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lundi 3 mai 2010

Les enfants de la Terre IV


Prologue: Se dégageant de l'oeuf d'énergie, la nouveau-née ailée estAjouter une imagelibérée dans son élément: l'air, comme le nouveau suffixe a son nom le dit si bien.

Deniziair sait très bien que rien n'est gagné d'avance avec des démons. Elle a payé sa dernière bataille contre les créatures infernales d'une paire d'ailes totalement amputées de son corps. Elle se souvient encore de la douleur, de l'énergie qui la quittait au gré des filets de sang céleste qui coulait d'une tiède fatalité tout le long de son dos et ses fesses pour aller mourir sur ces roches noires au pied de la Potence des Anges. Mais ce sont ces souvenirs remontant a la surface de sa conscience qui lui donne justement la force de continuer. La ténacité de Mörhygan, sa fée gardienne, aura porté fruit. Maintenant, les dés de la destiné sont lancés.
Le crépuscule s'achève et la lumière du matin régnera bientôt sur la forêt appalachienne. Deniziair sait que Mörhygan a réussi a exterminer des centaines de démons. Mais elle sent qu'une entité infernale s'est glissée saine et sauve au delà du génocide démoniaque. Ou se terre-t-elle, cette vermine? Ou s'est-elle infiltrée? Dans le corps d'un innocent mortel? Dans les entrailles de la Terre-Nourrice? Dans le subterfuge d'une porteuse de Magie Noire?
Deniziair maîtrise son élément parfaitement: l'air. Elle se fie maintenant a son simple instinct céleste pour débusquer le démon-succube de sa cachette. Elle vole et plane au dessus des grands pins. Elle vrille, voltige et plonge dans les interstices forestières. Il faut la voir glisser a une vitesse folle, au dessus des géants verts qui cachent si bien leurs mystères. Soudain, elle freine de ses ailes puissantes et se laisse tomber dans la forêt matinale, pieds devant, vers l'inconnu, vers son adversaire de taille. Dans sa plongée qui tient du vertige, Deniziair ne manque pas de se fusionner a ses frères-arbres qui, de leurs branches éparses, témoignent du passage de l'entité malveillante qui tente de se soustraire a la vigilance des enfants de la Terre.
Tirant avantage des informations empathiques de ses frères, les arbres,
Deniziair sait maintenant où est son némésis. Tempérant son instinct de
vengeance, mais tout de même subjuguée de tant d’images transmises par
ses arbres-frères, elle le visualise. L’image même de sa location la
répugne à un point tel que Deniziair projette sa pensée créatrice au devant
d’elle-même et se retrouve derrière son ennemi.
Totalement immobilisée par la forte emprise démoniaque, la Dryade est
clouée au sol, seins contre terre, ventre soulevé, poignets rivés sur son Sol
Sacré. Elle sent déjà l’ignoble membre frôler ses nymphes encore pures.
Au moment même où elle croit se faire pénétrer par les ténèbres
infernales…un vertige lui soustrait la conscience et elle sent ses forces
l’abandonner à l’assaut de la « copula cum daemone ».
Les ailes démoniaques sont toutes épanouies et frémissent. Des
vociférations sataniques s’échappent d’entres les dents pointues et des
feux crépitent de ses yeux à l’idée de dévorer l’âme-soeur de l’arbre enfant
de la Terre-Mère. C’est une belle insolence au sois disant équilibre
sacré de la Nature vis-à-vis ses Enfants.
Deniziair voit bien la faiblesse d’un incube. Aussitôt qu’une occasion se
présente, il succombe à la tentation et répond à l’appel de sa Maîtresse, du
fond de ses Enfers : LILITH. La routine de la Première Démone des
Enfers est tellement pathétique et prévisible par son élan vampirique de la
possession d’un être sur un autre être. C’est pour ça que Deniziair se fait
un devoir de libérer la vie de cette torpeur démoniaque.
En simultanée, elle plonge ses deux genoux dans le creux du dos de
l’incube et ferme les poings sur les cornes infernales et tire vers elle. Le
craquement des vertèbres est sans équivoque et le son de la mort de la
créature des Enfers annonce la libération de sa soeur sylvestre. Puis, avec une force céleste, Deniziair déchaîne sa rage et sa soif de justice est alors
rassasiée. L’incube décapité s’effondre dans un tourbillon de sang noir
giclant de son corps. La chaire et le sang d’une abomination infernale sont
étalés sur les racines de l’Arbre-Vie de la Dryade vengée.
Encore debout sur le corps inerte de l’incube se vidant de son énergie
noire, Deniziair tient encore dans sa main droite la tête cornue. Elle sent
alors sa main gauche étreinte d’une chaleur humaine familière. Ditratos, le
Rôdeur du multivers, est à ses côtés : « Ton geste était nécessaire et
absolument méritoire. L’équilibre est rétabli. Tu viens de libérer la Terre
de l’emprise des Enfers et nous t’en remercions, Deniziair. Notre Déesse
Brigid a eu raison de te donner des ailes. Tu les offre en retour à la justice
et à l’équilibre de la vie. »
Tournant la tête vers la base du Grand Pin, Deniziair est rassurée de voir
la Dryade assise adossée à son Arbre-Frère et Yuna, la fée rebelle, sur son
épaule, chuchotant des secrets à son oreille effilée. Ditratos prend alors la
tête de l’incube de la main de Deniziair : « Ne t’en fais pas pour la Dame
des Bois. Avec la touche de Yuna, elle survivra à l’agression qu’elle a
subit. Au fait, les fées effacent ce qu’elles veulent de nos mémoires.
Rappelle-moi de t’en reparler plus tard, la mienne fait des siennes,
parfois! » Admirant la tête démonique en la tenant par les deux cornes,
Ditratos ajoute : « De multiples sortilèges et des potions magiques en
devenir, dans cette tête qui sera écervelée!...Allons, le jour se lève bientôt.
Yuna et moi devons te quitter. Nous ne voulons pas trop intervenir sur le
plan de la Terre. C’est à toi de le faire, avec Denizia, Mörhygan, Sky, tes
soeurs et frères, les Enfants de la Terre, qui sont les fruits des Mondes
Oniriques Divins. »
Au même moment que Mörhygan réapparaît sur l’épaule de Deniziair, la
main levée du Mage permet au fameux Miroir de resurgir près du groupe
mystique. Dans des au revoir remplis d’amour, d’amitié et de respect mutuel, les guetteurs du multivers s’estompent à travers leurs réflexions et
le Miroir se dissipe de nouveau. Un instant de silence matinal et sylvestre
retombe autour des deux amies. Deniziair, d’un froissement de plumes,
secoue ses ailes blanches et coupe la quiétude de la forêt : « Nous ne
pouvons pas partir et laisser cette carcasse des enfers… » Un éclair bleu
étoilé jaillie alors à l’endroit où gît la carcasse de l’incube. Puis, plus de
cadavre, ni traces ne subsistent. La petite voix de Mörhygan réplique :
« Quelle carcasse des Enfers? »
Mörhygan, debout sur l’épaule de sa grande soeur des airs, affiche une
attitude désinvolte en s’exprimant sur un ton léger et plein d’innocence
propre aux fées.
Deniziair s’élève agilement de quelques gracieux coups d’ailes et survole
l’endroit de la tuerie : « Wow! »
Perchée sur l’épaule de sa sorcière, Mörhygan répond : « Ici, sur Terre,
nous devons être vigilantes et bien nettoyer derrière notre passage. Les
humains, ici, ne sont pas près à accueillir les réalités des mondes
oniriques. »
Sur ces mots, les deux créatures ailées profitent des dernières ombres
matinales, dans des acrobaties aériennes d’une grâce surnaturelle, pour
rejoindre la sorcière Denizia et Sky, sur le site sacré. À l’approche de la
petite clairière, déjà la nuit fait place au jour sur des notes d’horizon
enflammé par les rayons du soleil levant au dessus de cette Nouvelle
Angleterre rassurante des temps modernes. C’est pour sauvegarder cette
illusion que Mörhygan et Deniziair volent à travers les entre faîtes des
conifères appalachiens, pour ne pas être vues par d’innocents témoins
mortels. Les sens aiguisés des deux compagnes sont connectés aux esprits
et éléments invisibles de la forêt américaine. Empathiques et en parfaite aisance aérienne, la fée gardienne et sa protégée renée de sa jumelle
Denizia, entament leur routine de descendante vers le site ancestral.
La présence et l’énergie aviaire de Sky volant à leur rencontre réchauffe
les coeurs des chasseresses de démon. Mais le jour qui se lève les presse à
agir vite. Deniziair, les pieds devant, observe l’anatomie jumelle de
Denizia qui l’attend, sur le dolmen ancestral. Malgré une totale ignorance
de l’acte de réintégration à son âme-jumelle, Denizia demeure une dame
de la haute société mystique. Elle s’offre donc, les bras en croix, en totale
confiance en sa Déesse Brigid qui lui a redonné des ailes. Denizia regarde
son alter ego ailé plonger vers elle, pointant ses pieds vers son shakra du
coeur. Là où reposait la main de son mentor Ditratos.
Dès que le bout des pieds de Deniziair touche la poitrine de Denizia, la fusion surnaturelle s’opère dans un éclat de lumière d’arc en ciel. Les deux entités deviennent lumière divine et se fondent une dans l’autre dans une parfaite et harmonieuse manifestation des pouvoirs divins ici même incarnés. Les ailes blanches de Deniziair s’engouffrent et glissent dans le corps illuminé de Denizia qui est parcouru de frissons, témoins de ses pulsions d’énergie céleste qui la pénètrent.
Toujours caressée de vagues de douceur subtile, Denizia est alors
en prise avec tellement d’amour et de lumière que ses genoux
plient sous le poids des émotions envahissantes. Telle une
marionnette privée de son maître, Denizia se voit choir sur ses
genoux suivie de sa cape aviaire qui vient recouvrir ses sanglots de
joie insoutenables.
Soudain un rire se déploie de cette enfant de la Terre qui se noyait
dans ses larmes il y a un instant. Un rire qui fait écho dans les
arbres entrelacés dans leurs branches. Un rire libérant les forces
créatrices de miracles du multivers. Un sourire en coin, Denizia
comprend alors toute la portée de ce que lui disait Ditratos :
Aujourd’hui ce n’est pas un jour à la prosternation, mais à la renaissance!
Cette pensée continue à caresser ses souvenirs, lorsqu’elle marche
dans la forêt qui s’éveille, éclairée des rayons du soleil levant qui
la rejoignent entre les branches et dansent sur son habillement
moderne nord américain retouché d’une touche gothique.
Aujourd’hui ce n’est pas un jour à la prosternation, mais à la renaissance!
Cette phrase fait toujours écho dans sa tête lorsqu’une auto arrête
devant elle, faisant de l’auto-stop. « Où allez-vous? » La dame au
volant demande-t-elle. « Pawtucket », répond Denizia. « Bien,
montez! »
Sans le savoir, la conductrice vient d’aider dame Denizia à revenir
d’un rituel extraordinaire. Toujours muette et tranquille, la sorcière
regarde la route défiler, mais de jour, cette fois-ci. Elle se souvient.
Aujourd’hui ce n’est pas un jour à la prosternation, mais à la renaissance!
Levant les yeux vers le ciel, elle voit Sky qui vole en parallèle à
l’auto. Elle sait que Mörhygan est invisible sur son ami. Un sourire
se dessine sur ses lèvres sensuelles, et elle s’entend penser :
« Merci, Déesse Brigid. Merci, Yuna… » Denizia caresse sa
poitrine de sa main gauche et… « Merci, Ditratos. De ta
bénédiction, mon shakra du coeur s’est ouvert pour Deniziair.

FIN
À bientôt, enfants de la Terre!

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