Toute la vallée est obscurcie par une fumée se
propageant de différents lieux où des villages sylvestres se consument. Un
silence morbide accompagne ces ailes funestes planant sous une forme nébuleuse,
grisâtre et menaçante, emprisonnée entre les massifs des murailles
montagneuses.
Il n’y a pas si longtemps, cette vallée était une
retraite paisible pour les moines, gardiens de la Flamme de Vie. Ici même se
retrouvaient-ils en toute sécurité, retirés du monde, ces pèlerins des quatre
vents de la région septentrionale. Mais
la Flamme de Vie leurs fût dérobée par les envahisseurs.
La nuit s’infiltre par les dents rocheuses de l’est,
couronnées de neige éternelle. Dans le centre de la vallée forestière, une
petite zone s’est dérobée à la poigne des serviteurs de l’ombre. Ce lieu se
nomme : Le Saule Primordial. C’est un endroit invisible à l’œil
malveillant mais une balise de Lumière pour tout cœur pure. Ce prime arbre sage
tient le rôle de mère pour cette forêt en pleine croissance. La Conscience
Divine du Viel Arbre Mère est en totale communion avec ses enfants pures :
Sacha la Licorne, Mirhillia la Fée, Phoenatus le Chevalier Garant (qui est en
fait un métamorphe aussi connu de ses
amis comme l’Ours Noir d’Encre).
Une petite armée d’âmes et de cœurs purs attendent
l’appel fervent. S’adossant sur l’énorme tronc, ils harmonisent tous leur
pulsion de vie avec celle du Saule Sacré, leur Arbre Mère, leur source de force
qui sera libérée dans un instant. Comme un anneau de protection, une grande
étendue d’eau entoure le saule. Sous la surface, la Nymphe Osirian s’affaire
avec les esprits aquatiques. Ils déploient leur puissance à toute vie
souterraine le long des tunnels tordus et trous de ver qui
composent l’immense réseau tel une énorme éponge. Le lien empathique entre les
racines de l’Arbre Mère et Osirian est le principal avantage de ces défenseurs
de la vie. En un clin d’œil, une armada d’esprits aquatiques se crée.
Le chef de tribus des créatures de l’ombre est
surexcité par le succès de l’assaut. La victoire fût facile, sans aucune
résistance. Ses guerriers démontrent déjà une frénésie de vainqueurs qui invite
aux réjouissances. Bien que tous ces villages brûlent, une déception persiste :
Le plaisir de voir la frayeur dans les yeux du vaincu, puisque personne était
là pour accueillir la furie des guerriers de l’ombre. Le chef pense
alors : « Où sont ces fameuses Dryades qui auraient pu être
partagées avec exubérance et jouissance entre les jambes de mes soldats? Où
sont ces Fées qui pourraient amuser nos enfants une fois leurs ailes coupées?
Où est la reine ambassadrice, la belle Nymphe blonde, Osirian, sauvegardée pour
mes besoins personnels, enchainée à ma couche et recevant ma semence
victorieuse? »
Une secousse profonde distrait le chef militaire et
il se retourne vers le campement, où un mur épais de brouillard rampe entre les
troncs et les fougères géantes. Soudain, des appels et des cris de terreur sont
entendus en provenance des brumes grises, sans sons de fers qui se croisent ou
de boucliers qui s’entrechoquent. Tous ces combattants voilés tombent avec un
dernier cri d’angoisse, vaincu par une mort sans honneur, isolés dans la
grisaille des âmes perdues.
Le chef lève son épée longue vis-à-vis son front
affichant un sourire pour démontrer sa bravoure. Il scrute de regard les brumes
mystérieuses qui l’entourent. Le calme plat devient insupportable. Sillonnant
sur son front et ses tempes, des perles de frayeur glissent sur sa peau salle
de lézard à un débit constant. Le rythme de son cœur devient accablant. Tous
ses sens sont altérés dans un étau de frayeur qui se resserre autour de sa
gorge. Il sent le dernier grain de sable du temps passer derrière sa langue.
Son sablier se vide et il sait que son dieu cornu l’abandonne ici même où il
mourra seul dans les brumes du silence, sans esclave pour craindre sa victoire.
Vite comme l’éclair, l’attaque émerge du dessous et
les racines deviennent des pièges emprisonnant ses chevilles. D’un élan
aveugle, l’épée siffle dans l’air avec frénésie dans des tourbillons de brume.
Une force tellurique anime la Forêt Sacrée qui avale le guerrier aussi vite qu’un
lézard tyran sauvage. Perdant la poigne de son épée, ses griffes s’enfoncent
dans la mousse du temple sylvain. Récoltant malgré lui deux mains pleines d’humus,
il ressent l’eau froide souterraine le long de son corps. Prenant un dernier
respire, il sait qu’il sera submergé bientôt et WHAM! Il est plongé dans le
monde aquatique et ouvre les yeux sur la récompense ultime de sa conquête :
Osirian elle-même se tient dans l’apesanteur des eaux verdâtres avec ses
cheveux sensuels dansant comme des murènes et accueillant le guerrier
reptilien. Un dernier sourire dessiné sur des lèvres attirantes disparait dans
le nuage rouge du sang jaillissant autour. Le soldat voit bien l’impact du
rayon fatal de Lumière rayonnant de la poitrine d’Osirian. Transperçant comme
une lance, le jet lumineux ouvre la
chair de son corps et une sensation de béatitude s’installe à la toute dernière
vision de la Porteuse de Lumière Osirian qui lui adresse un sourire rempli d’espoir
et de ferveur. Lentement, un voile gris obscurcit la vue du reptilien et la
légèreté de son âme est ressentie de nouveau, ainsi que cette traversée où
votre destiné a rendez-vous avec votre Essence immortelle. Une vague d’empathie
rayonne de l’intérieur de la forêt.
L’Arbre Mère tremble au passage d’un vent frais
caressant ses feuilles en signe d’une nouvelle ère.Toutes les âmes présentes et
réunies à la base de son tronc se regardent mutuellement avec soulagement. Nous
avons vu à l’ennemi. Ces milliers d’envahisseurs ont été accueillis par Mère Terre.
L’unification des âmes malveillantes aux Esprits de la Nature a été réussie.
Les Pèlerins de Lumière peuvent redescendre des portails des Filles des
Pléiades.
Sacha, la Licorne, s’approche du chevalier
Phoenatus. Tous les deux posent leur côté sur la peau de leur Mère Arbre et
ressentent en retour le nouveau rythme de vie surgissant du cœur de leur
Source. Libérés par cette nouvelle fusion des âmes obscures, les Fées et les
Elfes Sylvestres sont de retour dans leur domaine forestier. Des lumières
dansantes annoncent bien des changements dans l’air. Régénérée d’une source inattendue,
la vallée déploiera ses branches vers le ciel. Du sommet des montagnes
rocailleuses certains métamorphes sont déjà dans leur envol, planant sur les
courants d’air tiède. Ce sont là les primes Druides appelés à bénir la Forêt
Sacrée. Oui, le mariage des âmes malveillantes avec les Esprits de la Nature
est couronné de succès.
Il est enfin temps de célébrer la reconnaissance de
ces pouvoirs en jeu. Les Druides métamorphes peuvent habiter de nouveau le
verdoyant royaume de la vallée. Maintenant les mâles peuvent déposer leur
semence dans les Utérus Sacrés, guidés par la Lumière des Esprits de la Nature.
Une saison de croissance paisible peut bourgeonner au creux d’une vague profonde apportant des
mémoires issues de ces éons de création, transformation, altération,
innovation… où rien ne se perd et tout se crée. Le ciel nocturne peut offrir
son manteau à la voie lactée. Les étoiles étincelantes peuvent scintiller comme
des joyaux. Dame la Lune peut faire sa ronde céleste tout le long de la nuit et
bénie soit-elle de récolter ainsi toute énergie résiduelle laissée derrière. La
grille de force peut s’enraciner dans le cœur de chaque Cristal Chantant déposé
comme semence, dans l’Utérus Sacré de Cybellia, il y a de nombreux éons.
FIN
Notes de l’auteur :
Le conteur est confortablement assis sur la plus
grosse branche, au cœur du feuillage, dans les bras de sa Mère Arbre. Il
enroule de nouveau son parchemin et touche sa poitrine de la paume de sa main.
Tel un coup de vent il disparaît puisque sa légèreté tient du rêve. En quelques
instants, cet incident de l’attaque des ombres n’est qu’un autre fait divers du
passé où il reviendra avec une conscience éveillée pour raconter son histoire
aux enfants intérieurs du futur.
Au revoir, fidèles lectrices et lecteurs.


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