Les enfants de la forêt se rassemblent à l’aube d’un
nouveau jour choyé par la venue d’un autre visiteur originaire d’un monde très,
très éloigné. Près du sommet du ruisseau d’où les eaux cascadent, l’énorme
pierre levée demeure l’endroit rêvé pour un autre récit à raconter. Notre conteur
est bien connu pour ses apparitions matinales où les rayons dorés du soleil
accompagnent l’ode à la vie des oiseaux. Les bras levés en croix dans la
lumière ambrée du soleil levant, notre témoin de la conscience cachée est là,
debout. Le conteur prend un long respire, ferme les yeux et laisse son essence
s’envoler avec ses mots :
« À la source des vents glaciaux, très haut
dans le ciel, où le bleu céleste rencontre le scintillement des étoiles
tapissant la voûte indigo, les deux créatures mythiques s’entrelacent tandis
que leurs ailes sont déployées à leur pleine envergure, caressées par les
vents. Les amoureux draconiques s’embrassent dans une belle étreinte dansante,
dotés d’une légèreté aérienne, où leurs formes gracieuses sont soudées dans un
moment d’éternité bercé de sons intimes émanant autant de leur poitrine et gorge que de leurs cavités
nasales. Ils fixent leurs yeux de feu sur la réflexion de leur âme en parfaite
union. Dans une totale fusion, la dynamique de leur essence mâle et femelle
s’évanouit dans un présent offert par amour. Unifiés avec le vent du ciel, ils
percent parfois des couches de nuages. »
Le conteur positionne ses pieds avec grâce, formant
un V à l’envers. Il tend les bras au dessus de sa tête et imite avec ses mains
les deux créatures mythiques en chute libre vers le sol.
« À une vitesse vertigineuse, les deux amoureux
entrelacés laissent leur corps et esprit s’abandonner à cet instant béni d’amour
vrai. La surface de la terre s’approche rapidement et bientôt, la plongée
devient un acte de foi en leur instinct de survie. Mais assurément, leur foi
repose sur leur amour qui est leur seul aliment à cet instant précis. La magie
et sa puissance croissante coule le long de leurs veines et nerfs. La surface
mortelle de la Mère Terre est à un instant près des deux êtres passionnés. Le
temps semble s’arrêter pour eux. Leurs regards, leurs ronronnements, leurs
caresses, leurs queues entrelacées… les deux en un, leurs sens, leurs cœurs
brûlent d’amour et d’illumination, toute leur essence est transmutée dans un
éclat de lumière et de tonnerre. Un grand fracas survient accompagné d’un coup
de foudre causé par une pure réaction chimique entre une réalité et un état de
conscience. La Source et la Mère Terre deviennent un. C’est pourquoi la
grandeur de leurs actions est en si parfaite harmonie avec la micro matière de
leur Mère, en fusion avec les 5 éléments, en réunion avec leur structure
intérieure commune, en voyage à travers l’espace de l’Éther entre toute masse
de matière. »
Le conteur berce son corps, en étreinte avec
lui-même, les bras croisés avec tendre passion sur sa poitrine. Sa grande robe
de Voyageur de Conscience apporte un contraste sur ses mains posées sur ses
épaules. Un rayon doré de la lumière matinale l’effleure tandis que deux
hirondelles tournoient autour de sa tête, chantant leur amour, joie et
bienveillance. Le vol des oiseaux dessine un 8 au dessus de sa tête. Regardant
ses compagnons ailés, il en reconnaît le signe. Soudain, il parle plus fort :
« Oh! Grands Dragons, Gardiens du portail
céleste des sept Filles des Pléiades… Oh! Grands Seigneurs Mystiques, messagers
de l’Intérieur de la Terre, vous portez en vous la sagesse universelle… et à
une vitesse étonnante, les deux créatures légendaires se heurtent à la surface
rocheuse! »
Des cris de consternation s’échappent de bouches
tordues de dénie et d’horreur. Le conteur dramatise l’atmosphère en se jetant
par terre comme une feuille sans vie. Mais, en un clin d’œil, il se remet sur
pied en position de défense et lentement il lève les bras au dessus de lui :
« Une retentissante onde de choque d’une
lumière bleutée et un tremblement rayonnent aussitôt du lieu où le duo mythique
disparût. Mais malgré les faits, pour des êtres magiques, la réalité est
beaucoup plus étendue que les apparences. »
Tel un réel descendant de sa mère reine Maïa, le
conteur puise dans son héritage stellaire et laisse couler ces mots inspirés :
« Dans plusieurs tranches de vies à venir, vous
tous, enfants des étoiles, compterez de plus en plus sur votre propre instinct
pour agir sur l’essence même de toutes les réalités. La croyance profonde en
vos pouvoirs intérieurs ouvrira une porte là où se dresse un mur de pierres. La
libre expression de l’Amour illuminera toute obscurité cachant l’immortalité de
votre âme. »
Tel un serpent cherchant à mordre dans l’air, tout
le corps du conteur réagit à la décharge de l’essence draconique et il danse au
rythme intérieur battant dans ses veines. En fusionnant au souvenir des deux
puissants dragons légendaires, il libère ses mots dans un chant harmonisé avec
la vie elle-même manifestée à travers tous les plans du multivers :
« De mon fort intérieur, j’enchante avec la Magie Dormante… De l’intérieur
de la Terre, des psaumes de signes symboliques s’éveillent à la vie et prennent
leur envol dans nos rêves… De notre essence humaine, des éons de colère et de
frustration sont transformés par le feu du changement où l’air apporte les mots…comme
les sons des chansons des oiseaux. »
C’est à ce moment précis que le conteur s’arrête
comme frappé par une force invisible… et disparaît littéralement devant des
yeux éberlués, cherchant ici et là des indices laissés peut-être sous les
étoiles voilées derrière le ciel bleu. La tête levée, les spectateurs regardent
en silence la Source inspirante de leur conteur bien aimé, leur Voyageur de
Conscience… celui qui compte bien continuer à raconter une autre page des
Chroniques des Filles des Pléiades, puisque c’est là sa raison de vivre.
Fin de la Chronique V des Filles des Pléiades.
Renatus, votre chroniqueur.

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