« Ils étaient des centaines de milliers de sombres silhouettes à sortir de leurs crevasses, de ces tunnels sinueux envahis par de telles créatures aussi rapides que des araignées, pourfendant, claudiquant, sautillant, tel de réels démons des Enfers. Le coeur même des montagnes était subjugué par cet exode d’ombres extirpées des entrailles de la jeune Terre. Comme des fourmis, des légions entières de guerriers noirs déferlaient fiévreusement hors de leurs antres cachés et se déversaient sur les flancs de chacun des versants rocailleux, dans une horrible réaction en chaîne. La paisible vallée forestière était totalement envahie de tous côtés et malgré la magnifique présence de ces Ifs géants, rien ne semblait s’opposer à ce viol de la Forêt Sacrée par cette marée de bêtes sans âme. »
Le conteur est tout en émoi et doit arrêter brusquement son récit pour reprendre le contrôle sur sa voix tremblante d’émotions. Sa jeune audience est émerveillée devant ce Voyageur des Rêves Divins. En un moment volé au temps, le conteur continue son envolée de mots bercés par sa charmante voix. Avec la grâce d’un cygne, le conteur tend ses bras. Dans un même élan, sa voix emprunte un ton léger sur des accents elfiques :
« Du coeur de la Forêt Sacrée un chant est transporté par le vent entre les branches du Royaume Vert. Dans un crescendo mystique d’une langue ancienne, la psalmodie fait écho à travers la vie sauvage. De la quintessence des Esprits des Ifs, les paroles féeriques valsent parmi les troncs géants et les fougères. »
Comme un véritable esprit réincarné, le conteur devient vent d’espoir, inspiré par la genèse de la forêt septentrionale.
« À la vitesse de la lumière, cette vague devint un mur en expansion fondé sur une puissante énergie incendiaire…non pas envers la forêt mais contre ces esprits déviés, ombres des royaumes souterrains. Vous auriez dû voir ces vulgaires corps littéralement démembrés par l’impact de vie : la Psalmodie du Royaume Sauvage de la forêt d’Ifs. Toute cette armée aussi préparée soit elle pour écraser et conquérir, a été démantelé en un instant. »
Le conteur lève alors les bras, formant un V, et clape des doigts ensemble.
« Et ici vous fût raconté la toute première mission du mystérieux Cailla, le seul humain digne de suivre le Chemin du Voyageur de Conscience. »
FIN (mais à bientôt avec la Chronique III des Filles des Pléiades)
Renatus, votre chroniqueur.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire