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mardi 27 avril 2010

Les enfants de la Terre: La Beltaine




- Voila! S’écrit le jeune homme.

Il porte les jumelles a ses yeux et regarde avec intérêt de l’autre côté de la rue. Bientôt, le lever du soleil apportera suffisamment de lumière sur la résidence qu’il scrute depuis le début de la nuit. Encore dans la pénombre du crépuscule, la maison victorienne est très en retrait et bien cachée par les arbres l’entourant. Mais l’homme a trouvé un endroit idéal pour observer la porte d’entrée du gîte de la mystérieuse sorcière. Une lueur bleutée trahit la présence de ce que l’homme cherche. Ses lèvres remuent a peine quand s’échappe un chuchotement :
- Morhygan, cette petite peste de gardienne.
Scrutant toujours de ses jumelles, l’intérêt se ressent dans sa voix :
- Hé! Intéressant, je crois que je serai choyé de planter une belle sorcière ce matin.
De son point de vue, la petite lueur bleutée est près d’un bouquet de fleurs des champs, accroché a la porte de l’entrée principale. Tel un colibri, la fée bourdonne encore un peu et se sauve de quelques coups d’ailes.
L’observateur courbe des lèvres avec dédain et dans un souffle il laisse glisser :
- Bien sûr ces idiotes célèbrent la stupide Beltaine. Ces rejetons de la Terre me donnent la nausée par ces agissements enfantins. Beuark!
La porte s’ouvre toute grande dans un seul élan…
- Wow! Hé, hé, hé. Belle sorcière, mmm! Tu me semble succulente d’ici. Toi et ta salope de gardienne méritez bien un retour aux enfers! Retiens ton souffle, ma poupée car c’est ton dernier sur Terre.
Au moment ou Dame Denizia remarque et prend en main le présent de mai, elle jette des regards ici et la a la recherche de son amie, pour courir l’embrasser sous le ciel de la Beltaine. Mais une fée qui désire son baisé saura l’espérer encore un peu. Les arômes des champs fleuris caressent ses souvenirs d’enfance et ramène son attention a sa Mère-Terre qu’elle effleure toujours de ses pieds nus. Enclose dans une bulle tendre et confortable, Denizia plonge son nez délicat dans les pétales de souvenirs et une voix grave et rassurante la fait sourire.
- Bon matin, ma chère Denizia! Sois-tu bénie en ce jour de la Beltaine!
- Ditratos? Tu m’honore de ces fruits de Notre Mère et en retour je t’offre le fruit d’un baisé.
Denizia s’approche tendrement de son mentor, le Rôdeur-Mage Ditratos, mais ressent une vague d’énergie étrange en traversant la zone éthérique de son Maître des Arcanes. Et l’instant de tendresse est foudroyé. De ses yeux, il dévore ces lèvres qui s’approchent de son piège mais n’a le temps que de ressentir ses organes sexuels d’incube s’enflammer de vampirisme. Sa vision devient soudainement écarlate et ravagée de douleur, des sons stridents éclatent a ses oreilles et un froid glaciale pénètre dans son cerveau et le néant reprend sa place.
Surplombant la dépouille du démon incube, Denizia a les joues encore entachées de sang. Son fidèle sauveteur déploie son aile protectrice et prend bien soin de ne poser ses serres que dans le cuir protecteur de l’avant bras de sa sorcière adorée.
- Sky, tu as sauvé mon essence-même. J’ai failli me laisser vampiriser par une déception. Ditratos devra m’enseigner davantage dans l’art de la protection démonique.
A cet instant, Morhygan apparaît sur l’épaule de sa protégée. Encore essoufflée de sa non moins difficile rencontre, la fée gardienne ajoute :
- En entrant dans la serre ils m’ont assailli, voilés sur le seuil des mondes oniriques. Ma distraction aurait pu me coûter mon amie. Ils étaient une vingtaine mais les falaises oniriques me sont familières et j’ai pu semer les huit Maraudeurs survivants. Cette fois les forces ténébreuses nous envoient les prêtresses de Lilith. C’est pas normal, Denizia. Quelque chose est entrain de se tramer.
- Ne t’inquiète pas, petite fée. J’ai un plan. Profitons de cette journée bénie!
Denizia lève le bouquet d’arômes aux pieds de sa fée et cette dernière s’y dépose avec grâce et légèreté. Deux petites mains caressent les lèvres sensuelles de la sorcière. Avec douceur et amour les amies se savourent sous la Baltaine matinale!

FIN

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mercredi 17 février 2010

Les enfants de la Terre III



Depuis bientôt deux heures que l'auto roule sur ces routes de gravier peu recommandables à ces heures de la nuit. Assise, silencieuse, du côté passager, Dame Denizia tient son regard fixé sur la route qui défile. Un ami a accepté de la conduire dans cette région sauvage de la Nouvelle Angleterre. Malgré les dangers de la forêt et de la nuit, l'ami n'a pas dit non à la requête. Nous ne disons jamais non à une demande de Dame Denizia. Surtout quand le regard de son oiseau de proie scrute les entrailles de votre âme. Un frisson glacial circule alors le long de votre échine. La réponse est en fait un cri de survie. Un oeil sur la route et l'autre sur la créature ailée, l'homme compte les indices de l'itinéraire et n'en manque pas un seul pour en finir au plus vite, de cette ballade mystérieuse. Denizia, de noir vêtue, préfère que les humains la craignent, c'est plus sécuritaire pour eux. Lorsque sa vie antérieure lui est revenue à la mémoire devant l'apparition de Sky, son compagnon, son familier révélé en cette nuit de l'Imbolc ( la Chandeleur ), Denizia a vite réalisé l'ampleur de l'enjeu. D'autant plus qu'avec toutes ces mémoires échouées sur les rives de sa conscience un nom ne cesse jamais d'éveiller d'autres souvenirs rassurants mais pour le moins troublants. Un nom empreint d'éternité, de millions de phases lunaires et merveilles. Maintenant, Denizia se souvient de son mentor: Ditratos.
La vie de la Sorcière Blanche est jalonnée d'événements et d'individus bizarres, qui ont tous un lien en commun. Les démons qui lui ont coupé les ailes lors de la "Récolte des Fruits Oniriques", la traquent ici même sur terre et veulent la ravir pour la tirer avec eux dans les entrailles des enfers, pour une raison encore inconnue. Denizia s'est vite construit une personnalité mystérieuse, charismatique et solitaire. Elle ne veut pas que des âmes innocentes paient de leurs vies leur accidentelle présence devant la machination infernale qui la poursuit. Étant solitaire et en retrait de la société, protégée dans sa marginalité, Denizia est devenue la sorcière qu'on évite de fréquenter. Son aura inspire la torpeur et c'est très bien ainsi. Elle sait entretenir la légende vivante qu'elle est devenue avec des rumeurs bien nourries. La nervosité de son chauffeur rassure Denizia. Une fois de plus, sa réputation la devance.
Elle baisse alors un regard empathique sur Sky, son faucon familier et sur sa fée Gardienne, Mörhygan, qui est assise sur le dos de l'oiseau de proie. Ces deux derniers se sont liés d'une connexion particulière, intime et très forte. Mörhygan a décidé de garder son voile d'invisibilité sur l'humain au volant, mais demeure visible à qui elle veut bien. Le trio d'amis forme ainsi une force secrète et puissante.
Comme le souffle du vent sur des gerbes de blé, la communion des trois amis se révèle efficace dans une vague d'actions simultanées et sans aucune discordance. La voix ferme et posée de Denizia fracasse le silence qui régnait dans la voiture:
- C'est ici que nous descendons!
- Mais il reste encore deux repères...
Deux simples gestes coupent la réplique du conducteur: le déploiement soudain des ailes de Sky et le regard perçant de Denizia. Aussitôt, l'homme se tempère et procède...
L'auto reprend la route et s'éloigne de la silhouette de Denizia qui est alors debout sur le bord du chemin, la tête déjà levée vers sa Grande Soeur, la Lune, à demi cachée par quelques nuages. Il est rare de voir ainsi Denizia, habillée pour une excursion dans la forêt, pantalons et jacket ajustés parfaitement à ses attributs féminins. Svelte et gracieuse, la lumière lunaire lui va bien; comme si le disque de la nuit caressait de ses rayons d'argent les courbes envoûtantes de Denizia.
Mörhygan est la première à s'exprimer, toujours assise sur le dos de son ami Sky, dont les serres sont bien plantées dans le cuir du harnais protecteur porté à l'avant-bras gauche de Denizia.
- Je préfère être ici que dans le corps de ce pauvre mortel. Tu devras te priver de moi pour quelques moments, Denizia. J'ai ressenti des énergies démoniaques qui s'incarnaient graduellement dans cet homme! je dois aller avorter cette affaire.
- Bien, mais sois alerte! J'estime que nous sommes à une heure de marche du point de rendez-vous. Sky et moi t'y attendrons, à plus tard!
Aussitôt, dans une mince ligne de lumière bleutée, Mörhygan disparaît comme une étoile filante scindant le ciel. Sky déploie ses ailes et s'envole en spirales au dessus de Denizia qui s'enfonce déjà, sac de voyage sur le dos, de son corps aux sylvestres résonances, dans cette forêt baignée de mystères nocturnes.
L'homme, au volant de son véhicule, se serait cru libéré de ses craintes à la vue de cette silhouette féminine laissée sur le bord de la route. De son rétroviseur, la sorcière apparaît plutôt attirante et franchement sexy. Il est surpris de se sentir si enflammé d'un désir jamais ressenti vis-à-vis cette sorcière si redoutée. Il cligne des yeux et appuie sur l'accélérateur pour s'éloigner de la source de ses émotions fortement étranges qui montent en lui. Serrant le volant, il tente de se concentrer sur la route qui se déroule dans le faisceau lumineux des phares. Du coin de l'oeil, il se regarde dans le miroir, mais ne porte pas attention à un petit reflet rougeâtre dans ses yeux. C'est plutôt une pâle forme féminine qui capte son attention sur le côté de la route.
- Wooohh! S'entend-t-il souffler de sa bouche entrouverte.
Faisant de l'auto-stop, une beauté attise vivement tous ses sens. Il s'entend alors penser:
- Voilà un bon hors d'oeuvre pour s'ouvrir l'appétit!
Dès que la voiture arrête à ses côtés, l'étrangère s'évertue à parler de son auto en panne à quelques kilomètres plus bas et tout et tout! Mais ce discours lui semble inutile et superflu. Déjà assise à sa droite, les arômes de son corps de femme suractivent son organe sexuel. Les quelques mètres parcourus ainsi sur la route, semblent interminables. La tentation est trop forte et l'homme laisse aller ses instincts de mâle. Freinant avec force, il croit ainsi surprendre sa victime pour la coincer et l'épingler à sa collection de plaisirs charnels dont il est si frillant! Aveuglé par son arrogance et sa passion, il n'a rien vu des dernières secondes de sa vie!
La femme est d'une vitesse surnaturelle. Les jambes bien ancrées sous le tableau de bord, sa main gauche agit comme une lame et ses doigts alignés comme des dagues viennent percuter avec une force insoupçonnée le dessous de la mâchoire de l'infortuné mortel. L'horrible attaque fait gicler du sang dans la cabine entière. Avec force, le visage de l'homme se fracasse sur le volant. Ce dernier demeure logé derrière le nez qui éclate sous l'impact. Agile et rapide, la main sanglante se retire de la tête méconnaissable et dans un même élan, la femme glisse avec grâce à l'extérieur dans un jet de lumière bleu.
Les quelques secondes qui suivent ne sont descriptibles que par celui qui croit ce qu'il a vu. Sur Terre, très peu de phénomènes de ce genre sont rapportés. Puisque, comme cette nuit, à l'endroit même où cette action éclate, il n'y a plus rien que le calme normal d'une campagne nocturne ou aucune automobile ne passe à ces heures tardives. C'est comme si rien ne s'était déroulé. Tout est disparu dans un flash!
Toujours baignée d'invisibilité, la petite fée Morhygan bourdonne sa présence dans les sous-bois environnants l'incident du démon-incube qui n'est plus. Elle est à la recherche de témoins susceptibles de contrarier ses interventions sur Terre. Ses pouvoirs de fée se sont révélés efficace dans ce véhicule mais l'opération se solderait par un échec si ces images étaient portées par d'innocentes mémoires mortelles dans les mondes oniriques, dont les cieux sont sillonnés par ces démons-succubes. Comme gardienne de Denizia, la fille de la Terre-Nourrice, Morhygan se donne à fond, avec une loyauté incassable. Peu d'humains se voient ainsi mariés à une fée. C'est qu'il y a peu d'individus le méritant. Habituellement, lorsque le Rôdeur-Mage et Yuna intercèdent auprès d'une Déesse ( Brigid ), c'est que l'enjeu est très important pour l'équilibre du multivers.
Un cri perce le silence de la forêt! Le lien empathique entre Sky et Denizia interrompt la marche gracieuse de la noire silhouette de la porteuse de magie. Aux aguets et se libérant le dos de son sac, Denizia comprend le signal de son frère-de-l'air. Fermant les yeux, elle voit alors à travers ceux de sky, la formation rocheuse est bien en vue à 200 pas d'ici. Le site secret de ses ancêtres! Là où le rituel de l'air doit avoir lieu. Derrière son faciès déterminé, les yeux de la belle sorcière se mouillent d'émotion. C'est ici et maintenant le bon moment. Elle est enfin à 200 pas de la grande révélation de sa vie. La fée Morhygan lui en a parlé mais à peine. C'est à Denizia que revient le privilège du rituel sacré. Tout en pensant à tout ça, de son sac, elle sort tous les accessoires nécessaires au passage sacré.
Le masque aviaire; créativité
La cape de la quintessence de l'air; guérison
La ceinture de l'Oeuf Primordial; fertilité
À chaque élément qui sort du sac, une lente danse et gestuelle a lieu devant les yeux vigilents de Sky qui veille sur son âme-soeur choisie par la Déesse Brigid elle-même. La peau blanche de Denizia capte la lumière argentée de la Lune. Peu à peu, la mise à nue de la Fille-de-la-Terre est bénite par un vent tiède qui vient faire valser sur son dos d'ivoire la généreuse chevelure aux vifs reflets de noisette.
Une légende raconte que Denizia était un ange dans une vie antérieure. C'est à croire que l'ange, de sa beauté céleste, déteint sur les attributs mortels de Dame Denizia. La grâce accompagne chaque geste lorsqu'elle se revêt des accessoires sacrés. Peu à peu sa nudité se pare des attraits du ciel et de ses enfants ailés.
Finalement, sous les harmonies lunaires, le masque aviaire contre sa poitrine, Denizia communique d'un regard tendre à Sky qu'elle est prête pour la Renaissance.
D'un pas léger, pieds nus, en communion avec sa soeur-forêt, elle franchit la distance qui la sépare de sa Libération.
La Clairière Ancestralle l'accueuille alors de ses chauves-souris qui quittent l'amas de pierres levées. Ces pierres se sont oubliées elles-mêmes dans la végétation sylvestre, question de cacher l'héritage celte à ces mange-bitumes des temps modernes. La Nouvelle Angleterre est le berceau d'un empire, certe, mais aussi la pierre angulaire du renouveau des arcanes telluriques du monde de demain, de nos enfants, des enfants de la Déesse.
Le regard fauve de Denizia se laisse bercer par les centaines d'années qui la relient à ses ancêtres celtes, gardiens de la sagesse universelle sur ce côté de la Terre. Ce qui l'amène à gravir les pierres sacrées et s'y tenir ancrée, au sommet. Dans un même temps, les mondes du multivers se rejoignent à ses pieds! D'abord, Morhygan, toujours invisible, demeure la gardienne du portail des enfers. Aussi, c'est l'apparition du Miroir; d'où s'expulsent les guetteurs du multivers: Le Rôdeur-Mage Ditratos et Yuna, la fée rebelle. Jamais, dans l'histoire de la Nouvelle Angleterre, une telle assemblée ne s'était produite.
Mais aussitôt présents, ces deux célèbres guetteurs du multivers sont sidérés par le charisme et la prestence de Denizia. Avec la fée Yuna sur son épaule, Ditratos gravit à son tour le monticule sacré et fait face à Denizia, simplement vêtue de sa cape de plumes. Elle tient toujours son masque comme un nouveau-né dans le creu de sa poitrine.
Morhygan lui avait déjà parlé du Rôdeur du multivers, de Yuna aussi, sa compagne d'aventure, mais jamais elle ne s'est imaginée devant ces deux légendes immortelles. Se voir ainsi devant eux lui fait fléchir les genoux et se prosterne aussitôt à leurs pieds. Le Rôdeur se penche et glisse sa main sous l'aisselle de Denizia et la tire tendrement pour l'inviter à se redresser. Sans résistance, mais la tête baissée, la sorcière s'exécute et se relève. Yuna s'envole et se pose sur sa tête chataine et s'y assoie, jambes croisées, entremêlée dans ses longs cheveux. Aidée de la main aux longs doigts du Mage, qui soulève lentement le menton de Dame Denizia, leurs regards se croisent finalement. Un sourire paternel s'affiche sous la moustache cendrée et en réponse, Denizia craque sous le charme charismatique de Ditratos. Sa coquille protectrice s'ouvre dans des soubresauts de rires nerveux sous des yeux remplis d'admiration. La voix grave coupe le silence:
- Voilà! J'aime mieux ça. Aujourd'hui ce n'est pas un jour à la prosternation mais à la renaissance. Dans un moment tu seras touchée par Notre Déesse. Ce sera un grand moment, puissant et envoûtant.
De son autre main, Ditratos couche sa paume entre les seins de la sorcière.
- D'ici, de ton noeud d'énergie, l'Oeuf Primordial va éclore d'une Denizia toute nouvelle. Tu auras l'impression d'être divisée. Mais cette dualité t'appartiendra et toi seule la contrôlera, fille-de-la-Terre. La Déesse Brigid m'envoie pour te bénir. Sa reconnaissance te sera révélée dans quelques instants. Tu seras notre ambassadrice du multivers sur Terre. Sois-en fière. Dorénavant, tu ne seras plus seule devant les assauts des malveillants.
Des milliers de flocons de lumière émanent alors de Yuna et valsent doucement tout le long de la tête de Denizia et cascadent sur son corps, le réchauffant d’une énergie féerique. Yuna s’élève en douceur de la tête de sa grande soeur terrienne puis revient sur l’épaule de son compagnon. Les deux mains de Ditratos prennent alors le casque aviaire et, tel un couronnement, le tiennent au dessus de Denizia.
-Parmi toutes les âmes du multivers, tu as été choisie, ma soeur. La Déesse Brigid est là pour t’appuyer dans le futur
Le casque sacré descend doucement et couvre entièrement la tête de Denizia. Dans une salutation pleine de respect, les mains jointes, le Mage-Blanc redescend aux pieds de celle qui a été choisie. Dessinant plusieurs cercles qui se referment, Sky, les ailes bien droites, descend en spirale et se perche sur le casque aviaire maintenant porté par Denizia. C’est a ce moment qu’entre les seins de la belle, une légère luminescence émane et, alors que les mains de la sorcière s’éloignent une de l’autre, Sky lance un cri perçant. Aussitôt, la lumière jaillit tel un volcan de la poitrine toute illuminée de la jeune dame. Puis, l’incroyable se manifeste. Comme un accouchement paranormal, une forme humaine se devine dans une aura de lumière. D’abord toute petite comme une fée, rapidement, la forme diaphane grandit, en suspension dans l’air du crépuscule.
-Le crépuscule!
Ce sont les voix de Yuna et Ditratos. Ils se regardent en état d’alerte. En effet, le crépuscule est reconnu pour être le moment le plus actif chez les disciples de la première démone des enfers : Lilith.
Pendant ce temps, sur le seuil du portail de ces mondes infernaux, la fée Morhygan veille avec vigilance. Soudain, le voile se déchire et l’invasion déferle. D’abord des dizaines, puis des centaines de créatures sombres ailées se déploient dans le ciel crépusculaire, crachées de cette fente surnaturelle. Selon un décompte rapide, Morhygan estime les forces en jeu :
-un contre deux cents, enfin un défi intéressant! Se dit-elle calmement.
D’un même souffle, elle se visualise, grâce a son pouvoir de polymorphe, et voila! Dans un éclat de lumière féerique un intrigant démon succube s’incarne. C’est fou comme une fée charismatique peut faire des malheurs dans une légion de démons. Tres futée, elle vole d’une formation a l’autre au dessus de la forêt ou se tient le rituel de sa sorcière adorée. Reflétant la malveillance qui l’entoure, de son corps de succube, Morhygan étale ses talents : des rumeurs inquiétantes, des mensonges déroutants, des jalousies mortelles, des tromperies révoltantes, des trahisons choquantes, des pensées destructrices vont de paire avec une décadence suicidaire. ( Bref, les fées et les pensées sont toujours de connivence, quelque soient les désires souhaités. )

Le chao explose parmi les démons succubes. Bientôt des sorts infernaux se démultiplient dans le ciel ravi de sa nuit. Les chaires s’enflamment dans une tornade de feu, de sang et de cendres de démon. Ces dernières viennent simplement se fondre dans les arbres de la forêt.
En contrebas de ces grands gardiens aux branches majestueuses, le rituel de la Renaissance de Denizia est entré dans l’histoire occultée de la Magie Blanche en Amérique. La gracieuse femme ailée dédoublée de Denizia s’envole aussitôt avec souplesse. Nue dans la nuit, la nouvelle fille de l’air semble tellement sûre de ses gestes aviaires. Elle vole a l’aide de Morhygan, sa fée gardienne.
Les deux guetteurs du multivers, Denizia et Sky regardent avec surprise ce miracle des arcanes qui se manifeste devant leurs yeux. Épuisée par tant d’efforts, la fille de la terre s’allonge sur la pierre ancestrale et se couvre le corps de sa cape de plumes. Sky se blottie dans le creux de son ventre, comme dans son nid, pour s’assoupir. Yuna et Ditratos montent aux côtés de Denizia qui sommeille déjà. Yuna chuchote a l’oreille du mage :
-Te souviens-tu de sa première visite a notre Temple de Merveilles? Elle y dormait bien rassurée avec nous, si loin pourtant, de chez elle! C’est qu’elle a un esprit ouvert hors du commun. Vraiment, nous avons fait le bon choix. Denizia sera une bonne ambassadrice de la Terre.
-Elle est si belle, si… femme, maintenant…Ouch! Yuna serre son poing sur le lobe de l’oreille de son ami.
-Ouille! Hey! C’est une simple observation d’un immortel sur une mortelle, c’est tout!
-Ouais, ouais! Bien sûr! Tu es tellement convainquant, mon cher ami!
Affichant une posture désinvolte et sûre d’elle-même, Yuna porte ses poings sur les hanches et regarde son ami du bout de son épaule.
-Certes immortel mais, comme disent les humains d’ici, tellement ado!
-Je sais, c’est le prix a payer a fréquenter une fée rebelle. Coupe-t-il a sa fée d’un clin d’oeil.
Soudain, un cri surnaturel retentit du fond de la forêt.
-Vite! Allons-y! Dit-il.
-Je laisse un sort de protection pour qu’ils se reposent et je te rejoins aussitôt! Relance-t-elle.
Dès qu’il apparaît, le miroir magique est traversé par les deux guetteurs et se volatilise a nouveau dans l’invisible.
A SUIVRE DANS LA CHRONIQUE: Les enfants de la Terre IV






lundi 1 février 2010

Les enfants de la Terre II


C'est la nuit de la Chandeleur. C'est la fête de la lumière qui prévaut sur les ténèbres. La sorcière Denizia est fidèle au poste avec sa fée gardienne Mörhygan. Les grands cheveux châtains de Denizia tombent tel une chute d'eau en cascade le long de son dos pale et soyeux, caresse des rayons d'argent de la lune. La Dame-Sorcière et Fée-Gardienne sont en union avec l'invisible, nues a la lumière.
Tel un colibri, Mörhygan surplombe la tête de sa protégée Denizia qui tient ses bras en croix devant la pyramide de lampions qui apportent a ses attributs de femme des courbes orangées qui dansent le long de son corps opale. Le contraste de la lumière bleu-argent de la lune peint d'un pinceau nocturne le bas de son dos et les muscles fermes de l'arrière de ses jambes. Par contre, l'avant de son corps baigne dans la lumière rougeoyante des bougies qui enlumine de reflets dores le corps race. La dame est digne de sa Déesse Brigid. Ce corps devient le canevas de la nuit et du jour. Les harmonies corporelles se prêtent aux couleurs froides et a celles des luminaires qui caressent la peau dénudée et parée de velours d'or et de cuivre. Ainsi scindée entre le jour et la nuit, la communion s'opère tout le long des repères féminins de la dévote visitée par la grâce divine.
C'est ici le site ancestral des Porteuses de Magie Blanche de l'Ordre Céleste. Mörhygan, la fée gardienne, demeure confiante que Denizia sera a la hauteur des attentes célestes. Sur ce lieu sacre, les ancêtres païens de Dame Denizia ont construit cette serre étanche aux caprices des saisons. Dans ce jardin secret, cet oasis verdoyant est baigne des rayons lunaires. Ses verrières brodées de gerbes de métal dignes des artisans illumines de l'art nouveau des années-lumières, invitent la Mère-Nourrice a toucher de ses ondes lumineuses ses enfants chéris.
Sur son trône de granite sur lequel des vignes centenaires se sont oubliées, Brigid ressent la douce effluve de sa dévouée prêtresse de la Terre-Mère. Les yeux vert émeraude de la Déesse de la fertilité se mouillent de joie à cette vague qui monte en Elle. Cette joie même qu'Elle exprimait du temps de l'âge d'or des femmes de la Terre: Les Sorcières!
Mais à cette époque, Brigid était à son sommet. Peu de divinité, comme Elle, peuvent sentir la ferveur de leurs fidèles encore aujourd'hui.
Puis, comme un hasard qui se devine, Brigid lève les yeux vers l'apparition qui se matérialise à ses côtés. Ce sont ses compagnons des premiers âges: Ditratos, le Rôdeur-Mage et Yuna, la fée rebelle. Le fameux Miroir reflète déjà son image de Déesse, lorsque le Mage Blanc s'avance vers Elle.
- Très Vénérée Déesse, notre intervention éruptive ne se veut point directive ou sans respect, surtout en cette Nuit Sacrée de l'Imbolc!
- Je sais, très chers amis, je le ressentais à l'instant! Une nouvelle recrue de la Terre me nourrit de sa foi! Ses fruits oniriques sont mûrs et de bonne facture! Votre simple visite ici au moment même de la Chandeleur terrestre ajoute à la synchronicité du moment! Je lui accorde donc Ma Bénédiction Absolue... À l'instant même!
Dans un état de connection unique, Denizia, les yeux fermés, sent alors le poids de sa fée Mörhygan sur sa tête. Intriguée de l'attitude de sa fée-gardienne, la sorcière ouvre les yeux. Bouche baie, immobile, un spectacle incroyable se déploie devant elle.
Ces chandelles qui, jusqu'à tout de suite, symbolisaient simplement la Lumière qui prévaudra sur les Ténèbres, vers le Printemps renaissant... Les voilà qu'elles disparaissent une après l'autre et se transforment en oiseaux aux couleurs flamboyantes. Des plumages aux couleurs d'arc en ciel habillent chacune de ces créatures gracieuses et agiles qui s'élèvent en tourbillon tout autour de Denizia et Mörhygan.
En simultanée, Mörhygan s'appuie de ses bras avancés sur le front de sa belle. Denizia, elle, lève les sourcils et le regard vers sa fée-gardienne.
- C'est toi qui?... disent-elles ensemble.
Dans un seul souffle coupé, les deux amies sont stupéfaites! Elles sont ici dans l'oeil d'un cyclone de créatures aviaires d'une beauté inégalée. La blanche nudité de Denizia fait contraste aux couleurs exotiques des oiseaux tournoyant tout autour d'elle. Comme seule réplique à ce phénomène des plus paranormal, les bras de la jeune sorcière, elle se jette à genoux et projette son torse entre ses cuisses. Ses cheveux longs s'épanouissent en éventail sur son dos pâle et courbé. Prosternée devant la Faveur Divine que Brigid lui accorde, Denizia lance et relance d'une voix étouffée par l'émotion:
- Bénit soit-on! Bénit soit-on! Bénit soit-on! ...
Toujours entrelacée dans les mèches de cheveux de sa sorcière, Mörhygan lui tape alors gentiment sur le crane.
- Regarde devant nous, grande soeur! Regarde!
Alors que ses lèvres sensuelles caressaient sa Terre généreuse, Denizia élève son visage lentement. Des larmes de joie coulent encore de ses joyaux vert amandés. Puis la surprise gèle tous ses muscles. Ses yeux vitreux s'immobilisent sur un oiseau qu'elle n'avait pas remarqué dans la nuée d'ailes et de couleurs: Un faucon.
Là, sur le sol où la pyramide de Lumière était. Tout calme, le faucon regarde Denizia avec un air interrogateur en se penchant la tête de biais, comme pour mieux réfléchir. Il s'approche d'elle. Denizia lui tend le bras gauche en guise d'acceuil. D'un gracieux coup d'ailes majestueuses, l'oiseau de proie vient se percher sur le poignet nu de la belle. Dans un réflexe de douleur plus que de peur, Denizia rétracte son bras. Les serres acérés s'enfoncent dans la chaire tendre. Des filets rouge écarlate courent sur l'avant-bras de la femme et se fusionnent à la Terre-Mère gouttes après gouttes. Les yeux vifs et profonds du maître des airs observent intensément ceux de la fille de la terre.
Puis, l'empathie sacrée se crée. Avec elle, les Mémoires Oniriques font surface.
- Mörhygan? Où es-tu?
- Oui, Denizia, je suis là! Entre tes cuisses, son regard m'intimide!
- N'ai pas peur de lui, Mörhygan. Il sera les ailes que les démons m'ont coupé. Je serai sa Soeur de Terre et toi, tu nous protégera des Légions Démoniques.
Trois êtres nus, en symbiose, se relèvent et se tournent vers le centre de la serre ancestrale.
Nous les revoyons étendus sous la ramure de l'Arbre de Vie de la serre: Un chêne dont les racines courent tout le long du Jardin Secret. L'humidité chaude de l'oasis maintenant peuplé d'oiseaux exotiques, n'empêche pas la peau veloutée de Denizia d'être parcourue d'un frisson quand le faucon vient se blottir sur son sein gauche. La fée Mörhygan est allongée sur la pointe du triangle pubien de Denizia, encastrée entre ses deux cuisses roses. L'Imbolc aura été chaleureux pour Denizia.
FIN

mercredi 27 janvier 2010

chronique du miroir IX

La Roche-aux-fées garde l'entrée du Monde féerique. Ce monument tire ses origines des premiers âges de Gaïa. Réanimées par un souffle magique, des légendes se chantent à travers les pierres magiques. À leur côté, une aberration altère le calme bucolique. Le Miroir du Rôdeur du multivers se matérialise.
De sa surface émergent deux sombres silhouettes représentant une civilisation des ténèbres: un elfe noir, gracieux mais dangereux, puis une autre malédiction de la création, une Arachne. Cette dernière est toute petite mais monstrueuse, avec son corps d'araignée et ses huit pattes. Sa tête fait place à un torse féminin noir fumée d'où se déploient de grandes ailes de démon battant l'air pur et serein de ce havre de paix. Sous le clair de lune, ce spectacle macabre vient arracher le voile féerique de ce site enchanté. L'Arachne déchire le silence d'une voix à l'accent diabolique et grinçant:
- Invoque vite ton sortilège de dépistage, je ne veux pas profaner nos Roches- aux-fées par notre Transfiguration. Disons qu'on ne cadre pas très bien dans ce décor. Je m'y sens plus à l'aise dans mon corps de fée.
- T'en fais pas, petite Yuna, nous serons sur les talons d'Arachnéida en criant; Trans-Pierre-À-Travers-Arachnéida-Nous-Filons!
Soudain, les jambes du Rôdeur s'enfoncent à travers le gravier.
- Soit, mais Invisibles-Soyons-Nous-Aux-Yeux-Des-Méandres-Intérieurs!
Yuna a tout juste le temps d'accrocher ses huit pattes à l'épaule de son ami. Tous deux disparaissent dans un voile d'invisibilité au moment où le torse du Mage s'enlise dans le sol-avaleur. Occultés dans un monde chtonien, deux héros du multivers sauveront-ils tout ce qui vit sur la surface de Gaïa?

vendredi 22 janvier 2010

Les enfants de la Terre I


Les vagues sont tumultueuses et atteignent quasiment de leurs écumes, les ailes de Mörhygan qui déploient son vol malgré les dangers océaniques. C'est la saison des Moissons de Rêves où les dieux et déesses des mondes adjacents, viennent cueillir les fruits des Porteurs de Rêves.
Fée Mörhygan n'a qu'un seul but: Veiller aux rêves de sa protégée humaine de la planète "Terre". Cette Dame-Sorcière, Denizia, sera bientôt convoitée par les porteurs de Magie Noire.
Heureusement, la fée veille à sa porteuse de Magie Blanche. Mörhygan, à grands coups d'ailes puissantes, affronte les vents du large mais ne perd pas de vue l'îlot rocheux dont elle approche de voltiges en vrilles. Mörhygan est une fée puissante, aguerrie des grandes batailles des premiers âges. Déjà les éclairs foudroient l'île isolée dans la vastitude océanique.
Son oeil de fée vient de détecter sa grande soeur Denizia. Mais le spectacle qui l'attend est révoltant. Outrée par cette vision, Mörhygan trouve la force d'accélérer sa vitesse pour constater de l'urgence du moment.
À peine plus grande qu'une chaumière, l'île rocheuse résiste à la force des eaux. Des lames puissantes se fracassent sur les pierres noires. Mais Mörhygan ne perd pas de temps et vole droit vers la belle infortunée. Le spectacle crève le coeur d'injustice. Au sommet du pite rocheux, un énorme pieu dépasse de quatre coudées de la surface lisse de la pierre érodée. Sur le sommet du pieu repose encore l'arme noire: La Hache des Ombres! L'instrument infernal est encore taché de sang séché et quelques plumes bleu demeurent coincées entre le tranchant et le pilier de sacrifice: La Potence des Anges.
Le claquement des chaînes attachées à la base du poteau sacrificiel encourage Mörhygan. En effet, Denizia trouve la force de lever ses deux poignets prisonniers à deux menottes de métal démonique. La grande chevelure châtain de l'ange se perd parmi les restes des ailes démembrées, éclaboussées de sang céleste. Retrouvant espoir à la vue de la fée, l'ange privé de ses ailes, l'humaine devenue enchaînée à la Terre-Mère, Denizia, la sorcière renée, voit en Mörhygan le salut éternel. D'une vitesse surnaturelle bien connue des fées, Mörhygan plonge de plein fouet sur Denizia, maintenant Fille-de-la-Terre. Dans un éclat de lumière, l'impact des deux corps devient lumière de fée... et soudain: Disparition totale de vie sur cet îlot noir, Denizia et Mörhygan se sont volatilisées au-delà du voile onirique. Il ne reste que des carcasses d'ailes angéliques battues par le vent et un amas de roches et sa Potence Maudite. Ne demeure que la violence des eaux du subconscient.
*******
Par un beau matin plein de promesses, dans une petite ville de la Nouvelle Angleterre, une Dame s'éveille dans la couronne aurique de sa chevelure sombre, qui rayonne de son visage comme une lune opale dans son ciel ombrageux. Dès que ses yeux vert aux lueurs fauves s'ouvrent, la mémoire d'une étrange impression de légèreté lui colle encore à la conscience. Enlacée dans ses souvenirs de voler comme un oiseau ou un ange, la Dame de l'aube tente de se rappeler.
Infructueuse dans ses recherches mémorielles, levant sa tête de son nid de cheveux en vagues, la belle se lève et se regarde dans son grand miroir, suivie de la valse harmonieuse de sa "crinière" voluptueuse. Elle aperçoit, sur son épaule, une petite plume bleutée qui repose là, tel un duvet. Des yeux vert fougère s'écarquillent alors et un simple son roucoule de sa gorge blanche:
- Hmmmmm!
PROLOQUE
Sur les rives oniriques, Ditratos, le Mage Blanc et Yuna se posent quelques questions du regard lorsqu'ils voient la fée Mörhygan volant au-dessus de l'océan agité. Yuna brise le silence interrogateur:
- Mörhygan? Tient, tient! Ce ne sont sûrement pas les Moissons de Rêves qui attirent ainsi ma soeur de race. Selon moi, c'est plutôt une porteuse de Magie Blanche qui est en péril.
- Les Moissons seront difficiles cette saison, pour les enfants de la Terre et de Gaïa! L'appel des Ombres et leurs pouvoirs illusoires sont tentants pour les coeurs qui craignent!
Yuna fronce des sourcils en écoutant son ami et finalement hoche de la tête.
- Mon mage adoré qui s'égare encore dans ses commentaires hermétiques... qui m'intriguent pourtant! Après réflexion, tu as raison, mon ami; la Terre et Gaïa vivent un changement majeure et plusieurs porteurs de magie auront à choisir l'ombre ou la lumière, selon la qualité des fruits de la cueillette des dieux et déesses.
Un éclat de lumière bleutée sur l'horizon des eaux alerte alors nos deux Guetteurs.
- Mörhygan a réussi!
En canon, la voix grave du Mage et celle de Yuna s'affirment avec confiance et fierté. Les deux Guetteurs du multivers se regardent alors, pleins d'empathie. Ditratos vole le silence:
- Ça fait chaud au coeur de savoir qu'une autre immortelle tienne le flambeau avec nous! Nous ne serons plus seuls à veiller sur le multivers.
Sur ces mots, des ombres courent sur les deux amis et sur le sable de la rive onirique. Non surpris, Yuna et le Rôdeur lèvent les yeux sur une formation imposante ( une cinquantaine, au moins ) de Démons-Succubes qui volent au-dessus d'eux vers l'horizon océanique. Yuna répond ironiquement:
- En effet!
FIN

mardi 19 janvier 2010

Chronique du miroir VIII


Dans la forteresse de connaissances mystiques qui est la plus grande bibliothèque des arcanes magiques, voici le Temple de Merveilles du Rôdeur du multivers. C'est ici que deux compagnons de l'éternité ont uni leur pouvoir magique pour contrer les plans de destruction d'Arachnéida, la Veuve Noire.

Dans des lits soyeux, la fée Yuna et le Mage Blanc reposent en "transe" elfique. Touchés par la Transfiguration des Arachnes, leur subconscient accueille le savoir d'une civilisation qui sillonne les Méandres Intérieurs depuis des éons.
Ces lits sont, en fait, des toiles arachnéennes géantes qui ont été tissées sans matière gluante. Inoffensives et confortables, elles apportent le repos aux deux guetteurs du multivers. La transe elfique achève son travail sur la conscience nouvelle des deux compagnons. Autour d'eux, d'imperceptibles runes en suspension dans l'air viennent traverser leur corps et cerveau, apportant une dernière touche de Magie Noire à la Transfiguration des Arachnes.
Depuis la lecture du Grimoire des Elfes Noirs et des Créatures des Méandres Intérieurs, les deux amis perçoivent et s'accaparent le Savoir et l'Héritage des Elfes Noirs qui remonte à la genèse de Gaïa. Avec la transfiguration, les jours de gloire d'Arachnéida sont comptés. Jamais la magie n'aura changé le cours de l'histoire comme maintenant. Jamais des âmes n'ont survécu à la Transfiguration des Arachnes. Plusieurs infortunés errent encore comme des entités perdues sous la reliure de ce Grimoire des Damnés.
L'éveil des sens du Rôdeur allongé sur la toile d'araignée est un moment intense. Sans même ouvrir l'oeil, l'elfe noir qu'il est maintenant, sait que sa compagne Yuna est là, accrochée à sa propre toile.
- Oui, Oui, c'est moi, ta belle Yuna, ton Arachne préférée et vénérée!
La pensée de Yuna "pense" dans la tête du Rôdeur.
- La télépathie, vive comme la lumière, s'opère entre nos cerveaux! Pense-t-il alors.
- Eh oui! Ma belle intimité est bafouée mais nos intuitions seront décuplées. Ajoute sa douce.
Dans une même action, ils ouvrent les yeux sur l'autre et sourient. Avant de parler, tous les deux sont nettement surpris du choix de langues qui s'offrent à leur esprit. Des dizaines de dialectes se révèlent ainsi à leurs mémoires. Ce sont des langues parlées par des races dont les individus n'ont jamais marché sur la surface de Gaïa. Ensemble, Yuna et le Mage hochent la tête. Cherchant ses mots pour quelques instants, le Rôdeur s'exprime le premier.
- Il nous faudra encore quelques heures pour apprivoiser tant de savoir!
Puis il lève la tête et observe son Temple de Merveilles. Tissées ici et là, d'énormes toiles étirent leurs formes étranges jusqu'au dessus de la sphère de lumière, disparaissant dans les ténèbres chapeautant ce puits de connaissances.
Une pensée espiègle chante à l'esprit de l'elfe noir un peu troublé par cette touche de décoration déraisonnable.
- Bah! Je n'arrivais pas à dormir après ce festin d'hier. Alors, j'ai tissé un peu. Ça m'a relaxé beaucoup et ma digestion s'est bien déroulée au fil des toiles. C'est curieux!
Yuna ( voir la transfiguration de Yuna, illustrée dans la chronique du miroir VII ) se dépose sur l'épaule de l'elfe noir en deux ou trois battements d'ailes sombres et griffues. De sa voix de fée, Yuna chuchote à son ami:
- Tu sais, le fonctionnement de mon système digestif est très...
Un simple geste de protestation de la main du Rôdeur suffit à couper la parole de son amie.
- Ça va, ça va! Je le sais, ma chère.
- Bien sûr, dit-elle, avec cette télépathie, la beauté du verbe fout le camp.
Ainsi, malgré la légèreté d'esprit de Yuna, nos porteurs de magie s'activent à un plan d'attaque chez les elfes noirs. Quelques phrases en dialectes des entrailles de Gaïa sont lancées pour se familiariser à ce bagage implanté en eux... pour confronter une ennemie de taille: La Veuve Noire, Reine incontestée des elfes noirs. Après quelques heures, ils sont prêts. L'Arachne et son mâle-serviteur s'arrêtent un instant devant le Miroir, le temps d'une réflexion.
- Réflexion faite, nous descendrons chez les elfes noirs, mais je ne risquerai pas d'y laisser le Miroir sous le nez de La Veuve Noire. Nous partirons de la Roche-aux-fées. De là-bas, nous suivrons notre proie à la trace.
Le Rôdeur lève l'éprouvette de l'échantillon de sol prélevé au pied de la Roche-aux-fées. La poitrine de Yuna se gonfle avec fierté.
- J'ai hâte de voir son visage sombre se soumettre à l'autorité que je suis, surtout lorsqu'elle verra toute son armée d'elfes noirs disparaître sous ses yeux.
Yuna balaie l'air de ses petits bras d'ébène pour peser ses mots. Il faut dire qu'une Arachne aussi confiante de savourer la victoire est très convaincante avec un corps physique si monstrueux mais tellement majestueux. Pendant ce temps, le Mage invoque les arcanes pour ouvrir le portail du Miroir. Sa surface réfléchit les images noirs fumée des deux amis méconnaissables dans leur transfiguration. Des vaguelettes apparaissent sur la surface du Miroir et trois coups d'ailes transportent La Vénérée Arachne. Son mâle-serviteur emboîte gracieusement le pas de l'autre côté du Miroir, où la Roche-aux-fées les attend.

lundi 11 janvier 2010

Chronique du Miroir VII



Le grand mage et sa compagne d'aventure Yuna, la fée rebelle, sont tous deux intensément absorbés sur le tome ouvert des Elfes Noirs et des créatures des Méandres Intérieurs. Ce volume au noir contenu dévoile un savoir mystique rassemblé par des auteurs anonymes ou disparus. La plupart de ces derniers ont perdu leur âme dans un réseau serré de pièges innommables et démoniaques: Le Codex Interdit.







Ce grimoire est des plus convoités par la communauté des porteurs de magie. Plusieurs fanatiques de la foi divine sont devenus assassins pour faire main basse sur cette oeuvre des démons. D'autres sorciers et prêtresses des plans inférieurs ont survécu à des complots et intrigues pour se voir devant ce manuscrit. Certains ont même réussi à coucher en ces pages leurs secrets hermétiques. Mais ils l'ont payé de leur âme vampirisée par l'essence du néant: Les Annales Démoniques.












Avec le temps, cet ouvrage s'est construit son propre aura magique: Un champs d'énergies de multiples sources, un univers en soi criblé de portails vers d'autres mondes, d'autres réalitées, d'autre lois fondamentales, d'autres pouvoirs secrets détenus par des créatures sans noms.






Les yeux du Rôdeur-Mage s'affairent frénétiquement de gauche à droite, de bas en haut, dans toutes les directions et s'ajustent à différentes profondeurs de champs puisque les runes et symboles se déploient et s'élèvent au-dehors de la reliure magique. L'oeil non exercé s'égare au-dessus, sur, et au-delà de la surface du livre des damnés dont le contenu sans fin, rend fou.




Heureusement, Yuna veille sur le seuil du portail des âmes perdues. Maintenant debout sur l'épaule de son ami, elle lui chuchote dans une langue ancienne des contre-sorts puissants tirés de son héritage féerique. Ses bras gracieux reposent sur l'oreille du mage. Ses yeux minuscules ne manquent rien du spectacle des runes dansantes dans une bacchanale diabolique.




Dans "le Temple de Merveilles" où se déroule ces études fantastiques, un calme serein contraste à la frénésie du moment. Lentement, une fusion singulière se dessine dans une altération de l'infrastructure-même de la matière composant Yuna, le Rôdeur et le Manuscrit du Savoir Interdit. Les runes et symboles voltigent dans une ellipse complexe. Un tournoiement vertigineux de signes magiques lumineux traversent et transpercent l'enveloppe charnelle de nos porteurs de magie.



Le Grimoire Maudit est grand ouvert. Deux mains reposent sur la bordure des pages. Sur ces deux mains longues aux doigts agiles, l'oeil du maître s'agrandit. La merveilleuse mais aussi la terrible transfiguration prend forme. Le blanc de son oeil devient ténèbres. Sa vision devient très sensible à la lumière des chandelles. Ses deux mains se transforment. C'est cet instant que l'homme et la fée pressentaient: La Transfiguration des Arachnes.


Ces mains familières de couleur chair sont sillonnées de veines et capillaires d'un noir d'encre de pulpe. La peau tourne au gris, puis au noir. Des ongles d'ébène couronnent des doigts soudainement touchés par la magie noire elfique. Le Rôdeur est devenu un Elfe Noir des Méandres Intérieurs.


Au même moment qu'une pression en huit différents points se ressent sur son épaule, le "Mage Noir" entend un chuchotement familier à son oreille:


- Par toutes les Arachnes de la toile sacrée des Profondeurs, nous voilà bien mignons, tous les deux. Prêt à explorer l'impossible?


Le Rôdeur se tourne la tête et lève un sourcil mince elfique à la vue de sa compagne.


- Tu es fascinante, chère Yuna! Comment fais-tu pour être si séduisante dans ta nouvelle... Euh!... Apparence?
En effet, ce qui reste de Yuna, c'est peut-être son regard espiègle mais sans malice, son allure de fée définie par une taille fine, mais la suite... c'est monstrueux! Ses attributs féeriques reposent sur un corps d'araignée noir zébré de rayures rouges grenat sur un abdomen crochu. À son extrémité, un aiguillon reluie d'une matière aqueuse et gluante qui rappelle un peu la texture d'une toile d'araignée fraîchement tissée. Ses huit pattes poilues s'accrochent à l'épaule de son ami. Les deux pattes de devant s'articulent près de grandes mandibules toujours en mouvement de va et vient. Ce geste quasi hypnotique révèle la terreur d'un trou sombre couronné de petites dents pointues. C'est la gueule de l'Arachne certainement avide de chaire fraîche. Un battement d'ailes de gargouille ramène l'attention à la pose indignée de Yuna, les deux poings à ses hanches, les yeux fixés sur le noir des yeux du Rôdeur.
- Ton sourire en coin est trop visible sans ta moustache. Lève vite tes yeux encrés vers les miens! Ce n'est pas poli de déshabiller les dames du regard. C'est gênant tu sais!
Le ton autoritaire de Yuna l'Arachne, s'adoucie:
- L'elfe noir te va bien aussi. Ta peau est lustrée, imberbe et noire comme la mienne. Mais n'oublie pas! Tu t'adresse maintenant à une Arachne choisie par la Déesse des elfes noirs.
Yuna aussi affiche un sourire sur son visage noir fumée.
- Je sais maintenant que j'ai l'autorité de te traiter comme un mâle-serviteur!
Les deux amis confrontent leurs sourires en duel pour quelques instants, puis éclatent de rire.
- C'est fascinant de se voir ainsi, dans des corps qui représentent ce qu'il y a de plus dangereux pour les civilisations de la surface de Gaïa: Une Arachne et son mâle-serviteur tout aussi redouté, un Elfe Noir.
Tout en peignant ses cheveux avec une de ses pattes avant, Yuna demande à la réflexion de son ami d'une voix gamine et hautaine:
- Crois-tu que je sois présentable pour une petite balade à la place publique du village?
Le Rôdeur renchérit, théâtralement:
- Certainement, Vénérable Arachne! La place se videra de toute âme tenant à leur corps. Le seigneur des lieux se suicidera sur le champ à la vision qu'il aura de lui-même, paralysé par ton venin et vampirisé de son âme. C'est très prometteur pour sa réputation posthume d'être dévoré encore tout tiède, petit à petit, par une Arachne immortelle.
-Tiens! ajoute Yuna. Tu me donne faim! J'ai l'estomac dans l'aiguillon, moi!
Le bruit des deux mandibules se frottant une sur l'autre apporte un regard en coin au Rôdeur. Il se serre les dents en inspirant.
- Euh! Ne me regardez pas comme ça, Dame Arachne, je ne suis pas au menu, je crois.
Yuna secoue un non de la tête avec grâce, tout en battant l'air de ses sombres ailes.
- Non, mais une grande chasse aux sorcières nous attend de l'autre côté du miroir et ça me donne un creux.
Une fois le Grimoire sécurisé dans son rayon, des rires, des moqueries et des chansons grivoises font écho pendant des heures festives arrosées de breuvages exotiques. C'est un menu arachnoïde qui est cuisiné par Magie Noire à la veille de la grande chasse à la Veuve Noire Arachnéida, à travers les tunnels sombres des Méandres Intérieurs.
Puis le silence vient reprendre sa place dans le "Temple de Merveilles". La grande salle et ses mystères s'endorment de nouveau sous la lumière magique de la sphère en suspension dans l'espace-temps. Nos deux amis glissent dans un sommeil elfique; un état de veille qui leur apportera la parfaite maîtrise de leur nouveau corps.