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jeudi 29 juillet 2010

Chonique du Miroir XII



Deux âmes immortelles voyagent en intrusion dans les Méandres Intérieurs. Les deux compagnons d’aventure sont à une coudée de la Voûte des Lamentations. Yuna, d’une pensée télépathique à son ami, rompt le silence mental : « Cher ami, nous apparaîtrons devant cet égrégore vieux de plusieurs milliers d’années. Avant que leur cri qui arrache l’âme en ait fini avec nous-deux, je te propose une idée… »
« Un fomore! » Pensent-ils en simultanée.
Une fois de plus, ici-même, incorporels et invisibles dans la pierre la télépathie démontre à elle seule la dynamique unissant Ditratos et la fée Yuna.
Dans un seul élan, ils sautent en extrusion, dans la voûte des lamentations. Ici, les spectres des hautes elfes sont tenus captifs par les nécromants d’Arachnéida. Devenues des banshies, les hautes elfes guerrières ne sont plus que des âmes errantes. Jadis, tuées par les soldats d’Arachnéida, ces nobles combattantes furent le dernier chant du cygne d’une civilisation de lumière.
Ici, l’égrégore de la vengeance règne en roi et maître. La seule vision d’un elfe noir ou d’une Arachne suffit à déchaîner le cri collectif qui tue. Mais Yuna est vive comme l’éclair. Visant la base de la paroi rocheuse, ses jets de lumière féerique éclatent sur la surface des murs. La lumière magique serpente le long des interstices entre les pierres difformes et soudain, la Magie Féerique se reconnaît dans un amas de Pierres Ancestrales. Le Fomore est ranimé, nourri de mémoires oubliées, infusées par la magie-même qui circule dans la Roche-aux-fées, à des centaines de lieues d’ici et pourtant partageant les mêmes légendes.
Le spectacle souterrain est sidérant. D’un côté un géant de pierre renaît…De l’autre côté de la vaste voûte se forme une armée diaphane de silhouettes grises et menaçantes. Fantomatiques certes, mais déjà, ces âmes damnées se rassemblent dans un seul souffle froid d’outre-tombe pour émettre le plaintif gémissement. Au centre, deux petites formes de vie, un elfe noir et sa puissante Arachne voltigeant à ses côtés, font piètre allure devant l’amplitude de la rencontre. Ditratos fait face à la masse spectrale envahissant la voute entière. Sa voix grave retenti alors :
« Grandes entités de l’âge d’or des Hautes-Elfes et Grandes Guerrières qui avez écrit l’histoire de votre sang noble. Reconnaissez, aujourd’hui, le fomore témoin de votre passage sous les soleils et les lunes de Gaïa. Libérez-vous de la Mère-Nourrice, porteuse de votre illustre race. Acceptez votre suprématie sur les elfes noirs, simples rejetons de votre unique noblesse. Acclamez votre victoire enfin à votre portée. Laissez votre frère fomore guider votre exode vers l’ultime bataille contre les elfes noirs et leur reine Arachnéida. »
Le nom de la Veuve Noire fait écho dans le silence lourd qui survient. Yuna se pose alors sur l’épaule de son ami. À son oreille, elle chuchote : « Ça, c’est mon Ditratos adoré! » Le baiser d’une Arachne sur le lobe de l’oreille fait son chemin vers le coeur du Mage. « Attend, petite fée préférée, les spectres n’ont pas encore… »
Un phénomène paranormal coupe la parole du magicien. Une grande vague fantomatique frappe et pénètre le géant de pierre. Des milliers d’âmes guerrières réalisent une vengeance nourrie depuis des éons. Le fomore ainsi en fusion avec ces soeurs d’âge, se dégage de sa niche tellurique, provoquant un affaissement de pierres se détachant de la voûte pour créer un éboulis dans un nuage de poussière de roc. Le bruit de l’avalanche gronde le long des Méandres Intérieurs. Le silence reprend sa place autour des deux silhouettes collées une sur l’autre. Yuna et Ditratos sont dans un état d’étrange réconfort reposant sur une amitié rare. Leur peau, cendrée de poussière, affiche une grise texture leur donnant une allure de statues de pierre.
Des échos sourds et lointains témoignent des combats titanesques là où des armées entières d’elfes noirs sont engouffrés par les géants de Gaïa : les fomores, ancêtres-même des elfes noirs et de toutes les créatures des Méandres Intérieurs.
Enfin, la voûte des lamentations révèle son silence à nos deux amis. Yuna, à l’aise dans son corps d’Arachne, est couchée de côté sur l’épaule de Ditratos, reposant son torse nu le long du cou de son ami. Ditratos marche d’un pas agile et léger. Un état de grâce et de jeunesse éternelle traverse toutes ses fibres elfiques. Ne faisant qu’un dans un décor sans âge, les immortels se ressourcent un contre l’autre pour un instant d’éternité. S’attardant sur le sommet d’une formation de cristaux ambrés, le visage profilé d’elfe noir de Ditratos s’harmonise au torse d’ébène de sa petite compagne. Elle dépose sa joue sur le lobe de l’oreille pointue de son vieil ami. Elle lui chuchote : « C’est fantastique! Ces cristaux se sont formés le long des ruines des cités des Hautes-Elfes. Ces villes étaient les Lieux Magiques Sacrés des Premières Âges… J’étais alors toute petite! »
En réponse, Ditratos sourit à sa douce Yuna, cachée dans ce corps d’Arachne démoniaque. Seul un sourire peut répondre à une fée rebelle qui vient de renverser l’empire le plus redoutable des Méandres Intérieurs : Les elfes noirs.
Quelques explosions lointaines transmettent en échos la fin d’une civilisation. « Dit moi, petite fée préférée? Tout ce savoir qui nous habite maintenant, remonte à l’aube des races elfiques, donc à la genèse de ton royaume féerique… »
« Eh ouais! Continus! » Chuchote-t-elle.
« Donc, les Fomores et la Roche-aux-fées… » Ajoute Ditratos, l’air songeur.
« Ils se sont reconnus, dit la petite voix à son oreille… comme toi et moi! » Un petit baiser à l’oreille et le sourire de l’elfe noir s’élargit, dans un silence qui continue à converser entre deux coeurs immortels. Lentement, les deux compagnons s’élèvent du sol, en lévitation, traversant l’espace vertigineux de la Voûte des Lamentations qui ne sera plus hantée par les spectres. L’ascension des deux corps se continue avec assurance vers le plafond de cristaux. L’intrusion elfique s’opère. Les corps se fusionnent à Gaïa, alors que les cristaux chantent le passage de deux héros qui écrivent une autre page de l’histoire des Méandres Intérieurs. Malgré la quintessence incorporelle qui les compose dans les strates solides de Gaïa, nos amis sans âge partagent leur éternité vers la Lune et le Soleil qui les attendent au loin, là-haut, dans le firmament d’un univers sauvé d’une invasion des ténèbres.
Renatus, votre chroniqueur du multivers…suite à la XIIIième!
Au revoir!

mercredi 28 juillet 2010

Chronique I des Filles des Pléiades.



Imaginez-vous au beau milieu d’un paysage qui vous envoûte de ces beautés vierges de forêts sauvages, au rythme des rivières qui cascadent dans le coeur d’une vallée majestueuse, royaume de gigantesques pins ouvrant leurs branches comme des milliers de bras accueillant le ciel bleu.
Vous ne rêvez pas. Vous êtes debout devant la jeune Terre comme elle était à l’aube de l’humanité, dans un replie du Nord- Est de l’Amérique. Aujourd’ hui, nous l’appelons la province de Québec. Mais du temps de ce Nouvel Âge, c’était le royaume des Filles des Pléiades; un vaste domaine touchant le toit du monde et toujours en lien avec la Magie des Six Feyades.
Ici, c’est un lieu enchanté sous les étoiles du Septentrion. Plusieurs chamans et Marcheurs de Rêve connaissent ce pays comme étant leurs portails menant à d’autres dimensions dans une parfaite sérénité puisque ces brèches sont protégées par les Six, les Six Filles des Pléiades, les Six Feyades laissées derrière pour sécuriser ce nouveau monde plein de promesses.
******
C’est une de ces belles nuits sous un ciel septentrional, où chaque éclat d’étoiles se dévoile aux yeux éclairés du chaman. Il est assis dans la position de la chandelle, au sommet d’une immense pierre levée au milieu d’une vallée où, il y a 13 milliards d'années, deux factions de guerriers s’affrontaient dans un combat final. Ces créatures étaient les dernières de leur race. Elle fût un premier flux créatif découlant de l’union de deux Grands Amants. Le chaman, nommé Cailla, connaît l’histoire de ces Grands Êtres Divins et chante ainsi dans une langue oubliée la psalmodie de leur acte passionnel…
« Du coeur de la Vierge Amante Cybelia, croît une étincelle, séduite par son compagnon, le Rôdeur, messager des étoiles, Galaxios. Il vient à elle dans un feu de désire ardent dont la queue de comète est tourmentée de multiples essences, sur le sentier des brumes, connu comme le Pont Sacré de Poussière d’Étoile. Il s’approche portant une arme fatale connue aussi des Enfants de cette Union; La Passion Radiante… Cybelia ressent bien les enjeux mais ne peut résister aux magnifiques et séduisants attributs du Rôdeur Galaxios. Elle se voit mettre à nu ses larges vallées où coulent déjà ces mers salées nourries de ses sources intérieures créées elles-mêmes par de ferventes attentes. »
La voix du chaman Cailla est remplis d’ÉMOTION, puisque tout ce chant n’est que fréquences d’É-nergie dans une MOTION.
« L’étreinte des deux Amants est si grande qu’elle devient Tonnerre de Lumière et Musique, Feu et Vents, un élan sensuel à travers des regards d’Amoureux… d’un côté l’oeil du Cyclone et de l’autre, l’oeil de la Galaxie. Intimement en UN-I-ON, les masses d’énergies explosent dans une Fontaine de Passion, où aucune caverne, ni crevasse n’est épargnée par la Semence de l’Amour. »
Cailla ouvre les yeux vers le ciel nocturne et laisse échapper un long et doux soupir, comme le sifflement d’un serpent entre ses dents serrées. Avec la grâce d’un cygne le chaman se lève et recule avec les mains jointes à son menton. Dans un instant de dévotion, il baisse les yeux sur l’endroit où il était assis, où une part de lui gît…où aucune crevasse n’est laissée sans une Semence d’Amour.
Renatus…votre chroniqueur des Filles des Pléiades. À bientôt!

dimanche 20 juin 2010

Un spécial pour la Litha:Honorons nos Ancêtres, Enfants de la Terre-Nourrice.




À travers les siècles, la société s’est développée et s’est vue renaître en une entité nommée America. Mais les Enfants de la Terre étaient là…
Là, sous le couvert des forêts…
Là, sur les courants des rivières et des lacs…
Là, dans le creux des montagnes…
Là, dans l’Esprit de la Terre-Nourrice…
Là, sur le portail des Ancêtres…
Là…tel des saisons et l’air, l’eau, le feu et la terre, à ces Enfants de la Terre, nous leur devons la vie présente, dans notre confort de la vie moderne et sa déconnexion des essences de la vie.
Denizia, pour célébrer la Litha, se connecte avec ses frères et soeurs Narragansett.
Honorons nos Ancêtres, Enfants de la Terre-Nourrice. Retrouvons les liens qui nous attendent pour ainsi nous libérer des illusions créées par le pouvoir, la convoitise, l’égoïsme et la peur.

mardi 8 juin 2010

Les Enfants de la Terre VI



Une couche mince de neige recouvre le terrain entier menant à la serre ancestrale. La matinée commence à se poindre et la retraite de style Art Nouveau donne à ce moment une touche d’éternité. Le trio d’amis est toujours à l’intérieur. Un écureuil traverse le sentier menant à l’entrée mais s’arrête aussitôt, figé. Deux ombres glissent lentement sur le tapis blanc et la petite créature n’attend pas et saute vers l’arrière. Les deux ombres affichent bien leurs attributs.
Une lueur ambrée émane de la paume droite de la plus petite créature. Déjà, une boule de feu se forme en suspension au dessus de la main démoniaque. Mais une autre main tout aussi ambrée saisie son poignet en un éclair. Les deux regards infernaux se croisent. La haine, la vengeance et la colère se lisent dans l’un, tandis que dans l’autre c’est l’autorité et la puissance du pouvoir. Ramenant de force la main de la fougueuse créature en avant de sa poitrine, pendant un bref instant de silence, les deux démons se font face. Deux visages des enfers éclairés par la sphère enflammée, sertis de ces yeux sans fond d’où émanent aussi les feux des mondes inférieurs…et le démon dit à son sous-lieutenant :
« Ne gaspille pas tes énergies pour ces trois vermines…elles sont liées ensemble. Nous avions un beau plan diabolique au jour de la Beltaine…mais ces trois là sont aussi vicieux que l’Amour et la Lumière entrelacés ensemble…Je te le dis… Nous devons nous rabattre sur notre meilleur option : La Femme-Serpent; SHYTIANIS, la Haute Prêtresse de notre reine Lilith, la fille même d’Ève. Shytianis les écrasera comme elle l’a déjà fait tout au long de l’histoire de l’humanité sur Terre avec ces Porteurs de Lumière. Souviens toi de ce qui s’est passé au Jardin d’Éden! »
C’est décidément la dernière parole dite par ce démon un peu trop sûr de lui aux alentours du domaine de Denizia, la porteuse de Magie Blanche et de sa gardienne…
« MÖRHYGAN! »
…S’écrient les deux comparses infernaux, se tournant la tête vers la beauté sensuelle d’une fée polymorphe, fort attirante mais fatale. D’une vitesse surnaturelle, les deux mains de Mörhygan frappent comme deux glaives de justice sous les mâchoires des deux victimes de leurs instincts d’incubes. En un éclair de sang et de chaire, les deux créatures des ombres s’écrasent par terre, leur tête giclant du sang noir par les huit orifices. Immobile pour un instant, surplombant le massacre, Mörhygan tient encore les deux cerveaux de ses victimes entre ses poings. Elle les jette alors par terre en levant la tête, savourant sa victoire, la fée gardienne se parle à voix basse : « Voilà qui explique l’assaut virulent d’où j’ai survécu de justesse à la Beltaine! » Avec grâce et souplesse, la femme-fée s’accroupie et effleure la blanche neige de ses mains encore souillées du sang des Enfers. D’un regard glacial reflétant bien le voile enneigé qui l’entoure, Mörhygan se lave les mains meurtrières et se serre les dents : « La légendaire Shytianis est derrière cette conspiration. Eh bien soit! Le Concile des Septs en sera informé. » Jetant une neige entachée du sang de ses ennemis, la fée gardienne se relève vivement et se tourne le visage vers la serre ancestrale illuminée par les rayons dorés du matin. Elle pense à voix haute : « Cette nouvelle fait lumière sur bien des mystères. »
Tournant le dos aux pantins libérés de leurs Enfers et à la mare de sang noir, Mörhygan marche lentement mais d’un pas ferme et souple de femme fatale. Elle lève les bras, formant un croissant de lune. Sa silhouette féminine contraste aussitôt sur l’éclair bleuté qui conclue toujours les interventions de Mörhygan auprès des forces des ténèbres. D’une grâce bien féerique, le corps de femme devient fée minuscule qui sillonne l’air matinale vers la serre ancestrale où l’attendent Denizia et Sky.

À suivre dans la chronique VII, de la collection: Les Enfants de la Terre.
Au revoir!

Renatus, votre chroniqueur du multivers.

mercredi 26 mai 2010

Les Enfants de la Terre V


L’hiver, en Nouvelle Angleterre, est habituellement fort agréable, sans surprise, froid mais sans ce niveau élevé d’humidité qui pénètre toute protection, toute isolation et qui tue tout bien être. Mais dans le cas de Denizia, notre porteuse de Magie Blanche, cet hiver se solde par des événements paranormaux de plus en plus intenses. Avec sa fée gardienne Mhörhygan et Sky, son faucon familier, des phénomènes inquiétants se démultiplient, surtout depuis le jour de la Beltaine dernier.
Denizia, bénite par la Déesse Brigid et touchée par les Guetteurs du multivers, Ditratos et Yuna, est de nouveau méditative, assise au centre de son jardin secret, au pied de son arbre de vie. Le simple souvenir d’un rêve a guidé les pas de Dame Denizia ici, sous les verres de la serre ancestrale. Bien au chaud dans cet havre exotique survolé par des oiseaux multicolores, la porteuse de Magie Blanche sourie de bonheur à ses amis aviaires, cadeaux divins de sa Déesse Brigid. Quelques oiseaux viennent même lui tirer quelques mèches de sa chevelure quasi chevaline dû à son épaisse densité, mais soyeuse comme un duvet d’oisillon. Leur témérité excite légèrement les instincts de chasseur de Sky mais le lien empathique des deux Enfants de la Terre prévaut. Connectée à ses frères et soeurs aviaires, rassurée et relaxe parmi les siens, les ombres multiples de ses semblables ailés courent sur son corps de femme aux attributs sensuels.
Denizia contemple le riche feuillage de l’arbre tout en glissant son corps de Déesse sur ses racines lisses et centenaires qui sillonnent un tapis épais de mousse sylvestre. La couleur noisette de ses yeux se dissipe aussitôt et fait place à celle de la verdoyante tapisserie qui les baigne. Telle une réelle réplique du multivers, le Chêne-Frère s’ennoblie de ces racines nourricières qui rayonnent comme un soleil. Ces tentacules végétaux puisent dans l’invisible chthonien et les ténèbres, l’Essence de la Vie. Par son puissant tronc plein de sève vivifiante, il supporte et produit les multiples embranchements du multivers et les différentes espèces animales, végétales, mais aussi telluriques et célestes.
Sky s’amuse à caresser le bras et l’épaule de sa grande soeur, la chatouillant. Un petit rire d’enfant tout tendre et aimant sort des lèvres sensuelles de la Fille de la Terre.
« Sky, Sky, Sky… tu es taquin aujourd’hui. Oh! Je vois, c’est Mörhygan qui marche sur tes rives oniriques! Vous faites un fameux duo d’amis, tous les deux! »
Une légère brise étrange vient faire valser la chevelure épaisse de Denizia et Mörhygan apparaît alors sur le dos de Sky. Le souffle d’air fait trembler quelques feuilles de l’arbre de vie. Les trois amis lèvent leurs yeux vers la dense parure feuillue de leur frère-arbre qui vibre de vague en vague pour laisser tomber des feuilles qui voltigent en zigzag vers eux et se déposent tout autour, comme un grand cercle invisible marqué de sept feuilles…Mörhygan rompt le silence :
« Les sept univers de la coalition du multivers! »
Sky déploie ses ailes en signe de surprise et Denizia ouvre plus grand les yeux sur sa petite gardienne fée qui ajoute : « Ben quoi! Vous ne savez pas pourquoi les signes oniriques vous guidaient jusqu’ici, en cet instant précis? »
« Eh bien, c’est que… » Denizia et Sky se regardent en lien empathique.
« Nous pensions nous envoler avec Deniziair et faire un saut vers les Appalaches… »
« He! Non, non!... » Coupe aussitôt la petite fée. « Plus tard, les ballades aillées, d’ailleurs, tu portes les sept clés des Portails sur toi. »
« Sur moi? »
Une sensation de chaleur et de picotement attire l'attention de Denizia à sa poitrine, plus précisément le long de son sein droit... Une chaude énergie vient caresser son flanc tout entier, apportant un doux et profond émoi à son coeur. Levant la tête vers les ramifications végétales sous lesquelles elle se tient assise, Denizia ne voit pas les impressions monochromes de son jacket soudainement s'animer et prendre relief, couleurs et vie. Déployant leurs ailes dans un frétillement de vie et d'énergie, les papillons s'envolent alors du tissu même du vêtement porté par Denizia...

À suivre dans la chronique VI des Enfants de la Terre, bientôt.

dimanche 23 mai 2010

Chronique du Miroir XI


Un vol plané enfonce Yuna dans une noirceur encrée. Ses yeux d’Arachne
détectent juste à temps des toiles d’araignée épaisses et immenses accueillant tout
intrus dans le coeur de la forteresse des elfes noirs. Voltigeant en zigzag le long de
ces obstacles, la descente de Yuna est observée par quelques silhouettes
d’Arachnes affairées à leurs toiles. Puis, elle détecte derrière elle un cortège
d’Arachnes volant vers elle. Maintenant, toutes les connaissances infuses tirées
du Grimoire des Damnés font leurs preuves. La personnalité de Yuna la fée s’est
retirée dans un coin très reculé à l’intérieur de l’Arachne qu’elle est devenue.
Yuna est protégée de toute incursion télépathique. La fée s’y connaît en ce
domaine. Elle, la fée rebelle aux cent visages, qui change de forme selon les
créatures qu’elles confronte. Mais, cette fois-ci, la Transfiguration des Arachnes
qui s’est opérée en elle aurait dû vampiriser l’âme même de Yuna. Mais
l’éternelle fée s’est préparée dans toutes ses fibres magiques. Elle sent déjà les
liens télépathiques des vicieuses Arachnes se tisser à travers ses pensées. Mais il
n’y a plus de Yuna pour nourrir ces affreuses créatures. La fée s’est estompée
pour l’instant.
C’est à ce moment que le vol se termine sur une grande toile décorée de cristaux
ambrés et verdâtres d’où émane une mince lumière plus faibles que des
chandelles. Une douzaine d’Arachnes s’approchent en cercle autour de Yuna.
Avec grâce et témérité Yuna déploie une personnalité créée sur le champ. Telle
une araignée tissant sa toile, Yuna tisse son charisme à son auditoire qui pourrait
la dévorer sur place et déchiqueter son âme aux quatre coins des Méandres
Intérieurs.
Le plan de Yuna est simple : gagner la confiance de ces Arachnes, ensuite, créer
une irréfutable histoire à propos d’un complot d’Arachnéida contre le conseil des
Arachnes. Enfin, lorsque la reine des elfes noirs se pointera elle-même dans
quelques instants…son destin va tourner au noir.
C’est incroyable la profondeur de connaissance que ce Grimoire des Damnés peut
contenir. Yuna s’est totalement imbibée, par magie noires, de tout un monde des
ténèbres à un point tellement parfait qu’elle pourrait dominer cette civilisation et
survivre à toutes les intrigues possibles en ce bas monde.
D’ailleurs, émergeant des profondeurs sous la grande toile du concile, dans une
parfaite attitude de reine démoniaque, voilà la Veuve Noire, Arachnéida. Sa
lévitation donne à son corps elfique l’allure d’un ange noir. Sa beauté physique
tient de la démence. Son attirance a vampirisé des centaines de mâles et son
tableau de chasse s’attribue aussi des proies féminines. Yuna le sait par le biais du
Grimoire Interdit. Mais la fée se sait capable de confronter cette légende sombre
qui glisse dans l’obscurité au centre du grand concile, à l’orée de son destin, au
crépuscule de sa gloire. C’est à ce moment précis que se joue la plus grande
supercherie jamais vécue chez les elfes noirs. Des regards et des attitudes
perplexes construisent rapidement un climat de méfiance vis-à-vis la puissante
reine.
C’est dans cette micro seconde d’instabilité générale, où un duel mortel peut
rompre la tension, que Yuna applique la dernière phase de son plan. Dans une
fontaine de lumière magique, Yuna, la fée rebelle, prend bien soin de viser les
yeux fragiles de ses adversaires. Tel un feu d’artifice, la lumière aveuglante jaillit
de ses huit pattes et ses deux bras, foudroyant des jets de lumière tellement
intense que les murs en sont illuminés. En quelques instants, les têtes des elfes
noirs sont couronnées d’une lumière quasi mortelle pour cette race souterraine.
Désorientées, déséquilibrées, plusieurs Arachnes tombent en chute libre dans le
vide encré qui s’illumine. Les murs de la grande faille, éclairés comme jamais,
dévoilent des reliefs bizarres qui ressemblent étrangement à des figures
gigantesques. Tout le long de la falaise, ces bas reliefs sont parcourus par des
ramifications de lumière. La paroi toute entière est criblée de jets de lumière
féeriques, jaillissant des dix membres de Yuna, elle-même en parfaite lévitation. C’est là que la magie féerique devient magie mortelle dans les mains d’une fée
rebelle. Six ou huit Arachnes sont étendues par terre, couronnées de leur lumière
éternelle. Aveuglées, elles ne voient pas ces pieds gigantesques de pierre s’élever
au dessus d’elles et s’abattre d’un coup.
Roulant par terre, Arachnéida se concentre sur un contre sort affaiblissant l’éclat
de la sphère de lumière autour de sa tête. D’une grâce elfique, elle évite le sort
fatal des Arachnes écrasées comme des insectes, sous les pieds des géants
légendaires cités dans le Grimoire des Damnés : LES FOMORES, habitants des
Premiers Âges des Méandres Intérieurs, ramenés à la vie par la touche féerique
de Yuna.
Du coin de l’oeil, la fée Arachne sait que son ennemie évite les géants de pierre.
De ses huit pattes elle converge les effluves de lumière, ciblant la tête
d’Arachnéida. Dans un grincement de voix diabolique, la Veuve Noire se jette au
sol, souffrant de l’intense lumière féerique lui dévorant les fibres optiques. Sans
plus attendre, Yuna prend son envol vers le sommet. C’est maintenant ou jamais
que la retraite est de mise.
Tout le long de son ascension vers le haut de la faille, Yuna remarque des
fendillements s’élargir dans les parois. Les géants de pierre quittent leur gîte
millénaire et la caverne s’émiette comme un grotesque château de sable. De
toutes parts, sur les murs de la cheminée qui s’effondre, de puissants guerriers de
la Garde Noire opèrent leur extrusion mais deviennent aussitôt la cible de
l’implaquable Yuna qui lance ses boules de lumière, brûlant les yeux elfiques.
C’est dans un jeu fatal de réaction en chaîne que ces balles féeriques se
démultiplient d’une tête à l’autre apportant des chutes mortelles comme une pluie
d’étoiles filantes. L’éveil des Fomores se continue aussi de cavernes en cavernes
apportant le chaos et la destruction…
Nous retrouvons nos deux compagnons enfin réunis. Ils pratiquent encore
l’intrusion dans les entrailles de Gaïa pour accomplir l’ultime action qui devra repousser toute possibilité d’invasion des elfes noirs. La vitesse d’action est leur
gage de réussite. À deux contre des milliers, il faut compter sur des collaborateurs
puissants qui verront un avantage dans la défaite d’une société aussi corrompue
que puissante.
Un lien télépathique s’ouvre à nouveau entre Yuna et Ditratos : « Yuna, ma fée
préférée, tu as été fantastique contre ces Arachnes… et ces Fomores libérés
donneront beaucoup de défis aux survivants elfes noirs. »
« Mon Rôdeur adoré, c’est fou comme j’aime ça, des coups de théâtre, c’est
grisant comme effet. Mais attention, Arachnéida circule encore dans ses
Méandres Intérieurs… c’est une dure à cuire! »
À ces pensées, glissant à travers la densité les entourant, Ditratos sent son coeur se
gonfler d’une nouvelle force : Yuna, sa petite fée préférée!...
« Notre Némésis ne m’inquiète plus, pense-t-il, dès que nous aurons atteint la
voûte des lamentations, des milliers de voix familières à Arachnéida lui
rappelleront des moments intenses des Premiers Âges et l’affaibliront. »


À SUIVRE… Chronique du Miroir XII

Renatus.

mercredi 19 mai 2010

Chronique du Miroir X


La Roche-aux-fées et sa nuit lunaire sont loin derrière, tout en
haut, là où des civilisations insouciantes risquent une invasion des
elfes noirs. Les pensées télépathiques courent à travers le roc
massif et dense. La descente est constante. Les corps sans
dimension traversent la croûte tellurique qui sépare deux mondes;
celui de Lumière et l’autre de Ténèbres.
Ditratos et Yuna profitent de la magie des elfes noirs. Leurs corps
physiques éthérés transpercent le voile des trois dimensions. Les
couches des différentes strates de pierre passent de part en part
l’essence vitale des deux aventuriers. Ils expérimentent
l’impossible. Ils sont en fusion avec l’infiniment petit. La
quintessence de chacun s’intercale à celle de Gaïa et le voyage en
son centre s’insinue dans l’entre-matière.
La magie du guetteur du multivers guide aussi leur progression
dans les entrailles de Gaïa vers leur ennemie, Arachnéida.
Quelques fois ils traversent des zones, des ouvertures sans roc. Ces
régions sont habitées, parfois, par des races jadis inconnues de nos
deux explorateurs. Mais la Transfiguration des Arachnes porte
fruit. La connaissance et la magie intrinsèque des elfes noirs
circulent maintenant dans chaque micro-molécule de leur être. Ce
périple dans la matière de Gaïa en est la preuve.
Une autre antichambre se présente au passage des deux voyageurs.
Du plafond criblé de cristaux ambrés, leurs corps fantomatiques
émergent de la masse rocheuse et glissent dans le vide en lévitant
vers le bas. Ils reconnaissent une race qui n’a jamais foulé le sol de
Gaïa : les duergars. La taille de ces créatures n’atteint pas la
hauteur des genoux humains. Petits, mais presque aussi puissants
que leurs cousins elfes noirs, la loyauté, l’honneur et l’intégrité des
duergars ne les sauvent pas de l’esclavage. Ici, ils extraient ces
cristaux pour leurs maîtres et rêvent de liberté. Ditratos projette
alors un lien télépathique à Yuna : « Ces duergars tourneront
bientôt une page de leur histoire. Notre plan les y aidera. Mais il
est beaucoup plus sage pour nous d’agir dans l’invisible, merci,
Yuna. Par notre humble geste, occulté par ta magie féerique,
l’honneur d’une race est sauvée. Gente Dame Fée, votre voile
d’invisibilité nous en assure le succès. »
« Oh! Pense-t-elle. J’aime bien sauvegarder ma vie privée. C’est
une affaire de fée qui sommeille dans mon corps d’Arachne…
Attention, Ditratos, je sens la présence de quelques Arachnes pas
très loin, sûrement dans une cave voisine. Protège bien tes liens
télépathiques, cher ami. Ici, la discrétion est cruciale. »
Ensemble, la descente invisible continue au milieu de cette prison
naturelle de cristaux. De nouveau, les guetteurs s’intrusent dans la
masse souterraine qui les entoure. « Ça y est, pense Yuna, dans
quelques coudées, je testerai mon charisme sur mes congénères.
Ici, je cesse l’invisibilité pour ne pas insulter ces Arachnes.
L’extrusion s’effectue de nouveau, mais cette fois-ci dans la totale
visibilité. Les corps des deux compagnons se matérialisent dans
l’air ambiant, s’extirpant sans douleur de la masse tellurique.
Comme deux corps émergeant de l’eau, le couple d’amis vivent
l’extrusion avec nonchalance comme de véritables habitants des Méandres Intérieurs. le spectacle qui s'offre à leurs yeux est à couper le souffle.
Yuna et Ditratos sont en lévitation dans la pointe supérieure d'une faille qui s'élargie des deux côtés. Ici, c'est un aura de puissance et d’autorité qui frappe le corps éthérique de Ditratos de plein fouet.
Il sait que le succès de leur mission repose maintenant sur le
charisme de Yuna. Suspendu en lévitation au dessus d’un vide sans
fond, il sait que c’est ici que se joue le destin des civilisations de
Gaïa. Le magicien voit d’autres elfes noirs mâles en suspension ici
et là. Ce sont d’autres serviteurs en attente des besoins de leur
Arachne.
La brave Yuna cesse sa lévitation et déploie ses ailes de démon.
Un dernier clin d’oeil à son ami et la voilà partie, planant vers les
ténèbres qui l’accueillent à des milliers de coudées plus bas. Son
amie disparaît, engloutie de néant… Il lève les yeux lentement vers
ces pantins accrochés dans le vide, comme lui-même, ils attendent,
simplement… pendant que son estomac se noue… simplement… à
la merci d’un plan fragile et téméraire; prendre à revers la reine des
elfes noirs sur son propre terrain. Si l’opération des deux amis
réussit, Arachnéida devra abandonner son plan d’invasion du
multivers. Mais ici, suspendu dans l’inaction, il espère des
nouvelles de sa petite compagne. « Par tous les arcanes, je me sens
tellement seul, ici, sans ma bien-aimée. »
Cette pensée, c’est du coeur qu’elle s’échappe! Ditratos est pris par
surprise… Son coeur bascule, suspendu dans l’inconnu. Un sourire
plein d’assurance efface l’anxiété de son visage d’ébène car une
force l’habite, maintenant. Ditratos tombe pour une fée, suspendu
dans l’inconnu, mais pas comme un pantin. Il regarde les autres
silhouettes immobiles au dessus du vide, le sourire toujours aux
lèvres : « Tomber en amour, cette idée me sourit… suspendue à
mon coeur. »
À cette pensée, Ditratos se rappelle des consignes de la fée :
« Protège tes beaux yeux d’elfe avec ma pommade-maison. Crois
moi, mon cher, je réserve une surprise brillante à nos hôtes. »

À suivre dans la chronique du Miroir XI.