaule de sa sorcière, Mörhygan répond : « Ici, sur Terre,
nous devons être vigilantes et bien nettoyer derrière notre passage. Les
humains, ici, ne sont pas près à accueillir les réalités des mondes
oniriques. »
Sur ces mots, les deux créatures ailées profitent des dernières ombres
matinales, dans des acrobaties aériennes d’une grâce surnaturelle, pour
rejoindre la sorcière Denizia et Sky, sur le site sacré. À l’approche de la
petite clairière, déjà la nuit fait place au jour sur des notes d’horizon
enflammé par les rayons du soleil levant au dessus de cette Nouvelle
Angleterre rassurante des temps modernes. C’est pour sauvegarder cette
illusion que Mörhygan et Deniziair volent à travers les entre faîtes des
conifères appalachiens, pour ne pas être vues par d’innocents témoins
mortels. Les sens aiguisés des deux compagnes sont connectés aux esprits
et éléments invisibles de la forêt américaine. Empathiques et en parfaite aisance aérienne, la fée gardienne et sa protégée renée de sa jumelle
Denizia, entament leur routine de descendante vers le site ancestral.
La présence et l’énergie aviaire de Sky volant à leur rencontre réchauffe
les coeurs des chasseresses de démon. Mais le jour qui se lève les presse à
agir vite. Deniziair, les pieds devant, observe l’anatomie jumelle de
Denizia qui l’attend, sur le dolmen ancestral. Malgré une totale ignorance
de l’acte de réintégration à son âme-jumelle, Denizia demeure une dame
de la haute société mystique. Elle s’offre donc, les bras en croix, en totale
confiance en sa Déesse Brigid qui lui a redonné des ailes. Denizia regarde
son alter ego ailé plonger vers elle, pointant ses pieds vers son shakra du
coeur. Là où reposait la main de son mentor Ditratos.
Dès que le bout des pieds de Deniziair touche la poitrine de Denizia, la fusion surnaturelle s’opère dans un éclat de lumière d’arc en ciel. Les deux entités deviennent lumière divine et se fondent une dans l’autre dans une parfaite et harmonieuse manifestation des pouvoirs divins ici même incarnés. Les ailes blanches de Deniziair s’engouffrent et glissent dans le corps illuminé de Denizia qui est parcouru de frissons, témoins de ses pulsions d’énergie céleste qui la pénètrent.
Toujours caressée de vagues de douceur subtile, Denizia est alors
en prise avec tellement d’amour et de lumière que ses genoux
plient sous le poids des émotions envahissantes. Telle une
marionnette privée de son maître, Denizia se voit choir sur ses
genoux suivie de sa cape aviaire qui vient recouvrir ses sanglots de
joie insoutenables.
Soudain un rire se déploie de cette enfant de la Terre qui se noyait
dans ses larmes il y a un instant. Un rire qui fait écho dans les
arbres entrelacés dans leurs branches. Un rire libérant les forces
créatrices de miracles du multivers. Un sourire en coin, Denizia
comprend alors toute la portée de ce que lui disait Ditratos :
Aujourd’hui ce n’est pas un jour à la prosternation, mais à la renaissance!
Cette pensée continue à caresser ses souvenirs, lorsqu’elle marche
dans la forêt qui s’éveille, éclairée des rayons du soleil levant qui
la rejoignent entre les branches et dansent sur son habillement
moderne nord américain retouché d’une touche gothique.
Aujourd’hui ce n’est pas un jour à la prosternation, mais à la renaissance!
Cette phrase fait toujours écho dans sa tête lorsqu’une auto arrête
devant elle, faisant de l’auto-stop. « Où allez-vous? » La dame au
volant demande-t-elle. « Pawtucket », répond Denizia. « Bien,
montez! »
Sans le savoir, la conductrice vient d’aider dame Denizia à revenir
d’un rituel extraordinaire. Toujours muette et tranquille, la sorcière
regarde la route défiler, mais de jour, cette fois-ci. Elle se souvient.
Aujourd’hui ce n’est pas un jour à la prosternation, mais à la renaissance!
Levant les yeux vers le ciel, elle voit Sky qui vole en parallèle à
l’auto. Elle sait que Mörhygan est invisible sur son ami. Un sourire
se dessine sur ses lèvres sensuelles, et elle s’entend penser :
« Merci, Déesse Brigid. Merci, Yuna… » Denizia caresse sa
poitrine de sa main gauche et… « Merci, Ditratos. De ta
bénédiction, mon shakra du coeur s’est ouvert pour Deniziair.

FIN
À bientôt, enfants de la Terre!