Des remous de brumes dansent le long des canoës s’approchant de la terre ferme. Les silhouettes grises montagneuses sont les repaires pour Cailla, qui est sur le point de vivre une révélation. Depuis le début de sa quête sur les terres des Filles des Pléiades, l’ambiance est des plus mystique et habillée de magie. La matinée est si jeune que l’astre solaire radie sa couronne de lumière dorée derrière l’immense épine rocheuse. Un épais brouillard masque la vaste et digne étendue sauvage de la forêt des Ifs encerclant la rivière. Parfois les canoës semblent voler à travers une nuée de vagues silhouettes tordues à l’écoute des cris des bêtes sauvages terrées dans les embruns. L’air humide amène les odeurs des landes. Souvent, sur les hauts fonds, d’énormes crocs et des bras squelettiques menacent les voyageurs de leurs formes monstrueuses recroquevillées au dessus des minuscules humains. À moitié submergées ou sous la surface brumeuse, toutes ces présences jonchent la rive. Ces troncs et ces branches s’enchevêtrent telle une muraille naturelle coupant l’accès à l’intérieur des terres. Reposant ainsi depuis plusieurs lunes, tous ces Ifs morts sont en fait de réels gardiens de l’Utérus Sacré.
Les canoës glissent lentement sur la surface calme, en silence. Soudainement, Cailla lève le bras en guise d’arrêt, le poing fermé. Son regard ne quitte pas les eaux… Il ouvre alors la main tendant les cinq doigts, signifiant; NOUS AVONS CINQ VISITEURS. À l’instant même, les sept embarcations s’arrêtent brutalement, comme si une force invisible, sous le couvert du miroir aquatique, les retenait immobilisées. Les compagnons de Cailla savent bien comment se comporter face à cette rencontre singulière. Une attitude paisible et respectueuse est de mise, car le voile entre cette jeune humanité et le monde invisible vient de se déployer. Un simple acte de violence ou une faiblesse de conscience pourrait être fatal lorsqu’il est question de rencontrer le Gardien des Esprits de la Nature, dans ce lieu Sacré.
Un simple petit tourbillon sur la surface, en face du canoë de Cailla est suffisant pour lui dévoiler qui surgira des eaux miroitantes. Il ouvre alors ses deux bras dans un geste de bienvenu. Une beauté inégalée surgie immédiatement des eaux troubles. Avec grâce et légèreté, une créature féminine s’élève au dessus de la rivière, en lévitation, et dépose ses mains dans celles de Cailla. Un moment magique se manifeste lorsque ces deux mondes se croisent du regard… avec un sourire de joie en échange.
« Diaphane Osirian! » Dit le Voyageur.
« Voyageur de Conscience Cailla! Votre appel est le bienvenu à l’Utérus Sacré. »
Comme d’habitude… avec une extrême précision, les deux consciences se connectent comme deux aimants et une merveilleuse union a lieu dans un état d’esprit oublié par le temps : Puisque la reine des Pléiades, Maïa, est partie, les six autres feyades sont encore connectées à la jeune Terre, gardant un œil ouvert sur ses enfants. Autrement, le chaos serait un cauchemar quotidien. Maintenant il est temps que Cailla devienne un Voyageur de Lumière. Il sera doué, vies après vies, de partager le Savoir de la Pierre de Lumière de l’Utérus Sacré.
Pendant qu’Osirian la Nymphe et Cailla s’échangent une rare étreinte, un mystérieux bourdonnement survient à proximité des bateaux d’écorce. Apparaissant de nulle part, quatre minuscules créatures aillées ressemblent à des demoiselles échappées d’un Rêve Divin. Leur peau laiteuse rayonne de beauté à travers les brumes. Une d’elles plane lentement au dessus de l’épaule de Cailla et chuchote à son oreille :
« Bienvenu à la maison, frère Cailla. Je suis Mirhilia, ta sœur fée. Poursuivons notre route vers l’Utérus Sacré qui attend ta semence de l’Éveil. »
Dans un élan spontané, Osirian, Mirhillia et Cailla s’inclinent devant l’autre, en retrouvailles dans cette vie, une fois de plus.
Une des fées se porte volontaire à veiller sur les canoës couchés à l’envers sur la berge, bien dissimulés parmi le mur de branchage. Ainsi, les Géants Maraudeurs habitant la région, passeront leur chemin sans remarquer la présence de viande fraîche humaine dans les alentours. Le groupe des 21 humains s’aventure dans les terres, s’étirant en une longue ligne vivante. Fermant la marche, deux fées masquent leur passage aidées de leurs sortilèges trompe l’œil. À l’avant, Cailla est emporté dans une discussion avec la Nymphe et la Fée, zigzaguant dans une forêt de fougères géantes et d’arbres dont les troncs sont aussi large qu’une hutte d’assemblée. Dominant au dessus des têtes des pèlerins, les ramures verdoyantes les cachent de la vue des grands lézards géants sillonnant le ciel du Royaume des Nuages.
Le voyage est difficile et dangereux, mais Cailla a le cœur tout léger, avec ses compagnes retrouvées à ses côtés, après toutes ces vies vécues ensemble, des mémoires de vies refont surface du temps de la genèse de l’humanité. La file d’aventuriers approche maintenant d’un étroit point de convergence des deux chaînes de montagnes rocheuses. D’ici, nous admirons déjà les Grandes Chutes Purificatrices. Sur le lointain sommet, les eaux se jettent du cœur d’une forêt dense qui ne peut être vue qu’en chevauchant un Dragon qui la survole. Mais du sol, la majesté fluide caressant le flanc lisse et reluisant de la falaise est sidérante et invite à la contemplation enracinée d’un respect divin.
Sur le haut d’une colline, Cailla s’arrête et se tient tel une pierre levée devant cette merveille. Les trois silhouettes paraissent minuscules sur leur monticule, devant le mince ruban laiteux qui devient un immense brouillard se déposant sur la surface d’un lac, au pied de la vibrante beauté lactée. D’un regard inondé de larmes, Cailla se tourne vers Osirian et Mirhilia et dit, se tournant de nouveau sur le paysage unique :
« Ça s’est passé il y a si longtemps! »
« Oui, mon cher! » … Les deux êtres magiques lui répondent en écho.
Pendant que ses vingt compagnons se rassemblent autour de lui, affichant des regards éberlués sur le splendide site naturel, Cailla ajoute :
Nous étions tous ici, rappelez-vous! Nous étions là au tout début, les premiers à franchir les Chutes Purificatrices, provenant de l’Utérus Sacré, nous, de nouvelles âmes mises au monde. »
Osirian secoue sa tête avec grâce soulevant une vague de longs cheveux en tourbillon dans le vent et dit :
« Voilà, d’ici j’inspecterai le lac la première. Je dois m’assurer que vous le traversiez tous sans danger. Profitez-en pour vous reposer et rejoignez moi plus tard sur la berge. »
Dès qu’Osirian disparaît derrière le mur de fougères, Cailla s’offre un moment précieux entouré de ses loyaux fervents encore en totale contemplation devant la formidable chute d’eau.
Marchant gracieusement mais éveillée de tous ses sens, Osirian se montre vigilante.
« Quelque chose nous épie! » Dit Mirhilia qui devient visible au dessus de l’épaule d’Osirian.
« Je ressens sa présence, c’est sûr… et c’est moi qui l’intéresse… Je le sais par sa signature malveillante qui traîne à mes côtés et ce depuis que nous avons laissé les canoës derrière. » Ajoute la Nymphe Osirian avec confiance.
« Je le savais… Et bientôt en sera-t-il de l’affrontement… J’ai une bonne idée. Cette bête malveillante mordra la poussière… euh… sera immergée d’une nouvelle réalité, devrais-je dire! » Dit Mirhilia en prenant son envol dans élan rapide. Les deux amies s’échangent un clin d’œil, Mirhilia disparaît dans un éclair bleuté et Osirian s’élance en courant à toute vitesse vers le lac.
Blottie sous un voile de peur et de doute, la créature attend et observe Osirian et sa maudite fée : « Bientôt, je piétinerai ces deux vermines… Je savoure déjà ma revanche sur ces décevantes créatures. » La vision du prédateur est claire et pénétrante, froide et nette, quasi passionnée. Dans une traînée mentale, la créature s’impatiente voyant ce rat volant s’évanouir dans l’air. Elle se dévoile dans un saut et se lance à la poursuite de sa délicieuse proie… savourant déjà la tiède, tendre et juteuse chaire entre ses crocs. Elle se rapproche rapidement de la faible créature pélagique. La vision du poursuivant montre bien une Nymphe au désespoir. Mais soudainement, malgré la proximité du lac sécuritaire, Osirian freine sa course et se retourne lentement vers l’entité vicieuse, avec un sourire moqueur aux lèvres.
L’assaillant infernal cesse immédiatement la poursuite… « Quelque chose ne va pas du tout! » Il ne s’en doute pas encore, mais c’est la dernière pensée de sa vie… Sur un dernier soupire, l’environnement tout entier se métamorphose. Provenant de la forêt familière, un énorme mur d’eau s’écrase sur lui. La dernière vision qui s’offre à lui est le calme sourire sur le visage d’Osirian distordu dans un tourbillon de bulles et d’eau l’écrasant avec la violence d’une masse maniée par la Mort elle-même. Osirian, baignant dans son élément en totale liberté, nage gracieusement vers le corps reptilien laissé sans vie en suspension, comme une poupée oubliée. Osirian saisit sa queue écaillée et ramène la dépouille vers les eaux peu profondes.
La Nymphe émerge du lac, traînant la créature comme un sac. Non loin de là, Mirhilia est confortablement assise sur un rocher, laissant courir ses doigts dans sa chevelure, en parfaite confiance, voyant le chasseur gisant sans vie sur la plage. Mirhilia s’exclame : « Oh! Elle était une Reptilienne… belle prise, Osirian! »
La Nymphe porte ses poings à ses hanches et regarde son amie Fée. « Merci beaucoup, ma chère! Mais sans ton sortilège d’illusion, j’aurais été dans de beaux troubles… ou tout au moins avec des morsures et blessures sur tout le corps… et sûrement violée aussi! Car vois-tu, je la connaissais bien, elle avait cette fâcheuse habitude d’être toujours à nos trousses, les Esprits de la Nature. »
« La connaissais-tu depuis longtemps? » Mirhilia demande-t-elle en prenant son envol vers Osirian pour bourdonner sur place en face d’elle.
« Eh oui, elle s’appelait Hellishia et fût ma première mission politique, il y a de ça des éons. Nous étions supposer de faire équipe à la création d’une nouvelle ère de paix… Hmmm! Je me rappelle encore de sa façon de me regarder dès ces premiers âges. Elle était tellement dominée par ses propres satisfactions avant tout. Imagine, Mirhilia, elle était androgyne… et très attirée vers moi… »
« Ha, ha, ha, ha! » Mirhilia ne peut s’empêcher de rire avec force. « Comment se fait-il ça n’a pas abouti entre vous deux? Je ne comprends pas… Vous aviez tellement de choses en commun! » Regardant de nouveau Mirhilia, Osirian sourie : « Bien sûr! Mais tu dois savoir que les Reptiliens dévorent leur partenaire après leurs ébats passionnels! J’avais d’autres plans dans ma vie que de finir mes jours dans un ventre! »
« Hmmm! C’est un bon point, ma chère! » Lui réplique son amie ailée. « Disposons-nous de son corps? » Mirhilia ajoute-t-elle en baissant les yeux sur le cadavre.
Tout en haut de la colline, Cailla rassemble ses affaires après une brève pause. Une lueur bleue attire son attention sur les rives du lac. « Bon! La voie est libre. Allons-y, mes frères et sœurs, le moment est venu de rejoindre nos amies Osirian et Mirhilia! »
Une autre page de l’histoire de l’humanité est écrite; Le groupe d’humains s’assemblant aux pieds des Hautes Chutes Purificatrices. Les pèlerins sont émerveillés de tous leurs sens. Plusieurs oiseaux blancs planent en cercles dans les brumes et tout le long du ruban d’eau laiteuse. Le vent est frais et aromatique, transportant des tourbillons de gouttelettes tièdes qui contrastent avec l’air rafraîchissant. Le groupe est toujours sous le couvert des longues branches des Ifs géants. Les racines se fondent parmi les pics rocheux en contrefort de l’épaisse forêt. C’est là que Cailla rejoint Osirian et Mirhilia; Tout les deux très affairées et concentrées à la plus urgente et importante activité à la portée de la main. Bourdonnant et oscillant autour de la tête d’Osirian, Mirhilia est en pleine création d’un réel chef d’œuvre en haute coiffure pour son amie la Nymphe. Il est difficile de dire si la magie féerique ou des centenaires d’années d’expertise est à la source d’une telle réalisation…Hmmm!... À la fois délicate, majestueuse et renversante. Les Esprits de la Nature sont bien connus comme étant les instigateurs dédiés à la floraison de la beauté émanant d’une femme. Osirian et Mirhilia sont si absorbées à leur tâche qu’elles ne semblent pas remarquer la présence de Cailla.
« Bon… eh bien hum! Et puis… Vous avez faites face à une résistance, à en juger par la présence de la lueur bleutée féerique! » ( notes de Renatus : voir la Chronique III des Enfants de la Terre. http://www.chroniquedumiroir.blogspot.com/ )
Mirhillia, toujours bourdonnant comme une abeille, entrelace une tresse autour de la gracieuse sculpture de cheveux reflétant parfois un rayon doré du soleil matinal qui perce ici et là la toiture verte des énormes branches d’Ifs surplombant le groupe. « Mon cher Cailla, dit Mirhilia, nous ne pouvons pas se permettre la visite de Géants Maraudeurs attirés par l’odeur d’un corps de Reptilienne. » Cailla réagit aussitôt fronçant d’un sourcil. Osirian ajoute alors affichant un sourire et regarde Cailla : « Et tu ne veux pas voir cette créature… Hellishia était mon ennemie, soit!... Mais aujourd’hui est un jour béni, puisqu’elle n’est plus sur mes talons, une fois pour toute! » Avec une dernière touche artistique sur son œuvre, Mirhilia change de sujet : « Bon!... Je vais bientôt ouvrir le portail sur le Royaume de l’Éther, pour nous permettre de traverser le lac vers les Chutes Purificatrices. »
Pendant que les pèlerins se dévêtissent de leur
tenue de voyage pour porter la robe blanche de rituel, Mirhilia et ses deux
compagnes ailées entament l’incantation du Monde de l’Éther pour ouvrir le
tunnel à travers la matière dénommé par les Anciens « Le Pont Sacré de
Poussière d’Étoile. » (Voir Chronique I des Filles des Pléiades.)
Pas très loin derrière le groupe, de l’intérieur de
la forêt, un grand tumulte retentit. Osirian et Cailla se regardent avec
inquiétude. Osirian coupe court à l’interrogation : « LES GÉANTS SONT
SUR NOUS!... Ils ont figuré où nous sommes. »
Serrant les dents, elle ajoute… « Leur chaman a
sûrement torturé un des nôtres encore! » Osirian regarde vers le mur d’Ifs
alors que derrière elle un phénomène étrange altère l’essence-même d’un point
au dessus de la surface du lac. L’attention de Cailla va et vient entre le
portail et Osirian. Il ressent très bien l’énorme colère brûlant dans le cœur
de la Nymphe dévoilant bien l’enjeu. Le cœur d’Osirian est déchiré à la pensée
de ses sœurs de race succombant sous la cruauté du chaman géant.
« Allons, ma chère! Laisse tomber… le portail
est là. Ne vas pas rater le Passage pour une poignée Cailla de géants! »
s’approche d’elle lui prenant le bras gentiment. Mais Osirian réagit avec force
et tourne son regard vers Cailla : « Non! Je résiste! Ces cervelles
de noix vont goutter à mon essence. Je le fais pour mes sœurs qui ont disparu
par le portail de la torture. »… Avec des yeux larmoyants, elle se
retourne vers le mur sylvestre, libère son bras de l’emprise de Cailla et lève
les bras vers les Maraudeurs s’approchant de la lisière de la forêt.
Cailla est sidéré par le courage d’Osirian et
s’écrit : « Alors… je résisterai à l’assaut aux côtés de mon amie,
pour toutes ces vies vécues ensemble, peu importe l’enjeu! »
En cet instant critique, les branches à proximité
tremblent déjà sous l’implacable avance écrasant tout sur son passage. La terre
gronde sous ces pas massifs battant le rythme de la mort confondu aux
palpitations du cœur de Cailla. Le temps se fige en pressant toute vie
résiduelle où la foi est secouée. La bravoure est affutée comme un couteau à
sacrifice. Le sang cogne dur aux tempes. La gorge s’assèche comme du sable sous
un soleil plombant. La puanteur des assaillants envahit les narines.
Mais un brusque changement d’air traverse les
branches et un arôme pélagique et salé remplace l’odeur musquée. Bien qu’encore
cachées par l’épaisse muraille verte, les créatures massives s’approchent
émettant des sons gutturaux. Ces bruits sont masqués par un invisible
déferlement d’eau rugissant vers Osirian et Cailla. Les arbres résistent au
puissant déluge. Agissant comme un tamis géant, les Ifs laissent passer une
pluie d'eau salée, tombant sur le groupe d’amis dans un arc-en-ciel de couleurs
captée par la lumière du soleil. Cailla est toujours en position d’alerte, prêt
à jeter son sort, mais il figure vite ce qui vient de se produire. Soulagé, il recule
d’un pas et regarde Osirian: «Alors là... Attention à toutes âmes qui vivent,
la puissante Nymphe Osirian est de retour! ... Je suis si heureux d'être de ton
côté, ma chère! Sentir mon sang et mon corps transformés en eau de mer n'est
pas des plus passionnants!» Osirian lui sourie, mais toujours avec cette
détermination scintillant dans ses yeux. Balayant du regard le mur d’arbres
trempés, elle ajoute : «Tous les esprits de mes soeurs sont honorés ...
leurs sacrifices m’a motivé à faire disparaître ces énormes vermines sans
laisser de trace. Après tout, notre passage doit demeurer secret ... jusqu'à ce
que l'humanité future marche de nouveau sur ce chemin d’éveil! »
A ces mots, un vent chaud souffle du lac. Au dessus
de la surface de l’eau, une distorsion se dessine dans l’air, tel un iris. Cet
énorme oeil regarde le groupe. En son milieu, détourant l’iris, trois fées
forment une ronde, les bras étendus. Ils ressemblent à trois libellules en
union, comme un triskèle : le passé / présent / futur aux portes du
Royaume de l'Éther. Ces grâces ailées sont de merveilleuses chanteuses émettant
de douces notes qui bercent toutes les âmes présentes. Osirian rejoint la
chorale féerique de sa voix charismatique: «Puissions-nous tous procéder à la
purification de notre cœur et âme. Laissons nos élus pèlerins marcher vers la prise
de conscience de leur nouveau destin. »
Empruntant ce tunnel qui sillonne à travers toute
matière, les futurs Voyageurs de Conscience, ébahis par le phénomène, regardent
ce qui se déroule au dessus de leur tête, dans un ciel pas des plus invitants.
D'énormes lézards volants tournoient près du sommet de la Chute Purificatrice.
Cailla les rassure d'une voix calme: «Vous marchez maintenant dans le Royaume
Éthéré. Ici, Vous êtes tous très en sécurité et invisibles du monde extérieur.
Ces dragons dégénérés ne peuvent pas vous voir. Ancrez-vous dans le présent et
tous ensembles nous allons traverser la Chute Purificatrice.» Au moment même où
le premier pèlerin s’approche du point où la chute d'eau devient une zone de
brouillard blanc et argent, une paroi translucide teintée de sept lumières se
déploie comme un arc-en-ciel. Ces lames à sept couleurs transpercent chacun des
corps, chaque coquille, chaque porteur d’âme. Une douce expression de joie
rayonne sur le visage de chacun des compagnons une fois qu'ils sont
glorieusement touchés par les Sept Énergies des Filles des Pléiades. Cailla,
Osirian et Mirhilia se regardent avec fierté et grande complicité ... édifiée
et renforcée vies après vies, comme des hirondelles construisant leur nid.
Les pèlerins entourent Cailla à l'entrée cachée
derrière la chute. Derrière eux, l'épais rideau brumeux joue le rôle d’une
porte d'argent scellant l’Utérus Sacré de l'extérieur. Cailla grimpe sur un rocher
pour être bien vu et d’une voix retentissante: «Ici, nous sommes à la source de
toute renaissance ... Chacun d'entre nous va renaître dans une nouvelle conscience!
» À ces mots, une faible pulsion lumineuse bat son rythme du centre même de
cette grotte gigantesque. La voûte révèle alors ses proportions inhumaines en
un véritable temple aux allures titanesques. Trois énormes piliers naturels
sont recouverts de cristaux, mais l'aspect le plus curieusement attirant est ce
joyau majestueux, créé il y a des millions d’années par l'union de Cibellia et
Galaxos (Chronique I de Filles de la Pléiade). La semence d’amour de Galaxos
s’est cristallisée ici. Avec le temps, le cristal est devenu le gardien, le
détenteur des mémoires de la création de la Terre et de ses enfants. Cet énorme
cristal central est une agglutination d’éclats lumineux reliés ensemble par
leurs souvenirs, Lumière et Amour... l'essence même de leur création. De plus
près, nous voyons et ressentons les pulsions du cœur de la Terre ... plus nous
nous rapprochons de cette pierre levée, de sa Lumière Bénie, notre cœur-même
s’harmonise avec ce rythme ... rythme ... rythme ... comme un seul battement de
coeur ... ensemble ... synchronisés comme des vagues caressant la rive. L'unicité
se fait sentir, la joie est immense, le Divin est Un dans tous ces éclats.
L'impulsion lumineuse de la Lumière est magnifique. Toute la beauté et pureté
du cristal sont révélées.
La main de Cailla se rapproche de la pierre chantante
... et une après l'autre, d'autres mains se rapprochent et touchent la prime
pierre de l'Utérus Sacré. Tous les pèlerins s’approchent de la pierre levée.
Tous et toutes, Osirian, Mirhilia, les deux autres fées battent le rythme de
leurs ailes, touchent, connectent à la Pierre Lumière Sacrée. Soudainement, les
souvenirs de la Terre elle-même fusionnent avec ceux de Cailla; les premiers
enfants qui marchent sur la terre immigrant du centre-même de la Terre Mère,
les sages Géants de Cristal, les Dragons Chromatiques, les baleines gardiennes
des Clés des Abîmes, les dauphins guérisseurs et leurs Sirènes, les pachydermes
appelés les gardiens d’Amour, les sept fées sages du ciel du nord appelées plus
tard les Filles des Pléiades et tous leurs Esprits de la Nature.
C’est alors que nos trois amis se regardent avec une
poussée d’Amour amenant des larmes à leurs yeux, tel des gouttes récoltées à
même un océan d’accueil immortel, rayonnants comme trois phares dans la nuit.
C’est à ce moment précis que ce pèlerinage prend tout son sens. La surface de
la Pierre Lumière se fracture en autant de fragments que d’âmes présentes et
chaque éclat se reconnaît dans chacun des cœurs…
Dans chaque regard, nous voyons l'immortalité étincelant
du passé et de l'avenir ...
Dans chaque respiration, un miracle s’opère, la vie
s'exprime ...
Dans chaque flux sanguin, le fleuve du temps se
trace, les événements mémorisés se diffusent, se courbent et se bouclent comme
un ruban de Moebius ...
Dans chaque âme présente, une voie temporelle
claire se dessine. L’avenir de la Terre Mère germe dans chacun des Voyageur de
Conscience, renoués à la vie. Imitant Cailla, ils se prennent la main en
reculant de quelques pas, pour former une ronde qui se déploie autour du centre
de l’Utérus Sacré.
A ce moment précis, Cailla sent le sommet de sa tête
entraîné dans un remous d’air tiède. Il ouvre les yeux, se demandant si toutes
ces images reçues allaient rehausser la nouvelle conscience de ses compagnons.
Il tourne alors naturellement son regard calme vers la personne à sa gauche. Le
jeune disciple réagit entouré de la même sérénité d’expression et renvoie à
Cailla une belle complicité. Il sourit à travers la lumière qui émane de tout
son corps et de sa voix profonde habituelle, il dit: «Oh! Vous êtes là,
princesse Delfine. Vous vous êtes bien cachée, parmi les vingt élus. Vous êtes
plus qu'une héritière du sang royal dissimulée pour survivre aux intrigues de
la cour.» Un peu gênée par la justesse des commentaires de son Maître de
Conscience, Delfine montre néanmoins une grande fierté et de la grâce puisqu’il
n'est plus nécessaire de les déguiser et elle ajoute:« Votre perspicacité
m’honore, Maître Cailla. Je dois admettre que je me sens soulagée de lever le
voile sur toutes ces années et ces siècles de constante vigilance, évitant les
complots, les tentatives d’assassinat… Contrainte à m’enfoncer plus loin et
plus profond dans les sombres replis de chaque univers, j’ai développé une
seconde nature à survivre. Je devais trouver seule les ressources disponibles
mais enfouies dans des recoins obscures de chaque civilisation.»
Comme tous les autres pèlerins se regardent en toute
reconnaissance, en écho au même flux de la conscience intemporelle, le cercle
des nouveaux êtres éveillés s’harmonise lentement à l’impulsion invisible de la
Pierre Chantante de l’Utérus Sacré. En une seule voix, de concert, Cailla,
Osirian, Mirhilia et ses deux sœurs ailées entament leur Chant aux Esprits.
Cette mélodie est la chanson Primordiale Sacrée, la Voix Divine de la Source
transmise aux Esprits de la Nature par la Reine Maïa et les six Filles des
Pléiades, il y a de cela des éons. Émergeant de l'essence même de l'immortalité,
où toute forme de vie prend racine, où la
première brise de passion fût soufflée par les deux êtres célestes Galaxos et
Cybellia, où l'humanité était un Rêve Divin encore en processus de germination.
Tout au long du rythme du Chant Sacré faisant écho,
l’immense grotte s’illumine de son centre. La lumière courre, glisse,
s’intensifie et donne vie au cœur même de la montagne. Un rayonnement
éblouissant dévore de sa lumière toutes les silhouettes présentes. Le degré de
luminance atteint un seuil aveuglant où les corps physiques s’unifient avec la
radieuse clarté.
En une seule pensée, dans une volonté, dans un élan
d'amour, toutes les âmes emballent ensemble le présent de cet instant qui est;
LE PRÉSENT DE DONNER LA VIE PAR ET POUR LA VIE. La voix de Cailla fait écho: «Tous
et chacun sommes un. Tous et chacun ressentons l’unicité. Nous sommes les
mémoires des civilisations, des races et toutes formes de vie du passé, du
présent et du futur. Nous sommes un dans un état intemporel. Nous sommes le
ciment de notre Amour et Lumière. Nous sommes un moment historique. Par notre
travail dans la conscience, nous sommes en mesure de voyager, d’entrer et sortir
de chaque réalité, chaque illusion. Notre fréquence nous élève vers nos racines
... vers notre Mère Arbre de Vie.»
Presque trop éclatant pour les yeux, le phénomène
prend un nouveau tournant: Tous les vingt âmes deviennent diaphanes et lévitent
pendant un certain temps dans le milieu de l'immense lieu sacré et une danse
commence. Surplombant la Pierre Chantante centrale, ils s'alignent en une file,
comme un ruban. Cette corde d'argent de vingt étincelles évolue sous la forme
d'un «8», s’élevant vers le haut de la voûte, le ruban d’âmes est littéralement
avalé, en communion et totale reconnaissance. Ici, dans la chair de la roche,
les nouveau-nés utilisent cette connexion à la pierre pour démarrer leur
nouvelle mission spécifique comme Voyageurs
de Conscience dans tous les royaumes et plans du multivers.
FIN
Épilogue:
La fée laissée à la garde des canots n'est pas
surprise de voir Cailla, Osirian, Mirhilia et ses deux autres sœurs ailées, tous
rayonnant d’un charisme renouvelé. Elle dit: «Bienvenue à nouveau, mes chéris!
Je vois qu'une nouvelle génération de Voyageurs de Conscience a été offerte au
multivers.»
Cailla et Osirian, main dans la main, sortent de la
paroi épaisse de fougères. Ils touchent leur cœur avec leur main libre et
saluent bien bas leur fée gardienne. Cailla ajoute: «Oui, en effet, le
multivers a reçu notre présent. C’est toujours notre plus beau cadeau, notre
présent!» Cailla ne peut pas résister à sourire à Osirian à la fin de sa phrase.
Un beau sourire qui reflète tous ces siècles d’amour réel distancié brille sur
le visage de la nymphe. L'atmosphère est béni tout autour de Cailla et Osirian.
Mirhilia et ses trois sœurs sentent bien la vague d'amour créé en cet élan
d'énergie en mouvement. Avec ce pèlerinage vers l'Utérus Sacré, la nymphe et
l'humain accueillent leur réunion sur le fleuve du temps par leur propre
dévotion à l'éveil de l'humanité, leur motivation commune.
À suivre…
( d’autres chroniques sont au stade de traduction et
seront bientôt éditées)
Rénatus, votre chroniqueur.
Wow, je suis éblouie!
RépondreSupprimerMerci pour cette renaissance ramenée dans notre présent par tes soins, mon cher frère
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