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mercredi 8 juin 2011

Chronique du Miroir XIII


"Une rébellion nous a ramené à se terrer comme des vermines Duergar. Cette pourriture d'Arachne a utilisé de la Magie Blanche interdite. Mais nous saurons reconquérir ce qui nous est dû. Les âmes des Arachnes rebelles seront offertes tel que convenu, à sa Dame des Enfers. Que votre beauté dévore leurs âmes."
Depuis deux heures que la rébellion fait rage dans les Méandres Intérieurs. Arachnéida, la "Veuve Noire", reine des elfes noirs, s'est retirée dans son Sanctuaire Privé pour se recueillir devant sa Déesse clandestine. Les derniers événements violents viennent accélérer ses plans. Arachnéida sait maintenant qu'elle doit agir rapidement et tirer profit de la confusion actuelle pour honorer sa nouvelle Déesse. C'est dans quelques instants que se jouera un grand coup d'état.
Fermant son grimoire de voyage, elle regarde pieusement la couverture, faite de cuir d’Arachne. On y voit embossée l’image d’une femme nue, dotée d’ailes démoniaques. La figure féminine, avec ses jambes se terminant par deux pattes de griffon, inspire le respect. À ses pieds, une inscription en runes infernales se traduit ainsi : « FEMME DE LA DÉPRAVATION o FEMME DES TROIS MONDES o CELLE QUI SAIT o CELLE QUI VEILLE AU CRÉPUSCULE o LILITH o PREMIÈRE DÉMONE.
Arachnéida ferme les yeux. D’un baisé sensuel, elle pose ses lèvres noires sur l’icône de Lilith et glisse le grimoire sous ses amples vêtements de reine. Le sanctuaire privé de la reine Veuve Noire est une simple petite poche d’air, une grotte éclairée de cristaux verts, décorée de têtes squelettiques d’elfes noirs mâles vampirisés, de carcasses d’Arachnes qui en savaient trop sur la foi clandestine de leur reine. Arachnéida se tourne vers la surface cristalline du mur pour s’y intruser. Traversant la masse tellurique, elle ouvre un lien télépathique avec sa déesse Lilith. Une prière pleine de ferveur enflamme ses esprits, cheminant vers le lien de consécration.
Malgré l’état immatériel d’Arachnéida qui traverse les couches de strates souterraines, l’incursion de la pensée démoniaque de Lilith vient altérer ses forces vitales. La Veuve Noire doit agir ouvertement, maintenant. La clandestinité de sa foi n’est plus nécessaire.
L’appel infernal est puissant. Du fond des enfers, Lilith projète ses pensées sur Arachnéida et ses deux gardes-du-corps : Deux elfes noires guerrières choisies pour le grand rituel de consécration. Parcourant les Méandres Intérieurs, le magnétisme démonique atteint son but. Dans ses appartements privés, Arachnéida est la dernière à s’y extruser. Devant elle, les deux superbes elfes guerrières ont répondu à l’appel de Lilith. Dans les lueurs verdâtres des cristaux ceinturant la chambre privée de la Veuve Noire, l’esprit de Lilith est perceptible.
En un éclair rouge écarlate, les trois femmes basculent dans un espace-temps secret. Elles deviennent invisibles. Disparues de ce monde, elles sont à la merci de leur déesse. Dans les griffes de la femme de la dépravation, la consécration de trois âmes s’opère dans l’invisible. Plusieurs heures plus tard, le voile de la réalité se tisse à nouveau devant les yeux des trois prêtresses consacrées, trois entités ramenées d’un ailleurs imprécis, trois âmes touchées par les plaisirs des enfers, trois servantes de la Dame des trois mondes.
Arachnéida, Lili et Lilia… toutes les trois se regardent avec des tisons passionnels crépitant toujours dans leurs yeux ténébreux. Une puissance infernale les habite, maintenant que le voile du réel se rabat autour d’elles… Maintenant que la vie continue et que Lilith les attise, la réalité se tresse devant les trois choisies par la première démone des enfers.
Arachnéida s’extruse de la masse tellurique avec Lili et Lilia à ses côtés. Elles se regardent intensément. Elles se ressentent une dans l’autre comme si elles s’étaient offertes à la passion de l’autre. Curieuse faveur de Lilith qui se manifeste ainsi dans les fibres de leurs désirs.
Ramenée dans son ultime quartier général de fortune, à la limite des frontières elfiques des Méandres Intérieurs, Arachnéida reçoit la Succube espionne qui se matérialise devant elle, traversant le voile du Monde Onirique. La Veuve Noire, Lili et Lilia sont entourées des six Arachnes qui ont survécues aux derniers événements. Des douze Arachnes formant le Concile des Elfes Noirs, elles sont les dernières Arachnes encore vivantes.
La charmante Succube chante alors de sa voix onduleuse : Les nouvelles sont très dramatiques. Les Fomores de toutes les caves interdites ont été ranimés. Aussi, les spectres des guerrières Hautes Elfes se sont libérés... Nous devrions bientôt être envahis par cette nuée de Banshees. 
Ainsi se poursuit le rapport officiel présenté au Concile des Arachnes. Dans un même temps, son langage du corps et l’interprétation des symboles oniriques connus seulement d’Arachnéida, dépeint un tout autre portrait de la situation :  La civilisation des Elfes Noirs et des Arachnes sont décimés. C’est fini! Les démons incubes sont à leur poste sur les rivages oniriques et s’activeront à la dévoration des Arachnes à la fin de la séance. Soyez prêtes, mes sœurs. Vos consécrations à Lilith vous donnent une nouvelle légion de démons au nombre de 69. En effet, les servants de Sa Beauté ont déjà dévoré la Garde Noire et chaque serviteur mâle elfe, sauf un, a été offert à l’hôtel de Sa Beauté Lilith. Le sacrifice a ouvert le portail et la légion des 69 démons des enfers déferleront sous la Lune d’argent lors du prochain crépuscule tel que prévu. 
Une fois la séance terminée, le protocole du silence obligatoire est respecté… pour laisser le groupe des six Arachnes se consulter télépathiquement. C’est à cet instant précis que le coup d’état éclate. De leur rivage onirique, des incubes, au nombre de douze, s’abattent comme l’éclair sur les Arachnes et les dévorent à grands coups de crocs et de griffes. Du sang et des corps d’Arachnes démembrés sont projetés partout. Telle est la violence de l’impact. Ensuite, par fuite onirique, les succubes et les incubes disparaissent, libérés de leur carnage. « Je vous rejoins tous avant le crépuscule, pour la grande dévoration de la pleine lune. » C’est la voix d’Arachnéida qui fait écho dans le quartier général couvert de tarentules avides de chair fraiche. La nouvelle prêtresse de Lilith doit faire un détour du côté de la Roche-aux-fées. Là-haut, les pierres qui chantent lui donneront l’identité véritable des instigateurs de cette rébellion.
L’ex-reine des elfes noirs s’intruse sûrement une dernière fois puisqu’elle règne maintenant à la tête d’une légion de démons incubes/succubes qui vivent sur les rivages des rêves des mâles ou des femmes qui deviendront une nourriture parfaite pour elle et sa nouvelle armée. « Je m’approche de vous, insipides guetteurs du multivers, je m’élève vers la lune et ses nuits ensorcelées. Je serai l’Ombre de votre Lumière et vous participerez à mes épiphanies. Nous serons les danseurs d’une chorégraphie chaotique. Nous serons les joueurs de la destinée. Nous serons les pions des rêves divins. Et toi, rôdeur stérile des mondes parallèles, je te promets des défis à la hauteur de tes illusions. Je jouis déjà de vous voir, Yuna et toi, maraudeurs du multivers, enchainés dans vos désuètes interventions. Vous n’êtes que des marionnettes de foire sur des mains de faux dieux qui s’amusent avec votre immortalité. Gloire à la femme des trois mondes, Lilith…sensuelle Déesse. »
ÉPILOGUE
Noirceur, ténèbres, obscurité…
Trois synonymes de frayeur intense où l’âme n’a de valeur que lorsqu’elle survit aux griffes vampiriques des Arachnes des Elfes Noirs. Mais ici, ces trois mots disparaissent avec la chute d’un empire, dans les odeurs cadavériques des carcasses d’Arachnes sur le dos, offrant leurs entrailles à l’obscurité, dévoreuse de défaite et déception. Ici, gît les restes démembrés de ces six puissantes Arachnes, jadis sous la glorieuse protection de la Déesse des Ténèbres la plus crainte des Méandres Intérieurs. Cette Déesse est déchue, sans fidèle croyant pour nourrir ses désirs de pouvoir, sans rituel sanglant pour assouvir sa soif d’éternité. Cette Déesse déchue apparaît dans la salle comme une faible flamme verdâtre à peine plus étincelante qu’une chandelle… à peine matérialisée, la masse est informe et diaphane puisque sans image mentale projetée par ses croyants maintenant défunts.
SANS FORCE...
SANS LÉGION…
SANS ARMÉE…
Cette Déesse déchue, translucide et sans aura de domination, est vidée de ses égrégores jadis puissants. Amputée de ses ultimes dernières Arachnes qui sont sans essence démoniaque, sans âme, servant de nourriture aux Tarentules. Ces dernières, seules survivantes de cet empire qui traumatisait toutes les races porteuses d’âmes, à travers les Méandre Intérieurs.
Cette Déesse déchue devra se limiter à s’incarner dans une espèce rampante et carnassière, sans culture ni richesse. Ces Tarentules survivent aux saisons des civilisations. Cette race traversera les éons du temps pour devenir la future domination d’une Déesse déchue. Des flammes flottantes dans l’air putride s’abaissent une à une sur les Tarentules poilues et toutes frénétiques à s’arracher les derniers lambeaux d’entrailles d’Arachnes. Dans un tremblement collectif, les créatures déifiées deviennent les porteurs de l’héritage d’une Déesse déchue. Elle dormira quelques décennies, ainsi portée par ces Tarentules et sera la future horreur des Méandres Intérieurs.
Une future némésis qui rampe pour le moment mais qui vampirisera bientôt d’autres victimes qui, de leurs âmes, viendront nourrir la Déesse des profondeurs, éternelle.
Une Déesse qui se souviendra, se vengera et enfermera Arachnéida, pour l’éternité, dans la noirceur, les ténèbres et l’obscurité.
Fin de la chronique XIII

mardi 7 septembre 2010

Chronique II des Filles des Pléiades



« Ils étaient des centaines de milliers de sombres silhouettes à sortir de leurs crevasses, de ces tunnels sinueux envahis par de telles créatures aussi rapides que des araignées, pourfendant, claudiquant, sautillant, tel de réels démons des Enfers. Le coeur même des montagnes était subjugué par cet exode d’ombres extirpées des entrailles de la jeune Terre. Comme des fourmis, des légions entières de guerriers noirs déferlaient fiévreusement hors de leurs antres cachés et se déversaient sur les flancs de chacun des versants rocailleux, dans une horrible réaction en chaîne. La paisible vallée forestière était totalement envahie de tous côtés et malgré la magnifique présence de ces Ifs géants, rien ne semblait s’opposer à ce viol de la Forêt Sacrée par cette marée de bêtes sans âme. »
Le conteur est tout en émoi et doit arrêter brusquement son récit pour reprendre le contrôle sur sa voix tremblante d’émotions. Sa jeune audience est émerveillée devant ce Voyageur des Rêves Divins. En un moment volé au temps, le conteur continue son envolée de mots bercés par sa charmante voix. Avec la grâce d’un cygne, le conteur tend ses bras. Dans un même élan, sa voix emprunte un ton léger sur des accents elfiques :
« Du coeur de la Forêt Sacrée un chant est transporté par le vent entre les branches du Royaume Vert. Dans un crescendo mystique d’une langue ancienne, la psalmodie fait écho à travers la vie sauvage. De la quintessence des Esprits des Ifs, les paroles féeriques valsent parmi les troncs géants et les fougères. »
Comme un véritable esprit réincarné, le conteur devient vent d’espoir, inspiré par la genèse de la forêt septentrionale.
« À la vitesse de la lumière, cette vague devint un mur en expansion fondé sur une puissante énergie incendiaire…non pas envers la forêt mais contre ces esprits déviés, ombres des royaumes souterrains. Vous auriez dû voir ces vulgaires corps littéralement démembrés par l’impact de vie : la Psalmodie du Royaume Sauvage de la forêt d’Ifs. Toute cette armée aussi préparée soit elle pour écraser et conquérir, a été démantelé en un instant. »
Le conteur lève alors les bras, formant un V, et clape des doigts ensemble.
« Et ici vous fût raconté la toute première mission du mystérieux Cailla, le seul humain digne de suivre le Chemin du Voyageur de Conscience. »
FIN (mais à bientôt avec la Chronique III des Filles des Pléiades)
Renatus, votre chroniqueur.

jeudi 29 juillet 2010

Chonique du Miroir XII



Deux âmes immortelles voyagent en intrusion dans les Méandres Intérieurs. Les deux compagnons d’aventure sont à une coudée de la Voûte des Lamentations. Yuna, d’une pensée télépathique à son ami, rompt le silence mental : « Cher ami, nous apparaîtrons devant cet égrégore vieux de plusieurs milliers d’années. Avant que leur cri qui arrache l’âme en ait fini avec nous-deux, je te propose une idée… »
« Un fomore! » Pensent-ils en simultanée.
Une fois de plus, ici-même, incorporels et invisibles dans la pierre la télépathie démontre à elle seule la dynamique unissant Ditratos et la fée Yuna.
Dans un seul élan, ils sautent en extrusion, dans la voûte des lamentations. Ici, les spectres des hautes elfes sont tenus captifs par les nécromants d’Arachnéida. Devenues des banshies, les hautes elfes guerrières ne sont plus que des âmes errantes. Jadis, tuées par les soldats d’Arachnéida, ces nobles combattantes furent le dernier chant du cygne d’une civilisation de lumière.
Ici, l’égrégore de la vengeance règne en roi et maître. La seule vision d’un elfe noir ou d’une Arachne suffit à déchaîner le cri collectif qui tue. Mais Yuna est vive comme l’éclair. Visant la base de la paroi rocheuse, ses jets de lumière féerique éclatent sur la surface des murs. La lumière magique serpente le long des interstices entre les pierres difformes et soudain, la Magie Féerique se reconnaît dans un amas de Pierres Ancestrales. Le Fomore est ranimé, nourri de mémoires oubliées, infusées par la magie-même qui circule dans la Roche-aux-fées, à des centaines de lieues d’ici et pourtant partageant les mêmes légendes.
Le spectacle souterrain est sidérant. D’un côté un géant de pierre renaît…De l’autre côté de la vaste voûte se forme une armée diaphane de silhouettes grises et menaçantes. Fantomatiques certes, mais déjà, ces âmes damnées se rassemblent dans un seul souffle froid d’outre-tombe pour émettre le plaintif gémissement. Au centre, deux petites formes de vie, un elfe noir et sa puissante Arachne voltigeant à ses côtés, font piètre allure devant l’amplitude de la rencontre. Ditratos fait face à la masse spectrale envahissant la voute entière. Sa voix grave retenti alors :
« Grandes entités de l’âge d’or des Hautes-Elfes et Grandes Guerrières qui avez écrit l’histoire de votre sang noble. Reconnaissez, aujourd’hui, le fomore témoin de votre passage sous les soleils et les lunes de Gaïa. Libérez-vous de la Mère-Nourrice, porteuse de votre illustre race. Acceptez votre suprématie sur les elfes noirs, simples rejetons de votre unique noblesse. Acclamez votre victoire enfin à votre portée. Laissez votre frère fomore guider votre exode vers l’ultime bataille contre les elfes noirs et leur reine Arachnéida. »
Le nom de la Veuve Noire fait écho dans le silence lourd qui survient. Yuna se pose alors sur l’épaule de son ami. À son oreille, elle chuchote : « Ça, c’est mon Ditratos adoré! » Le baiser d’une Arachne sur le lobe de l’oreille fait son chemin vers le coeur du Mage. « Attend, petite fée préférée, les spectres n’ont pas encore… »
Un phénomène paranormal coupe la parole du magicien. Une grande vague fantomatique frappe et pénètre le géant de pierre. Des milliers d’âmes guerrières réalisent une vengeance nourrie depuis des éons. Le fomore ainsi en fusion avec ces soeurs d’âge, se dégage de sa niche tellurique, provoquant un affaissement de pierres se détachant de la voûte pour créer un éboulis dans un nuage de poussière de roc. Le bruit de l’avalanche gronde le long des Méandres Intérieurs. Le silence reprend sa place autour des deux silhouettes collées une sur l’autre. Yuna et Ditratos sont dans un état d’étrange réconfort reposant sur une amitié rare. Leur peau, cendrée de poussière, affiche une grise texture leur donnant une allure de statues de pierre.
Des échos sourds et lointains témoignent des combats titanesques là où des armées entières d’elfes noirs sont engouffrés par les géants de Gaïa : les fomores, ancêtres-même des elfes noirs et de toutes les créatures des Méandres Intérieurs.
Enfin, la voûte des lamentations révèle son silence à nos deux amis. Yuna, à l’aise dans son corps d’Arachne, est couchée de côté sur l’épaule de Ditratos, reposant son torse nu le long du cou de son ami. Ditratos marche d’un pas agile et léger. Un état de grâce et de jeunesse éternelle traverse toutes ses fibres elfiques. Ne faisant qu’un dans un décor sans âge, les immortels se ressourcent un contre l’autre pour un instant d’éternité. S’attardant sur le sommet d’une formation de cristaux ambrés, le visage profilé d’elfe noir de Ditratos s’harmonise au torse d’ébène de sa petite compagne. Elle dépose sa joue sur le lobe de l’oreille pointue de son vieil ami. Elle lui chuchote : « C’est fantastique! Ces cristaux se sont formés le long des ruines des cités des Hautes-Elfes. Ces villes étaient les Lieux Magiques Sacrés des Premières Âges… J’étais alors toute petite! »
En réponse, Ditratos sourit à sa douce Yuna, cachée dans ce corps d’Arachne démoniaque. Seul un sourire peut répondre à une fée rebelle qui vient de renverser l’empire le plus redoutable des Méandres Intérieurs : Les elfes noirs.
Quelques explosions lointaines transmettent en échos la fin d’une civilisation. « Dit moi, petite fée préférée? Tout ce savoir qui nous habite maintenant, remonte à l’aube des races elfiques, donc à la genèse de ton royaume féerique… »
« Eh ouais! Continus! » Chuchote-t-elle.
« Donc, les Fomores et la Roche-aux-fées… » Ajoute Ditratos, l’air songeur.
« Ils se sont reconnus, dit la petite voix à son oreille… comme toi et moi! » Un petit baiser à l’oreille et le sourire de l’elfe noir s’élargit, dans un silence qui continue à converser entre deux coeurs immortels. Lentement, les deux compagnons s’élèvent du sol, en lévitation, traversant l’espace vertigineux de la Voûte des Lamentations qui ne sera plus hantée par les spectres. L’ascension des deux corps se continue avec assurance vers le plafond de cristaux. L’intrusion elfique s’opère. Les corps se fusionnent à Gaïa, alors que les cristaux chantent le passage de deux héros qui écrivent une autre page de l’histoire des Méandres Intérieurs. Malgré la quintessence incorporelle qui les compose dans les strates solides de Gaïa, nos amis sans âge partagent leur éternité vers la Lune et le Soleil qui les attendent au loin, là-haut, dans le firmament d’un univers sauvé d’une invasion des ténèbres.
Renatus, votre chroniqueur du multivers…suite à la XIIIième!
Au revoir!

mercredi 28 juillet 2010

Chronique I des Filles des Pléiades.



Imaginez-vous au beau milieu d’un paysage qui vous envoûte de ces beautés vierges de forêts sauvages, au rythme des rivières qui cascadent dans le coeur d’une vallée majestueuse, royaume de gigantesques pins ouvrant leurs branches comme des milliers de bras accueillant le ciel bleu.
Vous ne rêvez pas. Vous êtes debout devant la jeune Terre comme elle était à l’aube de l’humanité, dans un replie du Nord- Est de l’Amérique. Aujourd’ hui, nous l’appelons la province de Québec. Mais du temps de ce Nouvel Âge, c’était le royaume des Filles des Pléiades; un vaste domaine touchant le toit du monde et toujours en lien avec la Magie des Six Feyades.
Ici, c’est un lieu enchanté sous les étoiles du Septentrion. Plusieurs chamans et Marcheurs de Rêve connaissent ce pays comme étant leurs portails menant à d’autres dimensions dans une parfaite sérénité puisque ces brèches sont protégées par les Six, les Six Filles des Pléiades, les Six Feyades laissées derrière pour sécuriser ce nouveau monde plein de promesses.
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C’est une de ces belles nuits sous un ciel septentrional, où chaque éclat d’étoiles se dévoile aux yeux éclairés du chaman. Il est assis dans la position de la chandelle, au sommet d’une immense pierre levée au milieu d’une vallée où, il y a 13 milliards d'années, deux factions de guerriers s’affrontaient dans un combat final. Ces créatures étaient les dernières de leur race. Elle fût un premier flux créatif découlant de l’union de deux Grands Amants. Le chaman, nommé Cailla, connaît l’histoire de ces Grands Êtres Divins et chante ainsi dans une langue oubliée la psalmodie de leur acte passionnel…
« Du coeur de la Vierge Amante Cybelia, croît une étincelle, séduite par son compagnon, le Rôdeur, messager des étoiles, Galaxios. Il vient à elle dans un feu de désire ardent dont la queue de comète est tourmentée de multiples essences, sur le sentier des brumes, connu comme le Pont Sacré de Poussière d’Étoile. Il s’approche portant une arme fatale connue aussi des Enfants de cette Union; La Passion Radiante… Cybelia ressent bien les enjeux mais ne peut résister aux magnifiques et séduisants attributs du Rôdeur Galaxios. Elle se voit mettre à nu ses larges vallées où coulent déjà ces mers salées nourries de ses sources intérieures créées elles-mêmes par de ferventes attentes. »
La voix du chaman Cailla est remplis d’ÉMOTION, puisque tout ce chant n’est que fréquences d’É-nergie dans une MOTION.
« L’étreinte des deux Amants est si grande qu’elle devient Tonnerre de Lumière et Musique, Feu et Vents, un élan sensuel à travers des regards d’Amoureux… d’un côté l’oeil du Cyclone et de l’autre, l’oeil de la Galaxie. Intimement en UN-I-ON, les masses d’énergies explosent dans une Fontaine de Passion, où aucune caverne, ni crevasse n’est épargnée par la Semence de l’Amour. »
Cailla ouvre les yeux vers le ciel nocturne et laisse échapper un long et doux soupir, comme le sifflement d’un serpent entre ses dents serrées. Avec la grâce d’un cygne le chaman se lève et recule avec les mains jointes à son menton. Dans un instant de dévotion, il baisse les yeux sur l’endroit où il était assis, où une part de lui gît…où aucune crevasse n’est laissée sans une Semence d’Amour.
Renatus…votre chroniqueur des Filles des Pléiades. À bientôt!

dimanche 20 juin 2010

Un spécial pour la Litha:Honorons nos Ancêtres, Enfants de la Terre-Nourrice.




À travers les siècles, la société s’est développée et s’est vue renaître en une entité nommée America. Mais les Enfants de la Terre étaient là…
Là, sous le couvert des forêts…
Là, sur les courants des rivières et des lacs…
Là, dans le creux des montagnes…
Là, dans l’Esprit de la Terre-Nourrice…
Là, sur le portail des Ancêtres…
Là…tel des saisons et l’air, l’eau, le feu et la terre, à ces Enfants de la Terre, nous leur devons la vie présente, dans notre confort de la vie moderne et sa déconnexion des essences de la vie.
Denizia, pour célébrer la Litha, se connecte avec ses frères et soeurs Narragansett.
Honorons nos Ancêtres, Enfants de la Terre-Nourrice. Retrouvons les liens qui nous attendent pour ainsi nous libérer des illusions créées par le pouvoir, la convoitise, l’égoïsme et la peur.

mardi 8 juin 2010

Les Enfants de la Terre VI



Une couche mince de neige recouvre le terrain entier menant à la serre ancestrale. La matinée commence à se poindre et la retraite de style Art Nouveau donne à ce moment une touche d’éternité. Le trio d’amis est toujours à l’intérieur. Un écureuil traverse le sentier menant à l’entrée mais s’arrête aussitôt, figé. Deux ombres glissent lentement sur le tapis blanc et la petite créature n’attend pas et saute vers l’arrière. Les deux ombres affichent bien leurs attributs.
Une lueur ambrée émane de la paume droite de la plus petite créature. Déjà, une boule de feu se forme en suspension au dessus de la main démoniaque. Mais une autre main tout aussi ambrée saisie son poignet en un éclair. Les deux regards infernaux se croisent. La haine, la vengeance et la colère se lisent dans l’un, tandis que dans l’autre c’est l’autorité et la puissance du pouvoir. Ramenant de force la main de la fougueuse créature en avant de sa poitrine, pendant un bref instant de silence, les deux démons se font face. Deux visages des enfers éclairés par la sphère enflammée, sertis de ces yeux sans fond d’où émanent aussi les feux des mondes inférieurs…et le démon dit à son sous-lieutenant :
« Ne gaspille pas tes énergies pour ces trois vermines…elles sont liées ensemble. Nous avions un beau plan diabolique au jour de la Beltaine…mais ces trois là sont aussi vicieux que l’Amour et la Lumière entrelacés ensemble…Je te le dis… Nous devons nous rabattre sur notre meilleur option : La Femme-Serpent; SHYTIANIS, la Haute Prêtresse de notre reine Lilith, la fille même d’Ève. Shytianis les écrasera comme elle l’a déjà fait tout au long de l’histoire de l’humanité sur Terre avec ces Porteurs de Lumière. Souviens toi de ce qui s’est passé au Jardin d’Éden! »
C’est décidément la dernière parole dite par ce démon un peu trop sûr de lui aux alentours du domaine de Denizia, la porteuse de Magie Blanche et de sa gardienne…
« MÖRHYGAN! »
…S’écrient les deux comparses infernaux, se tournant la tête vers la beauté sensuelle d’une fée polymorphe, fort attirante mais fatale. D’une vitesse surnaturelle, les deux mains de Mörhygan frappent comme deux glaives de justice sous les mâchoires des deux victimes de leurs instincts d’incubes. En un éclair de sang et de chaire, les deux créatures des ombres s’écrasent par terre, leur tête giclant du sang noir par les huit orifices. Immobile pour un instant, surplombant le massacre, Mörhygan tient encore les deux cerveaux de ses victimes entre ses poings. Elle les jette alors par terre en levant la tête, savourant sa victoire, la fée gardienne se parle à voix basse : « Voilà qui explique l’assaut virulent d’où j’ai survécu de justesse à la Beltaine! » Avec grâce et souplesse, la femme-fée s’accroupie et effleure la blanche neige de ses mains encore souillées du sang des Enfers. D’un regard glacial reflétant bien le voile enneigé qui l’entoure, Mörhygan se lave les mains meurtrières et se serre les dents : « La légendaire Shytianis est derrière cette conspiration. Eh bien soit! Le Concile des Septs en sera informé. » Jetant une neige entachée du sang de ses ennemis, la fée gardienne se relève vivement et se tourne le visage vers la serre ancestrale illuminée par les rayons dorés du matin. Elle pense à voix haute : « Cette nouvelle fait lumière sur bien des mystères. »
Tournant le dos aux pantins libérés de leurs Enfers et à la mare de sang noir, Mörhygan marche lentement mais d’un pas ferme et souple de femme fatale. Elle lève les bras, formant un croissant de lune. Sa silhouette féminine contraste aussitôt sur l’éclair bleuté qui conclue toujours les interventions de Mörhygan auprès des forces des ténèbres. D’une grâce bien féerique, le corps de femme devient fée minuscule qui sillonne l’air matinale vers la serre ancestrale où l’attendent Denizia et Sky.

À suivre dans la chronique VII, de la collection: Les Enfants de la Terre.
Au revoir!

Renatus, votre chroniqueur du multivers.

mercredi 26 mai 2010

Les Enfants de la Terre V


L’hiver, en Nouvelle Angleterre, est habituellement fort agréable, sans surprise, froid mais sans ce niveau élevé d’humidité qui pénètre toute protection, toute isolation et qui tue tout bien être. Mais dans le cas de Denizia, notre porteuse de Magie Blanche, cet hiver se solde par des événements paranormaux de plus en plus intenses. Avec sa fée gardienne Mhörhygan et Sky, son faucon familier, des phénomènes inquiétants se démultiplient, surtout depuis le jour de la Beltaine dernier.
Denizia, bénite par la Déesse Brigid et touchée par les Guetteurs du multivers, Ditratos et Yuna, est de nouveau méditative, assise au centre de son jardin secret, au pied de son arbre de vie. Le simple souvenir d’un rêve a guidé les pas de Dame Denizia ici, sous les verres de la serre ancestrale. Bien au chaud dans cet havre exotique survolé par des oiseaux multicolores, la porteuse de Magie Blanche sourie de bonheur à ses amis aviaires, cadeaux divins de sa Déesse Brigid. Quelques oiseaux viennent même lui tirer quelques mèches de sa chevelure quasi chevaline dû à son épaisse densité, mais soyeuse comme un duvet d’oisillon. Leur témérité excite légèrement les instincts de chasseur de Sky mais le lien empathique des deux Enfants de la Terre prévaut. Connectée à ses frères et soeurs aviaires, rassurée et relaxe parmi les siens, les ombres multiples de ses semblables ailés courent sur son corps de femme aux attributs sensuels.
Denizia contemple le riche feuillage de l’arbre tout en glissant son corps de Déesse sur ses racines lisses et centenaires qui sillonnent un tapis épais de mousse sylvestre. La couleur noisette de ses yeux se dissipe aussitôt et fait place à celle de la verdoyante tapisserie qui les baigne. Telle une réelle réplique du multivers, le Chêne-Frère s’ennoblie de ces racines nourricières qui rayonnent comme un soleil. Ces tentacules végétaux puisent dans l’invisible chthonien et les ténèbres, l’Essence de la Vie. Par son puissant tronc plein de sève vivifiante, il supporte et produit les multiples embranchements du multivers et les différentes espèces animales, végétales, mais aussi telluriques et célestes.
Sky s’amuse à caresser le bras et l’épaule de sa grande soeur, la chatouillant. Un petit rire d’enfant tout tendre et aimant sort des lèvres sensuelles de la Fille de la Terre.
« Sky, Sky, Sky… tu es taquin aujourd’hui. Oh! Je vois, c’est Mörhygan qui marche sur tes rives oniriques! Vous faites un fameux duo d’amis, tous les deux! »
Une légère brise étrange vient faire valser la chevelure épaisse de Denizia et Mörhygan apparaît alors sur le dos de Sky. Le souffle d’air fait trembler quelques feuilles de l’arbre de vie. Les trois amis lèvent leurs yeux vers la dense parure feuillue de leur frère-arbre qui vibre de vague en vague pour laisser tomber des feuilles qui voltigent en zigzag vers eux et se déposent tout autour, comme un grand cercle invisible marqué de sept feuilles…Mörhygan rompt le silence :
« Les sept univers de la coalition du multivers! »
Sky déploie ses ailes en signe de surprise et Denizia ouvre plus grand les yeux sur sa petite gardienne fée qui ajoute : « Ben quoi! Vous ne savez pas pourquoi les signes oniriques vous guidaient jusqu’ici, en cet instant précis? »
« Eh bien, c’est que… » Denizia et Sky se regardent en lien empathique.
« Nous pensions nous envoler avec Deniziair et faire un saut vers les Appalaches… »
« He! Non, non!... » Coupe aussitôt la petite fée. « Plus tard, les ballades aillées, d’ailleurs, tu portes les sept clés des Portails sur toi. »
« Sur moi? »
Une sensation de chaleur et de picotement attire l'attention de Denizia à sa poitrine, plus précisément le long de son sein droit... Une chaude énergie vient caresser son flanc tout entier, apportant un doux et profond émoi à son coeur. Levant la tête vers les ramifications végétales sous lesquelles elle se tient assise, Denizia ne voit pas les impressions monochromes de son jacket soudainement s'animer et prendre relief, couleurs et vie. Déployant leurs ailes dans un frétillement de vie et d'énergie, les papillons s'envolent alors du tissu même du vêtement porté par Denizia...

À suivre dans la chronique VI des Enfants de la Terre, bientôt.