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vendredi 8 janvier 2010

Chronique du Miroir VI


Le silence entoure l'éclat faible d'une sphère lumineuse se berçant dans le vide. Maintenue ainsi depuis des siècles, la boule touche touche à peine de sa lumière les parois de l'immense chambre entourée de tablettes et rayons, d'alcôves et de cartes géographiques étendues sur les murs de bois et de pierres noires. Lévitant ainsi dans l'air tiède, la sphère magique attend le retour de son Maître-Mage: Le Rôdeur du multivers. Le plafond se perd dans les ténèbres où convergent des poutres de métal et de bois où se dessinent des symboles gothiques et sans âge. Les murs sont ceinturés de mezzanines étagées. Des escaliers en spirale relient les étages jalonnées de rayons pleins de manuscrits, de parchemins roulés, de lutrins vides ou occupés par des grimoires inconnus... d'un simple mortel. Ici, tout semble immortel, gelé dans le temps.


Aucune ouverture, aucune fenêtre, aucun indice s'il fait nuit ou jour à l'extérieur de ces murs criblés de secrets. Aucune porte ne s'ouvre sur des ailleurs à découvrir. Un espace clos, sur un grand plancher de bois d'albâtre sur lequel se succède une série de tables de toutes tailles. Des tas de fioles, de livres et parchemins s'y retrouvent pêle-mêle. Des instruments inconnus, des compas complexes, des statuettes de créatures angéliques et diaboliques sont étalés sur toutes les tables. C'est un antre de connaissance, un repaire du savoir.

-Notre Temple de Merveilles!

S'écrit une voix grave. L'immortel maître des arcanes, les bras tendus en croix devant ce savoir rangé en ces murs, exprime un sourire de satisfaction. De son pendentif une lumière jaillit et forme une jolie spirale étincelante qui demeure visible devant ses yeux le temps d'un soupir. le temps que la lumière devienne fée. Le temps que des ailes d'arc-en-ciel battent l'air et que Yuna, la fée rebelle, soit visible à nouveau. D'une beauté féerique sans âge, la minuscule compagne du magicien voltige un moment dans l'atmosphère de ces lieux imprégnés de mystères.
En effet, le contenu de cette salle est l'envie des magiciens du multivers. Mais nul être vivant sait où se trouve cette cathédrale de connaissances mystiques. Ici, repose côte-à-côte le Savoir Divin, le Démonomicon, les grimoires de la Magie Blanche et Noire, la Nécrologie et la Quintessence Draconique. L'épine du Codex du Sorcier Fou est supportée par celle de l'étude des Elfes Noirs et des créatures peuplant les Méandres Intérieurs.
Une longue main caresse avec respect la reliure de ce compendium unique. Les doigts se referment sur le cuir couleur grenat. Tiré de son immobile éternité, ce livre détient les secrets d'une civilisation des ténèbres. Il est potentiellement dangereux dans des mains innocentes. Mais entre celles du Mage Blanc, il devient une arme infaillible dans le duel qui s'annonce entre trois immortels: Yuna, le Rôdeur et Arachnéida. Sur la couverture, le cuir est embossé de runes mystiques qui ressemblent à des araignées. Lentement des mains familières amènent le volume au-dessus de la passerelle ceinturant la salle.
Loin, tout en bas près des tables d'étude, une petite fée butine d'un coin à l'autre de la salle et soudain le livre et le mage plongent dans le vide. Pieds devant, le Rôdeur amorce sa descente en parfaite lévitation. Sa robe ample se déploie et se replie au gré du courant d'air créé par la plongée vertigineuse. Agilement, touché par la grâce rassurante des arcanes magiques, le rôdeur plane vers son amie-fée.
Yuna lève alors les yeux vers son compagnon d'éternité qui se dirige vers la table centrale. Tournoyant autour de l'homme léger comme le vent, Yuna pose ses poings fermement sur ses hanches, affichant une certaine curiosité propre aux fées.
-Parfois, je me demande à quoi servent ces escaliers en spirale si tu es là à léviter. C'est agaçant, tu sais, ce non-sens architectural.
-Bof! C'était l'époque où j'étais un peu limité... disons... terre-à-terre!
Dit le mage en se posant près de Yuna, qui s'était déjà assise sur le rebord de la table.
Un bruit sourd accompagne le souffle d'air émis par le grimoire touchant la surface de la table. Aussitôt, Yuna s'envole vers l'épaule de son ami.
-Bon! Dit-il en claquant des doigts.
Les chandeliers glissent sur la table et s'approchent. Une flamme apparaît sur chaque chandelle pour former un demi-cercle de lumière autour des deux compagnons. Ils se penchent la tête au-dessus des secrets des Elfes Noirs.
C'est une lecture très dangereuse qui s'amorce ici. Plusieurs y ont laissé leur âme. Mais Yuna et le Mage Blanc sont des pèlerins sur le chemin de l'éternité. La magie est la fibre-même de leur enveloppe charnelle. Leur esprit est altéré par cette touche magique qui circule aussi sous la reliure de ce Codex des Méandres Intérieurs. Ainsi, le flot mystique coule et monte comme sève dans l'arbre des arcanes. Ce dernier allonge ses racines tentaculaires jusqu'au coeur de Gaïa, au pays mystérieux des Elfes Noirs.

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