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lundi 20 août 2012

Chronique IV des Filles des Pléiades


Toute la vallée est obscurcie par une fumée se propageant de différents lieux où des villages sylvestres se consument. Un silence morbide accompagne ces ailes funestes planant sous une forme nébuleuse, grisâtre et menaçante, emprisonnée entre les massifs des murailles montagneuses.
Il n’y a pas si longtemps, cette vallée était une retraite paisible pour les moines, gardiens de la Flamme de Vie. Ici même se retrouvaient-ils en toute sécurité, retirés du monde, ces pèlerins des quatre vents de la région septentrionale.  Mais la Flamme de Vie leurs fût dérobée par les envahisseurs.
La nuit s’infiltre par les dents rocheuses de l’est, couronnées de neige éternelle. Dans le centre de la vallée forestière, une petite zone s’est dérobée à la poigne des serviteurs de l’ombre. Ce lieu se nomme : Le Saule Primordial. C’est un endroit invisible à l’œil malveillant mais une balise de Lumière pour tout cœur pure. Ce prime arbre sage tient le rôle de mère pour cette forêt en pleine croissance. La Conscience Divine du Viel Arbre Mère est en totale communion avec ses enfants pures : Sacha la Licorne, Mirhillia la Fée, Phoenatus le Chevalier Garant (qui est en fait un métamorphe  aussi connu de ses amis comme l’Ours Noir d’Encre).
Une petite armée d’âmes et de cœurs purs attendent l’appel fervent. S’adossant sur l’énorme tronc, ils harmonisent tous leur pulsion de vie avec celle du Saule Sacré, leur Arbre Mère, leur source de force qui sera libérée dans un instant. Comme un anneau de protection, une grande étendue d’eau entoure le saule. Sous la surface, la Nymphe Osirian s’affaire avec les esprits aquatiques. Ils déploient leur puissance à toute vie souterraine  le long  des tunnels tordus et trous de ver qui composent l’immense réseau tel une énorme éponge. Le lien empathique entre les racines de l’Arbre Mère et Osirian est le principal avantage de ces défenseurs de la vie. En un clin d’œil, une armada d’esprits aquatiques se crée.
Le chef de tribus des créatures de l’ombre est surexcité par le succès de l’assaut. La victoire fût facile, sans aucune résistance. Ses guerriers démontrent déjà une frénésie de vainqueurs qui invite aux réjouissances. Bien que tous ces villages brûlent, une déception persiste : Le plaisir de voir la frayeur dans les yeux du vaincu, puisque personne était là pour accueillir la furie des guerriers de l’ombre. Le chef pense alors : « Où sont ces fameuses Dryades qui auraient pu être partagées avec exubérance et jouissance entre les jambes de mes soldats? Où sont ces Fées qui pourraient amuser nos enfants une fois leurs ailes coupées? Où est la reine ambassadrice, la belle Nymphe blonde, Osirian, sauvegardée pour mes besoins personnels, enchainée à ma couche et recevant ma semence victorieuse? »
Une secousse profonde distrait le chef militaire et il se retourne vers le campement, où un mur épais de brouillard rampe entre les troncs et les fougères géantes. Soudain, des appels et des cris de terreur sont entendus en provenance des brumes grises, sans sons de fers qui se croisent ou de boucliers qui s’entrechoquent. Tous ces combattants voilés tombent avec un dernier cri d’angoisse, vaincu par une mort sans honneur, isolés dans la grisaille des âmes perdues.
Le chef lève son épée longue vis-à-vis son front affichant un sourire pour démontrer sa bravoure. Il scrute de regard les brumes mystérieuses qui l’entourent. Le calme plat devient insupportable. Sillonnant sur son front et ses tempes, des perles de frayeur glissent sur sa peau salle de lézard à un débit constant. Le rythme de son cœur devient accablant. Tous ses sens sont altérés dans un étau de frayeur qui se resserre autour de sa gorge. Il sent le dernier grain de sable du temps passer derrière sa langue. Son sablier se vide et il sait que son dieu cornu l’abandonne ici même où il mourra seul dans les brumes du silence, sans esclave pour craindre sa victoire.
Vite comme l’éclair, l’attaque émerge du dessous et les racines deviennent des pièges emprisonnant ses chevilles. D’un élan aveugle, l’épée siffle dans l’air avec frénésie dans des tourbillons de brume. Une force tellurique anime la Forêt Sacrée qui avale le guerrier aussi vite qu’un lézard tyran sauvage. Perdant la poigne de son épée, ses griffes s’enfoncent dans la mousse du temple sylvain. Récoltant malgré lui deux mains pleines d’humus, il ressent l’eau froide souterraine le long de son corps. Prenant un dernier respire, il sait qu’il sera submergé bientôt et WHAM! Il est plongé dans le monde aquatique et ouvre les yeux sur la récompense ultime de sa conquête : Osirian elle-même se tient dans l’apesanteur des eaux verdâtres avec ses cheveux sensuels dansant comme des murènes et accueillant le guerrier reptilien. Un dernier sourire dessiné sur des lèvres attirantes disparait dans le nuage rouge du sang jaillissant autour. Le soldat voit bien l’impact du rayon fatal de Lumière rayonnant de la poitrine d’Osirian. Transperçant comme une lance,  le jet lumineux ouvre la chair de son corps et une sensation de béatitude s’installe à la toute dernière vision de la Porteuse de Lumière Osirian qui lui adresse un sourire rempli d’espoir et de ferveur. Lentement, un voile gris obscurcit la vue du reptilien et la légèreté de son âme est ressentie de nouveau, ainsi que cette traversée où votre destiné a rendez-vous avec votre Essence immortelle. Une vague d’empathie rayonne de l’intérieur de la forêt.
L’Arbre Mère tremble au passage d’un vent frais caressant ses feuilles en signe d’une nouvelle ère.Toutes les âmes présentes et réunies à la base de son tronc se regardent mutuellement avec soulagement. Nous avons vu à l’ennemi. Ces milliers d’envahisseurs  ont été accueillis par Mère Terre. L’unification des âmes malveillantes aux Esprits de la Nature a été réussie. Les Pèlerins de Lumière peuvent redescendre des portails des Filles des Pléiades.
Sacha, la Licorne, s’approche du chevalier Phoenatus. Tous les deux posent leur côté sur la peau de leur Mère Arbre et ressentent en retour le nouveau rythme de vie surgissant du cœur de leur Source. Libérés par cette nouvelle fusion des âmes obscures, les Fées et les Elfes Sylvestres sont de retour dans leur domaine forestier. Des lumières dansantes annoncent bien des changements dans l’air. Régénérée d’une source inattendue, la vallée déploiera ses branches vers le ciel. Du sommet des montagnes rocailleuses certains métamorphes sont déjà dans leur envol, planant sur les courants d’air tiède. Ce sont là les primes Druides appelés à bénir la Forêt Sacrée. Oui, le mariage des âmes malveillantes avec les Esprits de la Nature est couronné de succès.
Il est enfin temps de célébrer la reconnaissance de ces pouvoirs en jeu. Les Druides métamorphes peuvent habiter de nouveau le verdoyant royaume de la vallée. Maintenant les mâles peuvent déposer leur semence dans les Utérus Sacrés, guidés par la Lumière des Esprits de la Nature. Une saison de croissance paisible peut bourgeonner  au creux d’une vague profonde apportant des mémoires issues de ces éons de création, transformation, altération, innovation… où rien ne se perd et tout se crée. Le ciel nocturne peut offrir son manteau à la voie lactée. Les étoiles étincelantes peuvent scintiller comme des joyaux. Dame la Lune peut faire sa ronde céleste tout le long de la nuit et bénie soit-elle de récolter ainsi toute énergie résiduelle laissée derrière. La grille de force peut s’enraciner dans le cœur de chaque Cristal Chantant déposé comme semence, dans l’Utérus Sacré de Cybellia, il y a de nombreux éons.
FIN
Notes de l’auteur :
Le conteur est confortablement assis sur la plus grosse branche, au cœur du feuillage, dans les bras de sa Mère Arbre. Il enroule de nouveau son parchemin et touche sa poitrine de la paume de sa main. Tel un coup de vent il disparaît puisque sa légèreté tient du rêve. En quelques instants, cet incident de l’attaque des ombres n’est qu’un autre fait divers du passé où il reviendra avec une conscience éveillée pour raconter son histoire aux enfants intérieurs du futur.
Au revoir, fidèles lectrices et lecteurs.

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